A l’origine de toute la situation : le refus
Le Premier ministre a décidé d’actionner le 49.3, sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, exposant son gouvernement à la forte probabilité d’être renversé lors du vote de motions de censure, le 4 décembre.
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Pour essayer de bien comprendre les développements récents, peut-être est-il utile de revenir sur ce qui est à l’origine de la situation marquée, dans la dernière période, par les déroutes du camp présidentiel à l’occasion des dernières élections.
A travers le rejet viscéral de la politique de Macron, ce qui s’exprime en profondeur, c’est le refus de subir, le refus de cette politique antidémocratique qui prive de tout ou presque l’immense majorité de la population au profit d’une infime minorité qui s’accapare des centaines de milliards, le refus de la guerre et du massacre des Palestiniens, le refus de cette politique de misère qui plonge chaque jour davantage des millions de travailleurs de ce pays dans la pauvreté.
Le fragile édifice érigé par Macron s’effondre
Rien ni personne n’a réussi à faire refluer l’état d’esprit archi-majoritaire dans le pays, qui ne veut plus subir. Personne ne peut y échapper. Et le Premier ministre nommé par Emmanuel Macron sur la base d’un viol manifeste de la démocratie est sur le point d’en faire à son tour les frais. Le fragile édifice érigé par le chef de l’Etat autour d’un « homme de compromis » que devait incarner Michel Barnier est sur le point de s’écrouler dès le premier obstacle au Parlement.
Après avoir fait planer le doute sur sa volonté réelle de faire tomber le gouvernement, le Rassemblement national (RN), par la voix de Marine Le Pen, s’est finalement résolu à annoncer le vote de toutes les motions de censure, en s’appuyant, selon ses mots, sur le « mandat » de ses électeurs. Après avoir soutenu le gouvernement en refusant de le censurer dès sa constitution, le RN s’est finalement retrouvé contraint de le lâcher deux mois plus tard, sous peine d’être lui aussi menacé de rejet par ses propres sympathisants.
C’est cette puissance du refus qui aboutit à ce que, y compris dans les rangs du RN, mais aussi dans les rangs du parti socialiste (PS), la volonté de faire tomber le gouvernement Barnier est largement majoritaire. Et les oracles politico-médiatiques qui prédisent la catastrophe si la motion de censure était votée, ceci pour tenter de faire taire ce refus, n’y changeront rien.
La crise de régime remonte sur Macron lui-même
A l’inverse, la très hautement probable chute du gouvernement Barnier fait remonter toute la crise de régime sur le chef de l’Etat lui-même. Avec la crainte, fondée, que cette motion de censure finisse par déboucher sur un coup d’arrêt à la politique de Macron.
Les sommets de l’Etat s’inquiètent : faut-il que, pour reprendre la formule du Guépard1Célèbre citation issue du film de Luchino Visconti, tiré du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, « tout change pour que rien ne change » ?
Le journal libéral Le Figaro (3 décembre) s’interroge : « C’est désormais vers lui ( Ndlr, Macron) que les regards sont tournés (…) Faut-il une démission du chef de l’Etat cet hiver (…) ? »
Cette question, ils sont désormais nombreux à se la poser, et même publiquement : le doyen des députés, Charles de Courson, l’ancien président de l’UMP2Union pour un mouvement populaire, Jean-François Copé, ou encore le chef du parti centriste, Hervé Morin, sans oublier David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF)… Même Marine Le Pen le suggère comme une des solutions à la crise actuelle.
Il n’y a pas si longtemps, les mêmes raillaient pourtant la France insoumise (LFI) et sa campagne pour la destitution de Macron initiée dès le coup de force des élections législatives. Tous ou presque, désormais, sont obligés de reprendre ce qu’affirme la France insoumise depuis trois mois. Dans la pétition qui a recueilli plus de 350 000 signatures, LFI a raison d’affirmer : « Pour sortir de la crise, il ne reste qu’une solution à Emmanuel Macron : la démission ou la destitution. »
Tous, ou presque… Le PS vient, quant à lui, de déclarer qu’il n’était pas pour la démission d’Emmanuel Macron. Incompréhensible… à moins que cela ne cache autre chose… Les Vallaud, Faure ou encore Hollande pensent-ils pouvoir ainsi échapper à ce rejet ? La réalité, c’est que toutes les combinaisons pour tenter de sauver ce régime qui répand misère et désolation se retrouveront devant ce mur du refus.
Ce refus, qui ne cesse de monter, trouve à s’exprimer y compris sur le terrain de la lutte des classes : appel à la grève illimitée à la SNCF contre la privatisation du fret et pour les augmentations de salaire, grèves et débrayages spontanés dans l’industrie à l’annonce des plans de licenciements comme à Michelin ou ArcelorMittal, envahissement du périphérique parisien par les chauffeurs de taxi contre une baisse programmée de 30 à 40 % de leurs revenus, colère contre l’accord Mercosur des agriculteurs bloquant les axes routiers comme en Charente-Maritime ou dans le Gers.
Ce refus impacte jusqu’aux sommets des organisations, forcés eux aussi de revoir leur dispositif initial : dans la Fonction publique, par exemple, ce qui devait être une « journée d’action » le jeudi 5 décembre a d’ores et déjà craqué. Tous sont obligés de reconnaître que ça ne suffira pas et sont contraints d’envisager la suite dès la semaine suivante.
Dans cette situation incertaine, qui peut déboucher sur le pire comme sur le meilleur, une chose est sûre : pour qu’un pas réel soit fait pour arrêter cette politique de chaos et de destruction, Macron et tous ceux qui le protègent doivent partir.
Destitution, motion de censure, démission, mobilisations ouvrières et populaires… : les dégager tous. Pas pour les voir revenir par la fenêtre, avec de nouveaux ou d’anciens déguisements, mais pour un programme qui défend les intérêts des travailleurs et du peuple.
Et le plus tôt sera le mieux.
