Les faits sont têtus…

La réforme des retraites, rejetée par la quasi-totalité de la population laborieuse, qui jusqu’à présent avait été imposée à coups de 49.3 par le gouvernement d’Elisabeth Borne, vient d’être « adoptée », grâce aux votes du PS, du PCF et des écolos, à l’Assemblée nationale.

Manifestation contre la réforme des retraites, à Paris, le 6 juin 2023. (AFP)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 19 novembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes

Les contorsions, les tours de passe-passe, les justifications toutes plus fumeuses les unes que les autres, en particulier des dirigeants du Parti socialiste (PS), n’y changeront rien : mercredi 12 novembre dernier, le PS, ainsi que Les Écologistes, ont voté pour, non pas la « suspension » de la réforme des retraites comme ils le prétendent frauduleusement, mais le décalage dans le temps de la mise en œuvre de la réforme Macron, qui instaure la retraite à 64 ans.

On peut retourner le problème dans tous les sens : mais les faits sont têtus. Ce faisant, la réforme des retraites, rejetée par la quasi-totalité de la population laborieuse, qui jusqu’à présent avait été imposée à coups de 49.3 par le gouvernement d’Elisabeth Borne, a été adoptée, grâce à leurs votes, à l’Assemblée nationale.

Dans les faits, les députés du PS ainsi que des Écologistes ont, par leur vote, permis à l’Assemblée d’adopter la réforme des retraites et le report de l’âge légal à 64 ans.

12 milliards de coupe dans la santé

De même, les députés du PS ainsi que des Écologistes ont, par leur vote, permis au gouvernement Macron-Lecornu, rejeté et désavoué comme jamais, y compris par leur propre camp, de se maintenir pour mettre en œuvre un budget de guerre contre la population, avec 12 milliards de coupes supplémentaires contre la santé, la Sécurité sociale et les retraites.

De leur côté, lors du débat à l’Assemblée nationale sur la partie recettes du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) le 8 novembre, la majorité des députés du Parti communiste français (PCF) ont choisi de s’abstenir, l’orateur du PCF, Yannick Monnet (qui a par ailleurs personnellement voté pour le texte), ayant expliqué que les débats devaient se poursuivre. Ce qui revenait à dire : le texte ne doit pas être rejeté. Les députés macronistes l’ont bruyamment ovationné.

Et il se trouve des dirigeants de centrales syndicales qui osent nous dire qu’il s’agit d’une avancée qui en appelle d’autres ! ? Ont-ils perdu toute référence à la réalité ? Sont-ils encore sur leur positionnement politique de garantir une « stabilité » mortifère pour la population laborieuse ? Incroyable.

Les principaux députés du PS et des Écologistes qui ont voté pour cette trahison, Olivier Faure, Marine Tondelier, sans oublier Clémentine Autain et François Ruffin, se sont donc retrouvés à une même tribune, samedi 15 novembre à Trappes (78), dans le cadre d’une « Convention – Front populaire 2027 » pour y annoncer la constitution d’une « gauche unitaire » qui entend organiser des « primaires à gauche » à l’automne 2026. Le lendemain, ce sont François Hollande, Bernard Cazeneuve, Raphaël Glucksmann et d’autres « revenants du hollandisme », réunis à Pontoise (95) qui ont, de leur côté, lancé un appel à rassembler la « gauche réformiste ».

Tentative éperdue de sauver les institutions de la Ve  République

Avec un objectif partagé par les organisateurs des deux meetings : participer à cette tentative éperdue de sauver les institutions de la Ve République, qui sont depuis bien longtemps leur seul horizon. Tentative d’autant plus pathétique que ce régime est à l’agonie. En lui permettant de survivre, ils participent activement aux coups terribles qui continuent à s’abattre contre les travailleurs et les jeunes.

Mais on aurait tort de sous-estimer ce jugement parfaitement démontré par Manuel Bompard dans son entrevue avec le journaliste économique, François Lenglet (15 novembre) : « Je pense qu’il y a des éléments qui ressemblent au moment de grande rupture historique qu’on a connue (…) quand en haut, on ne peut plus, et quand en bas, on ne veut plus (…) un grain de sable peut faire dérailler la machine… »

On comprend aussi parfaitement la gêne, l’inquiétude et bien souvent le rejet de tous ces militants socialistes, écologistes, communistes et les syndicalistes honnêtes qui ne se laissent pas abuser par ces artifices. Les discussions en cours sur les listes aux municipales en témoignent tout comme le nombre de vues sur YouTube des « conventions » de la « gauche unitaire » et de la « gauche réformiste » : à peine 5 000 au total… Le meeting de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Pierre-des-Corps, de son côté, totalise à ce jour 115 000 vues… Soyons certains que, dans ces 115 000, nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent pas dans la politique de leurs élites.

 

De Londres à Paris, en passant par Berlin : le rejet

En Grande-Bretagne, 82 % des Britanniques se disent insatisfaits du gouvernement du travailliste Keir Starmer. En France, la cote de popularité d’Emmanuel Macron a chuté à 11 % fin octobre.
En Allemagne, l’approbation du chancelier Merz s’effondre à 25 %. C’est une expression du profond rejet de leurs politiques d’attaques aux droits les plus fondamentaux de tous les travailleurs, le rejet de leurs guerres et de leurs budgets de guerre, le rejet de leur complicité dans le génocide à Gaza.

S. R.

« L’Assemblée se prépare à ne pas voter le budget » (Les Échos)

Après le projet de la loi de financement de la Sécurité sociale (dont seule la partie recettes a été votée, avec le soutien du PS et l’abstention de la majorité des députés PC et écolos), c’est au tour du budget de l’État que les députés pourraient ne finalement même pas pouvoir voter. « Ce qui arrange de nombreux groupes parlementaires », commente le journal Les Échos (18 novembre). Cela arrange le PS, sans aucun doute ! Mais aussi le RN…

Sans entrer dans les méandres des dispositions antidémo-cratiques de la Ve République, disons que, dans un ballet bien réglé entre le PS et le gouvernement (qui a refusé une extension des débats de deux jours le week-end dernier), il n’y aura peut-être pas de vote sur la partie recettes cette semaine ; la partie dépenses (les crédits alloués aux ministères) ne sera même pas examinée, avant sa transmission au Sénat.

De nombreux commentateurs évoquent le recours à des ordonnances d’ici à la fin de l’année. « La vérité, c’est que ce gouvernement est minoritaire… Nous ferons en sorte que le Parlement puisse s’exprimer, y compris par une censure », assure Éric Coquerel (LFI), ce 18 novembre.

Y. L.