A la veille du 22 mars, une campagne odieuse contre la France insoumise
C’est un fait vérifié bien des fois dans l’histoire : la minorité au pouvoir ne peut se maintenir par le seul appareil répressif. Il lui faut s’adjoindre la calomnie. Nous, trotskystes, nous dénonçons les calomniateurs et apportons notre soutien aux calomniés.
- Actualité politique et sociale, LFI

Depuis une semaine, une nouvelle offensive se déchaîne contre la France insoumise. De nouveau, elle est accusée frauduleusement d’antisémitisme pour un visuel (depuis retiré) appelant à la manifestation du 22 mars. Lancée par les réseaux d’extrême droite, la manipulation politique odieuse a été reprise par un très large spectre politique, d’Olivier Faure à Marine Le Pen, de Gérard Larcher à Raquel Garrido, d’Edwy Plenel à Bruno Retailleau. Sans oublier Fabien Roussel !
En revanche, quand des actes d’antisémitisme il y a, on n’entend pas grand monde. Les accusateurs de la France insoumise ne semblent voir aucun problème au jeu de cartes ouvertement antisémite diffusé par le syndicat étudiant Uni.
Manuel Bompard les a pris la main dans le sac sur Cnews : « Il y a deux jours, CNews a invité le délégué général du syndicat étudiant de l’Uni, syndicat dont la section de Strasbourg qui a publié un jeu de cartes antisémite. Vous l’avez invité il y a deux jours, pas une seule fois vous ne l’avez interrogé sur ce sujet. Aucune question sur le sujet ne lui a été posée, alors il faut cesser l’hypocrisie. »
En réalité, derrière ces infâmes calomnies, tous visent une cible : la France insoumise et son orientation de rupture. La seule organisation à ne pas basculer aujourd’hui dans le soutien à l’effort de guerre de Macron.
La seule organisation orientée sur la censure du gouvernement Bayrou, la démission de Macron. Jean-Luc Mélenchon a eu raison de dire « ça suffit ! » haut et fort sur France 3 à un énième journaliste qui l’interrogeait sur la « polémique ».
Le fond du problème dans cette affaire, c’est que le système est conscient du danger politique que représente pour eux LFI. La France insoumise, ses députés, ses militants dénoncent ouvertement la reprise du génocide à Gaza avec les centaines de civils bombardés par Israël en pleine nuit.
La France insoumise appelle à manifester partout en France ce 22 mars contre le racisme, l’extrême-droite et contre le gouvernement Macron-Bayrou. Voilà le cœur du problème pour les tenants du système.
Point de vueDe l’usage de la calomnie dans l’HistoirePar Jean-Marc Schiappa Nous autres, trotskystes, nous savons parfaitement ce que c’est d’être calomniés. Nous y sommes habitués depuis la naissance de notre courant. Son étiquette (« trotskystes ») est, d’ailleurs, au point de départ, une calomnie stalinienne, voulant nous réduire à des groupies d’une personnalité isolée, au lieu de situer le combat sur le plan des idées. La vie même de Trotsky, compagnon de Lénine, organisateur de la révolution d’Octobre 1917 et combattant contre la dégénérescence bureaucratique de l’URSS, a renversé l’accusation et fait de cette insulte un signe de reconnaissance et un titre de gloire. Parce que nous sommes habitués à la calomnie et parce que nous sommes rompus au combat contre les calomnies, nous avons une sympathie spontanée et immédiate envers celles et ceux qui en sont les victimes. Mais il faut aller plus loin. Pourquoi la calomnie ?La minorité au pouvoir ne peut se maintenir par le seul appareil répressif. On ne peut pas mettre un CRS derrière chaque manifestant, réel ou hypothétique. La terreur ne peut être seulement physique. Il faut la doubler par une terreur, bien plus subtile, bien plus hypocrite, bien plus délicate : la terreur de la calomnie. Le but n’est pas, inversement à ce que l’on pourrait croire, que la calomnie soit crédible. Au contraire. Qu’elle soit plausible n’a strictement aucune importance. Il faut faire croire (ou essayer) à la majorité de la population qui cherche confusément les moyens de la lutte efficace – de moins en moins confusément, d’ailleurs – qu’elle se trompe, que celles et ceux en qui elle a confiance ou en qui elle pourrait avoir confiance ne méritent pas cette confiance. Et les révolutionnaires vont devoir consacrer une partie de leur temps et de leur énergie à se défendre contre les calomnies, peu importe l’absence de véracité de celles-ci. Les exemples historiques ne manquent pasLe philosophe Condorcet, un pur humaniste (n’est-ce pas madame Badinter ?), a écrit que Robespierre était payé par la cour d’Autriche. Condorcet y croyait-il ? Aucune importance. Pendant ce temps, cela freinait ou détournait l’alliance de Robespierre et des Jacobins avec les sans-culottes contre la monarchie.
Pendant la Révolution de 1848, le gouvernement bourgeois a fait circuler un faux salissant le révolutionnaire Blanqui, le faisant passer pour un délateur. Par haine fractionnelle, le malheureux socialiste Barbès a participé à la calomnie. Qui se souvient de nos jours d’Armand Barbès ? Et Jaurès, agent de l’Allemagne ? Il fallait cela pour préparer l’opinion publique à la guerre. Trotsky et les siens, accusés de préparer des attentats contre Staline, se seraient réunis en 1932, à l’hôtel Bristol à Copenhague… mais cet hôtel avait été détruit depuis des années. Et qui ne se souvient des mensonges et de la campagne menée par les fondateurs du RN niant l’existence des chambres à gaz ayant exterminé six millions de Juifs ou bien d’en avoir fait un « détail ». On pourrait multiplier les exemples à loisir. La presse se déchaine contre les Insoumis et Jean-Luc Mélenchon accusés d’antisémitisme (un délit en France alors même qu’aucun Insoumis n’a jamais été condamné). La presse (peut-on d’ailleurs parler de presse ?) accuse les militants du POI de toutes les turpitudes. Hommage du vice à la vertu ? Certes mais pas seulement.
Le sort réservé à Jean-Michel Aphatie, avec lequel nous avons de sérieux désaccords et que nous avons soutenu dans la cabale qui s’est abattue contre lui, est suffisamment clair. Il ne faut pas déplaire aux puissants. Nous, trotskystes, nous combattons les calomnies, dénonçons les calomniateurs et apportons notre soutien aux calomniés. Ce n’est pas une question de morale. |
