Palestine : « Les dirigeants arabes face aux peuples du monde »

« Les régimes arabes portent une grande part de responsabilité dans la poursuite du massacre (à Gaza) », estime Awad Abdelfattah, dans un article publié sur le site arab48.com.

(photos Anadolu via AFP - Buenos Aires, La Haye, Liban et AFP).
Par la rédaction d'IO
Publié le 7 septembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes
Un article de Awad Abdelfattah publié sur le site arab48.com, 28 août (extraits)

« La crise du monde arabe n’est pas née aujourd’hui. (…) Il n’en reste pas moins sans précédent que des dirigeants arabes et leurs classes dirigeantes participent à une guerre d’extermination contre un peuple arabe, menée par une puissance coloniale, devenue l’une des nations les plus brutales, haineuses et isolées au monde. Aux yeux de beaucoup, seule la qualification de “trahison flagrante” rend justice à cette dépravation politique.

Si certains émettent des réserves quant à cette description, qu’ils se souviennent que la trahison n’est pas l’apanage des Arabes et des musulmans ; certains pays européens modernes ont connu des comportements similaires. Par exemple, le gouvernement français de Vichy a collaboré avec l’occupation nazie, mais cette occupation ne s’est pas transformée en extermination.

Aujourd’hui, les dirigeants arabes ont stupéfié le monde entier par leur déchéance sans précédent.

Comment expliquer qu’un grand pays arabe conclue des accords commerciaux de plusieurs dizaines de milliards avec un régime génocidaire ? Comment justifier sa participation au siège de Gaza ?

Comment comprendre la décision d’un petit émirat, qui n’a pas de frontière avec la Palestine, de transférer des armes vers un aéroport militaire israélien au plus fort du massacre ? Comment expliquer l’ouverture de lignes d’approvisionnement commerciales vers Israël pour remplacer celles qui sont hors service ? Nous sommes face à un spectacle surréaliste qui défie l’entendement. (…)

La majorité des intellectuels et des analystes arabes, ainsi qu’une grande partie de l’élite mondiale, s’accordent à dire que les régimes arabes portent une grande part de responsabilité dans la poursuite du massacre. Sans leur complicité et leur silence, l’alliance occidentale-sioniste n’aurait pas pu aller de l’avant. Même le langage diplomatique dans lequel ils rédigent leurs communiqués et leurs déclarations respire la mollesse et la complicité.

Netanyahou s’est très tôt assuré de cette position ; comme l’a récemment révélé le journal Yediot Aharonoth, il a reçu des centaines de cadeaux offerts par des dirigeants et des responsables arabes. Certains ont apporté un soutien concret, d’autres ont complété par leur silence, les autres encore sont restés impuissants, mais tous ont participé à l’interdiction des manifestations populaires en faveur de Gaza. (…)

Cette complicité a encouragé Netanyahou à poursuivre son projet initial : exterminer Gaza, liquider la cause palestinienne, puis s’étendre territorialement dans le cadre du “Grand Israël”. (…)

Mais après que les dirigeants israéliens ont annoncé leurs plans impérialistes et commencé à frapper la Syrie, certains de ces dirigeants ont été exaspérés par son arrogance, sans toutefois oser rompre les relations ou prendre des mesures punitives, comme l’ont fait des pays non arabes et non islamiques tels que la Colombie, le Venezuela et l’Irlande.

Pour couvrir cette débauche, ils ont eu recours à des manœuvres dérisoires : larguer de l’aide depuis les airs avec l’accord d’Israël, ou se divertir dans des conférences sur la “solution à deux États”, alors qu’Israël commet quotidiennement des massacres à Gaza et des crimes quotidiens en Cisjordanie.

Mais ce comportement n’est pas seulement un coup de poignard dans le dos du peuple palestinien, mais aussi des peuples du monde qui se soulèvent contre le génocide et défendent le sang palestinien.

Ces peuples ne défendent pas seulement la Palestine, mais aussi leur humanité, conscients que ce qui se passe fait partie de la réhabilitation d’Israël en tant que pilier fondamental du système capitaliste impérialiste mondial injuste, afin qu’il puisse continuer à jouer son rôle sordide (…).

La nouveauté aujourd’hui, c’est la formation d’une conscience universelle qui se cristallise autour d’un autre avenir pour l’humanité, un avenir arraché à l’emprise d’une mafia capitaliste mondiale insensible à la vie humaine, soutenue par une minorité riche, obscène et extrêmement avide.

Dans un article publié dans Middle East Eye et intitulé “Comment faire face au désespoir face à la poursuite de la guerre d’extermination menée par Israël”, le penseur progressiste américain d’origine iranienne Hamid Dabashi écrit : “Face à cette barbarie, nous ne sommes plus musulmans, chrétiens, juifs ou quoi que ce soit d’autre ; nous sommes tous des Palestiniens confrontés à un effacement total. La lutte pour la Palestine est la voie directe vers le salut de l’humanité, et c’est une conscience morale claire qui nous guide.” »

À propos de la complicité du régime égyptien

Un article de Sami Hassan

Le rapport 2024 de l’Institut des accords d’Abraham pour la paix1Les accords d’Abraham, négociés par les États-Unis sont un accord entre l’État d’Israël, Bahreïn et les Émirats arabes unis, signé en août 2020, visant à normaliser les relations, puis par le Soudan et le Maroc.

L’Égypte, elle, a signé un accord de paix avec l’État d’Israël, sous l’égide des États-Unis, en 1979, en vertu duquel Washington lui octroie tous les ans une dotation militaire de 1,3 milliard de dollars depuis cette date. La Jordanie a signé son accord de paix en 1994.
a publié des données sur le volume des échanges entre l’État d’Israël et les Émirats arabes unis, Bahreïn, la Jordanie, le Maroc et l’Égypte, qui laissent pantois.

