Portugal : « La privatisation tue ! »
Le 3 septembre, une des cabines du funiculaire de la Gloria à Lisbonne a dévalé la colline de manière incontrôlée, heurtant un immeuble. L’accident a causé la mort de 16 personnes et fait 22 blessés (dont 5 graves). Un article paru dans le journal O Militante socialista.
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« L’analyse des débris sur place a immédiatement révélé que le câble reliant les deux cabines s’est rompu à son point de fixation… sur la cabine n° 1 » , a révélé samedi le Bureau de prévention et d’enquête sur les accidents d’aéronefs et ferroviaires (GPIAAF).
Le journal Publico écrivait : « La maintenance exigée par Carris à la société MAIN (prestataire privé) ne prévoyait pas l’inspection quotidienne de la pièce à l’origine de l’accident. »
Décapitation des services publics et conséquences de leur privatisation (« externalisation »)
La privatisation des services de maintenance a conduit à une véritable décapitation du savoir-faire. Le transfert de connaissances entre anciens et nouveaux travailleurs s’est interrompu. La cohabitation, côte à côte, entre les agents d’exploitation et de maintenance, a cessé. Les travailleurs les plus expérimentés – ceux qui détenaient les compétences les plus pointues – ont été poussés vers la sortie et remplacés par des jeunes, moins expérimentés, aux contrats précaires et aux salaires plus faibles.
Jusqu’en 2007, la maintenance des funiculaires de Lisbonne était assurée par Carris, avec une équipe de vingt-quatre agents et deux techniciens assurant des roulements de 8 heures, 24 heures/24.
Après privatisation, le personnel a été réduit à deux travailleurs, et le suivi a été limité à des inspections journalières, comme celle du jour de l’accident… qui n’a duré que 33 minutes – un temps insuffisant pour garantir la sécurité, comme l’a souligné l’ingénieur Carlos Neves (Ordre des ingénieurs mécaniques).
La priorité du service de maintenance de Carris était la sécurité des passagers et des véhicules, conduits par leurs collègues chauffeurs. La logique des entreprises privées est tout autre : minimiser les coûts pour maximiser les profits. « Le prix le plus bas » était le seul critère utilisé par la direction de Carris pour attribuer le marché de maintenance aux entreprises candidates.
La tragédie aurait-elle pu être évitée ?
Oui, car les alertes n’ont pas manqué.
Les travailleurs de Carris avaient signalé par écrit à la direction la présence d’anomalies « indiquant des problèmes de surcharge ». Ces alertes ont été ignorées. La maintenance était insuffisante pour un usage aussi intensif (plus de 3 millions de passagers par an).
La sécurité a été sacrifiée. La maintenance a été démantelée. La décision était politique.
Le Gouvernement et la Mairie de Lisbonne sont responsables !
Seize personnes sont mortes à cause de la négligence de l’État et du gouvernement.
La mairie de Lisbonne est actionnaire de Carris. Son président, Carlos Moedas, a signé un contrat qui, pour réduire les coûts, a sacrifié la sécurité – causant la mort de 16 personnes.
Une tragédie aux conséquences explosives
Le Premier ministre Montenegro et le maire Carlos Moedas cherchent par tous les moyens à fuir leurs responsabilités. Le président de la République, Marcelo refuse aujourd’hui de demander la démission de Moedas. Conscients de la charge sociale explosive de cette tragédie, les partis attachés au système n’exigent pas la démission de Moedas.
Seul Pedro Nuno Santos, ex-secrétaire général du PS, s’est exprimé clairement : « En ce qui concerne les responsabilités politiques, il n’est pas nécessaire d’attendre une enquête pour savoir qui les porte. »
Le Gouvernement est fragilisé
Cette tragédie a ébranlé le gouvernement. Son désarroi est visible. Et c’est dans cette situation de vulnérabilité politique que ce gouvernement entend détruire les droits encore existants dans le Code du travail : vider le droit de grève, démanteler la négociation collective, lancer une véritable guerre sociale contre les travailleurs.
UNION ! Mobilisation unie contre ce Gouvernement de guerre sociale !
Des dizaines de dirigeants syndicaux actuels et anciens, ainsi que des militants de diverses sensibilités, ont lancé un appel public aux directions des deux grandes centrales syndicales (CGTP et UGT) : unir et mobiliser les travailleurs par des actions communes, seule façon d’arrêter l’offensive du gouvernement PSD-CDS.
Dans ce combat pour une mobilisation unie des travailleurs contre ce gouvernement de guerre sociale, les militants, sympathisants, et lecteurs de O militante socialista s’organisent, en lien avec les luttes des peuples d’Europe, des États-Unis…, dans la lutte des travailleurs contre leurs propres gouvernements.
