Une campagne de haine contre tous ceux qui ne plient pas
300 000 personnes ont manifesté samedi 22 mars contre le racisme, contre l’extrême droite et pour dégager Macron, Bayrou, Retailleau. Doit-on chercher plus loin les raisons de la campagne de haine qui s’abat sur LFI et ceux qui ne plient pas ?
- Actualité politique et sociale, France

Quelle est la situation des derniers jours ? En huit jours, Benyamin Netanyahou rompt l’accord de cessez-le-feu à Gaza, bombarde des civils pendant la nuit faisant plus de 500 morts (la plupart des femmes et des enfants), réprime les manifestations massives d’Israéliens exigeant l’arrêt de la guerre, limoge le chef du renseignement intérieur israélien puis la procureure générale israélienne, et invite les racistes du monde entier dans une conférence sur la lutte contre l’antisémitisme, sans que cela n’émeuve ni la presse ni les responsables politiques qui n’ont de cesse de tenter de sauver la peau de Macron et de la Ve République.
La marche à la guerre, l’offensive généralisée pour faire payer aux peuples l’« effort de guerre » se précisent.
Un rejet grandissant
Après Force ouvrière, la CGT a décidé de quitter le « conclave » sur les retraites. La cote de popularité du Premier ministre s’effondre1Baromètre Ifop pour le JDD, mars 2025 : « Le Premier ministre enregistre une lourde baisse de sa cote de popularité ce mois-ci (27 %), dévissant de 11 points par rapport à février ».. Le Figaro lui-même titre en une, ce 25 mars : « François Bayrou dans le piège d’une Assemblée bloquée ».
Des assemblées générales massives d’étudiants et de personnels se tiennent comme à Bordeaux ou à Rouen contre les coupes budgétaires. Dans les hôpitaux et dans les écoles, les fermetures de lits et de classes ne passent pas. À la SNCF, le Collectif national des contrôleurs (CNA), né d’un groupe Facebook en dehors de tout cadre syndical, menace d’une grève à l’occasion des week-ends de départ en congés de Pâques2« Nous allons taper fort, là où cela peut faire mal », prévient un des responsables du collectif cité par Le Parisien (25 mars)..
300 000 personnes ont manifesté samedi 22 mars contre le racisme, contre l’extrême droite et pour dégager Macron, Bayrou, Retailleau.
Doit-on chercher plus loin les raisons de la campagne de haine qui s’abat sur LFI et sur tous ceux qui n’acceptent pas l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme ? Une campagne de haine qui vise à faire taire LFI et tous ceux qui refusent la politique réactionnaire et raciste de Macron-Bayrou, tous ceux qui combattent la destruction en cours de l’École et de l’Hôpital.
Quel crédit accorder aux déclarations des ministres qui animent cette campagne, et dont la politique réactionnaire et raciste n’est plus à démontrer ?
Quel crédit accorder à Manuel Valls, ministre des Outre-mer, qui vient de déclarer que « la haine des Juifs vient essentiellement du monde arabo-musulman »3CNews-Europe 1, 22 mars. ? À Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, qui vient de déclarer que l’antisémitisme est résiduel dans les rangs de l’extrême droite4Propos tenus au Sénat, 19 mars : « Aujourd’hui, l’antisémitisme a muté. Il revient en force. Hier, et aujourd’hui encore sans doute, il était le fait de l’extrême droite, aujourd’hui c’est résiduel. » ? Au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui vient de déclarer qu’il était en désaccord avec la consigne de vote de l’été dernier en faveur de LFI lors des duels face au Rassemblement national (RN)5« J’étais très minoritaire à l’époque, pendant la dissolution, mais j’étais le seul, je crois, dirigeant politique du parti du président de la République à dire que je n’étais pas d’accord avec la consigne qui avait été donnée par Gabriel Attal de voter LFI, je pense qu’on ne peut pas voter la France insoumise » (BFM TV, 23 mars). ?
Ceux qui s’alignent sur Valls, Darmanin, Retailleau
Comment ne pas éprouver un sentiment de mépris à l’écoute des déclarations de celles et ceux qui se prétendent être « dans le même camp », les Faure, Tondelier ou Autain ? Quel naufrage que d’être alignés sur la politique de Valls, Darmanin et Retailleau, et de tenir les mêmes éléments de
langage…
Il faut noter d’ailleurs que tous ces gens-là ont voté, mercredi 12 mars dernier à l’Assemblée nationale, comme un seul homme, la résolution du gouvernement en « soutien à l’Ukraine », de marche à la guerre derrière l’Otan et l’Union européenne.
Dans cet ensemble, n’oublions pas non plus que Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a repris elle aussi à son compte, cette campagne nauséabonde6« La CGT l’a dit et le redit, je condamne évidemment ces affiches qui sont très choquantes avec en plus une dimension antisémite qui n’est pas acceptable » (22 mars, RTL)..
La racine politique de tout ce déchaînement ? Les millions dans ce pays qui refusent, qui ont manifesté en 2023 pour sauver leurs retraites, qui ont voté en 2024 pour un programme de rupture, qui par milliers ont manifesté le 8 mars dernier, et à nouveau, ce 22 mars, par centaines de milliers dans tout le pays, « pour l’unité du peuple contre le racisme, pour stopper l’extrême droite et ses idées, pour dégager Macron, Bayrou, Retailleau ». Et auxquels LFI permet de fournir un solide point d’appui.
L’exécutif tente de « souder les rangs »
Par conséquent, au moment où François Bayrou, accusé d’ « immobilisme » par son propre camp et empêtré dans le scandale d’État de Bétharram, écrit aux présidents de groupe parlementaire pour leur rappeler sa feuille de route réactionnaire des prochaines semaines, il faut à tout prix « souder les rangs » afin d’éviter la censure : et par conséquent, s’assurer à tout le moins de la bienveillance des socialistes, des Verts ainsi que du RN. Y parviendront-ils ? Pas si sûr…
« La répétition ne transforme pas un mensonge en vérité », disait Franklin Roosevelt. Il n’est pas du tout certain que cette propagande grossière finisse par produire les fruits de l’objectif recherché : il n’y a qu’à voir ces derniers jours ces réactions, de Ségolène Royal à ces militants de l’Union juive française pour la paix (UJFP) en passant par ces journalistes comme Denis Robert, jusqu’à Alain Duhamel (!), qui, sinon, s’indignent du traitement médiatique honteux subi par LFI et Jean-Luc Mélenchon, du moins manifestent une gêne vis-à-vis de ce qui se passe à l’heure actuelle, en lien avec le redoublement des massacres à Gaza depuis huit jours.
À trop vouloir en faire, le risque est grand de se précipiter eux-mêmes dans une situation incontrôlable : la situation en Turquie ou même en Israël, où toute opposition est muselée, réprimée, arrêtée, et où il n’est pas laissé d’autre choix au peuple que de faire irruption dans la rue et peut-être sur le terrain de la grève – le chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid, a appelé à une grève générale – devrait pourtant donner matière à réfléchir.
