A propos de la décision de Trump de négocier avec Poutine

Il y a un intérêt commun bien compris entre l’Administration Trump et les gouvernements européens : taper sur les peuples d’Europe pour qu’ils payent « l’effort de guerre ». Aucun soutien à Trump, à l’OTAN, à Zelensky, aucun soutien à Poutine, et aucun soutien à Macron !

Dans une tranchée ukrainienne, en décembre 2024 (photo Diego Herrera Carcedo / Anadolu via AFP)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 22 février 2025
Temps de lecture : 3 minutes

La décision de Trump d’ouvrir des négociations directes avec Poutine au sujet de la guerre en Ukraine secoue brutalement les gouvernements en Europe.

Contrairement à ce que rapporte la presse depuis quelques jours à propos des déclarations en apparence contradictoires des dirigeants européens, qui s’élèveraient prétendument contre les décisions de Trump, la réalité est celle-ci : parce que les Etats-Unis doivent désormais se concentrer sur la Chine, les gouvernements européens soumis aux intérêts du capital financier, déjà en crise, doivent désormais « rentrer dans le dur » et faire accepter aux travailleurs « l’effort de guerre ».

En cela, il y a un intérêt commun bien compris entre l’administration Trump et les gouvernements européens : taper sur les peuples d’Europe pour qu’ils payent « l’effort de guerre ».

Macron a reçu le message « 5 sur 5 » : avant de s’envoler pour Washington lundi 23 février, le chef de l’Etat s’est mis en scène sur les réseaux sociaux, jeudi 20 février, et a affirmé que la France, qui consacre 2 % de son produit intérieur brut (PIB) à la défense, va devoir « revisiter » ses « choix budgétaires », en prenant en exemple le Danemark qui s’est dit prêt à repousser l’âge de la retraite à 70 ans pour financer l’ « effort de guerre ».

Il ne peut y avoir aucun soutien à Trump, aucun soutien à l’OTAN, aucun soutien à Zelensky, aucun soutien à Poutine, et aucun soutien à Macron.

Le chef de l’Etat « sonne le tocsin », en appelle à l’unité nationale pour engager « l’effort de guerre »

Le président de la République a été on ne peut plus clair jeudi : « On entre dans une ère nouvelle (…), dans une époque où chacun d’entre nous doit se demander ce qu’il peut faire pour la nation française ». Même son de cloche du côté de Raphaël Glucksmann, tête de liste du Parti socialiste (PS) / Place publique lors des élections européennes, qui appelle à « éprouver enfin l’ébranlement commun qui seul permet les grands sursauts » (Le Monde, 22 février).

Le PS continue de soutenir le gouvernement Macron-Bayrou, alors même que le groupe parlementaire vient d’être humilié à l’Assemblée nationale par une longue charge du Premier ministre. Peu importe que des députés du PS ne s’en soient pas encore remis, eux qui, ils le disent si élégamment, ont « sauvé les fesses cinq fois » au locataire de Matignon (Le Parisien, 20 février).

C’est aussi à la lumière de cette « ère nouvelle » qu’il faut apprécier la participation des confédérations au « conclave » sur les retraites.

Jusqu’où les directions syndicales vont-elles aller pour assurer la « stabilité » du pouvoir ?

Dans un communiqué commun qui revendique la « solidarité avec l’Ukraine », la quasi-totalité des confédérations syndicales appellent à manifester dimanche 23 février, avec les partis politiques – PS, Europe Ecologie Les Verts (EELV), Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Gauche écosocialiste (GES)… – en compagnie d’associations et d’organisations nationalistes ukrainiennes, dont certaines revendiquent leur filiation directe avec Stepan Bandera, nationaliste pro-nazi qui a collaboré avec l’armée allemande pendant la 2e Guerre mondiale.

Ce communiqué de confédérations affirme : « Rien ne doit se discuter et se faire sans les Ukrainiens. Du sort de l’Ukraine dépend aussi celui de l’Europe qui ne peut donc être écartée des discussions. ». Ce communiqué se range ouvertement derrière les gouvernements européens et revendique leur participation aux discussions, comme si les syndicats avaient des intérêts communs avec leurs gouvernements.

Cerise sur le gâteau : ce communiqué « appelle également à empêcher le pillage des ressources minières ou agricoles ukrainiennes pour qu’elles restent la propriété du peuple ukrainien. ». Les ressources seraient donc, selon les auteurs, aujourd’hui « la propriété du peuple » ? Mystifications que tout cela : les ressources sont dans les mains des oligarques, qui les pillent pour leur propre compte et pour celui du capital financier.

Pendant ce temps, la guerre peut continuer

Le communiqué d’associations et d’organisations ukrainiennes signé par le PS, EELV, NPA, GES… sans les syndicats – à l’exception de Solidaires, qui l’a signé – va plus loin encore, en appelant à manifester pour exiger : « Pas de paix contre l’Ukraine ». Par conséquent, au prétexte que Zelensky et les gouvernements européens ne soient pas associés aux négociations avec Poutine, les organisateurs de la manifestation revendiquent qu’il n’y ait « pas de paix ». Donc, pour que la guerre continue. A notre connaissance, c’est une première.

Pendant ce temps, la boucherie qui a déjà fait un million de morts et de blessés, côtés russe et ukrainien, peut continuer. Pendant ce temps, un million de Russes et 600 000 Ukrainiens ont fui à l’étranger pour échapper à la guerre et au « hachoir à viandes», terme utilisé par les militaires sur place pour illustrer la zone de combat à Bakhmout.

Pendant ce temps, la politique dévastatrice de Macron peut continuer.

Au même moment, une enquête d’opinion révèle que 64 % des personnes interrogées réclament que Macron dégage.