Se basant sur les données du bureau israélien des statistiques, le rapport indique que le volume de ces échanges a connu une hausse considérable depuis le 7 octobre 2023 pour atteindre un montant estimé à 10 milliards de dollars.

Et ce, pendant que l’État sioniste mène une guerre génocidaire contre le peuple palestinien, organise son extermination, affame et massacre enfants, femmes, vieillards et civils par dizaines de milliers.

Pendant le premier trimestre 2024, les échanges commerciaux entre l’État d’Israël et les Émirats arabes unis ont progressé de 7 % par rapport au premier trimestre 2023. Ceux avec Bahreïn ont connu une hausse de 879 % pendant la même période. Avec le Maroc ils ont augmenté de 64 % et avec l’Égypte de 53 %.

C’est dans ce contexte que le régime égyptien a conclu, le 7 août, un accord avec la firme israélienne NewMed pour la fourniture jusqu’en 2040 de 130 millions de mètres cubes de gaz naturel extrait du site offshore Leviathan, au large des côtes contrôlées par l’État d’Israël.

Le contrat porte sur un montant de 35 milliards de dollars. Et le projet de gazoduc terrestre de 65 kilomètres reliant l’État d’Israël et l’Égypte qui accuse un important retard devrait être achevé en 2029.

Côté israélien, le PDG de NewMed, Yossi Abu, a donné la portée politique de l’accord et s’est félicité sur sa page LinkedIn : « Je ne doute pas que le gaz naturel issu du projet Leviathan servira de point d’ancrage essentiel pour les futurs accords de normalisation avec d’autres pays de la région. J’affirme aujourd’hui avec une totale confiance que le gaz israélien sera un jour acheminé vers la Syrie et le Liban. »

Côté égyptien, le gouvernement a mis 36 heures avant de confirmer l’annonce et déclaré qu’il ne s’agissait que du prolongement du contrat en cours.

Dans un pays où l’écrasante majorité de la population refuse que le peuple palestinien soit exterminé. Mais un pays dont le régime coopère avec l’État sioniste, participe au blocus de Gaza et réprime férocement toute contestation. N’a-t-il pas bloqué la Marche mondiale pour Gaza, en juin dernier ? L’indignation s’est largement exprimée à propos de l’accord gazier, dénoncé comme une décision « honteuse ».

Et c’est l’honneur de dizaines de militants et journalistes égyptiens, réunis le 13 août sur les marches du syndicat des journalistes, au Caire, d’avoir lancé le slogan « Le gaz appartient à la Palestine ! » Ils s’étaient rassemblés pour protester contre l’accord et contre l’assassinat par l’armée israélienne du journaliste Anas al-Sharif et de cinq de ses collègues gazaouis.

Liban : la souveraineté à l’américaine

Correspondant

Mardi 28 août, des responsables du gouvernement libanais ont reçu une délégation américaine envoyée pour faire pression sur le Liban.

Dans la délégation se trouvait le sénateur Lindsey Graham, qui considère le massacre d’enfants, de femmes et de personnes âgées par Israël à Gaza comme une action militaire israélienne légitime. C’est un versant partisan de la guerre d’extermination et de famine contre notre peuple à Gaza. Depuis le palais présidentiel, il a déclaré : « Le Liban seul porte les obligations, et nous n’avons aucun droit d’exiger quoi que ce soit d’Israël. »

La délégation américaine a affirmé son soutien à la décision du gouvernement libanais de désarmer la « résistance », condition pour un possible retrait israélien des villages occupés du Sud après le désarmement. Le président américain Trump a annoncé la création d’une zone économique dans les villages frontaliers du Sud, le déplacement d’environ trente-cinq villages frontaliers et la transformation du Sud en une riviera de type Gaza pour protéger Israël.

Les délégations américaines ne sont pas des médiatrices et n’ont rien à voir avec l’intégrité ni avec les intérêts du Liban. Elles défendent les intérêts de l’État sioniste et tentent de les imposer au Liban.

L’envoyé américain Tom Barrack a insulté les professionnels des médias et les journalistes lors de sa conférence de presse au palais présidentiel, les accusant de « comportement chaotique et animal ».

Le Syndicat des rédacteurs a publié une déclaration claire exigeant que Barrack présente des excuses aux médias, mais une déclaration du département des médias du palais présidentiel a été tardive, faible et ne mentionnait pas directement Barrack nommément.

Les concepts de souveraineté, de dignité et de patriotisme ont été affaiblis et minés par ceux qui confondent souveraineté et soumission.

La réalité libanaise, ce sont des raids et bombardements israéliens quotidiens. Des centaines de Libanais ont été tuées depuis le début du prétendu cessez-le-feu avec « Israël » jusqu’à aujourd’hui. Les drones sillonnent toutes les régions libanaises, effectuant des raids très fréquents, ciblant les citoyens sur les routes, à leur domicile, en voiture et à moto.

Il y a quelques instants, un jeune homme a été pris pour cible à moto dans la région de Nabatieh. Les habitants du Sud sont interdits de résidence dans leurs maisons ou de reconstruction de ce qui a été détruit. Il leur est interdit de cultiver leurs terres.

Les bergers et les pêcheurs sont quotidiennement la cible des drones israéliens. Il y a quelques jours, un agent israélien accusé d’avoir accompagné les attentats aux bipeurs piégés a été libéré sous la pression des Américains.

Le président de la République et le Premier ministre ne sont que des agents de l’administration américaine, et le dirigeant saoudien Mohammed ben Salmane, exécute ses ordres aux dépens du peuple libanais.