Mobilisation historique à l’intérieur de l’État d’Israël

La « grève générale » appelée par le forum des familles d’otages retenus dans la bande de Gaza a été suivie massivement dans l’État israélien.

Dans les rues de Tel-Aviv, le 17 août, au soir d’une journée de mobilisation très massive dans tout le pays (photo AFP).
Par François Lazar
Publié le 21 août 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Le 17 août, des milliers de commerces, de services, d’administrations ont été fermés ou largement impactés. Les manifestants ont bloqué plusieurs axes routiers paralysant une partie du territoire.

Pour toute réponse, Netanyahou et les membres de son gouvernement ont accusé, comme à leur habitude, les manifestants de « faire le jeu du Hamas ».

Ce mouvement marque une nette accentuation de la crise et des ruptures qui traversent la société israélienne. Les médias israéliens qui notent plusieurs dizaines d’arrestations par la police, reconnaissent le caractère exceptionnel de la mobilisation.

Le Jerusalem Post donne le chiffre de 300 000 manifestants. Haaretz reprend les chiffres donnés par les organisateurs
qui évoquent jusqu’à 2,5 millions de participants dans la journée. i24News parle d’un million. L’ampleur de ce mouvement, qui fait le lien entre l’exigence de la libération des prisonniers israéliens à Gaza et la fin de la guerre motive les organisateurs pour poursuivre.

D’ores et déjà d’autres journées de mobilisation ont été évoquées. Parmi les manifestants, de manière significative, des milliers ont dénoncé explicitement le génocide en cours et exigé le retrait immédiat des troupes israéliennes de Gaza, la fin des bombardements et l’acheminement d’urgence de l’aide humanitaire.

Une indignation mondiale contre le génocide

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), 564 Palestiniens ont été tués et 3 083 blessés entre le 6 et le 13 août 2025. 61 722 Palestiniens ont été tués et identifiés et 154 525 ont été blessés au total depuis le 7 octobre 2023. Depuis le 27 mai 2025 on compte 1 859 tués et 13 594 blessés parmi les personnes tentant d’accéder à l’aide alimentaire. 80 000 Palestiniens ont été déplacés entre le 18 mars et le 12 août. Entre le 29 juillet et le 12 août : 12 500 déplacements supplémentaires sont recensés, dont 68 % provenant du gouvernorat de Gaza. Alors que la famine sévit dans plusieurs zones de la bande de Gaza, avant le conflit, Gaza était largement autosuffisant en produits alimentaires.

Aujourd’hui, 98 % des poulets et 96 % du bétail sont totalement détruits ; 86 % des champs agricoles permanents sont endommagés, et seulement 1,5 % des terres agricoles de Gaza sont encore accessibles et non détruites. L’organisation américaine chargée officiellement d’assurer les distributions d’aide alimentaire s’est avérée être un rouage de la partition de Gaza, obligeant les gens qui cherchent à se nourrir à se déplacer vers des zones de distribution sous contrôle militaire.

De jeunes israéliens refusent de faire leur service militaire

Face à ces situations de nombreuses initiatives sont organisées à l’intérieur de l’État israélien par des militants juifs qui n’acceptent pas le génocide. Le 12 août à Tel-Aviv, le groupe Mesarvot, constitué de jeunes israéliens qui refusent de faire leur service militaire a organisé un rassemblement devant l’hôtel où se réunissent les responsables du GHF (Gaza Humanitarian Fund) pour protester contre l’organisation délibérée de la famine et les meurtres de centaines de Palestiniens qui cherchent à accéder à l’aide alimentaire.

Rassemblement des objecteurs de consciences israéliens à Tel-Aviv, le 12 août (DR).

Le 14 août, une quinzaine de journalistes israéliens se sont rassemblés devant la maison des journalistes à Tel-Aviv pour dénoncer l’assassinat ciblé de leurs collègues gazaouis. Sur leurs affiches en hébreu on pouvait lire : « Arrêter les journalistes ne cachera pas les crimes /Tuer des journalistes est un crime de guerre », ou encore des noms de journalistes suivis par la mention « tué par Tsahal ».

Pendant ce temps, les déclarations génocidaires se succèdent sur les chaînes de la télévision israélienne. Le 16 août, le ministre israélien de l’Énergie, Eli Cohen, déclarait sur Channel 14 : « Gaza et la ville de Gaza elle-même, devraient ressembler à Rafah, que nous avons transformée en un tas de décombres. » Dans un enregistrement diffusé par la télévision israélienne et retranscrit par des médias anglophones, l’ancien chef du renseignement militaire israélien, Aharon Haliva, a déclaré que la mort de 50 000 Palestiniens est un « message nécessaire aux générations futures, peu importe s’il s’agit d’enfants ».

Certains dirigeants en France et au-delà refusent toujours de voir par la volonté génocidaire revendiquée par les dirigeants israéliens depuis octobre 2023. De leur côté dans le monde entier, les centaines de milliers de manifestants qui affirment leur rejet du génocide restent mobilisés. Cette semaine, les manifestations étaient massives notamment au Japon dans le cadre des commémorations de l’attaque atomique sur Hiroshima et Nagazaki, aux Pays Bas, au Maroc, en Australie. F. L.