Cisjordanie et Gaza : dépossession croissante de la population palestinienne et complicité internationale
Semaine après semaine, la situation en Cisjordanie ne cesse de se détériorer pour la population palestinienne. Les violences des colons atteignent chaque jour un nouveau seuil inédit.
- Actualité internationale, Gaza, Palestine

Semaine après semaine, la situation en Cisjordanie ne cesse de se détériorer pour la population palestinienne. Les violences des colons atteignent chaque jour un nouveau seuil inédit. Pour le seul mois d’octobre on dénombre plus de 260 attaques de colons (soit 8 attaques par jour), un record absolu depuis 2006.
Le bilan humain est dramatique : plus de mille Palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, dont un sur cinq était un enfant. Le déplacement de population se poursuit à un rythme soutenu : plus de 3 000 Palestiniens ont déclaré avoir été chassés de leur domicile par la violence, auxquels s’ajoutent 40 000 personnes déplacées par les opérations militaires israéliennes dans le nord de la Cisjordanie.
Les entraves à la mobilité sont systématisées avec près de 1 000 checkpoints installés en deux ans jusqu’au cœur des villes, étranglant la vie économique des habitants. Durant la récente saison des récoltes d’olives, 150 attaques ont été documentées : plus de 140 Palestiniens blessés. Plus de 4 200 arbres et plants ont été détruits dans 77 villages différents.
Le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR) alerte sur la multiplication des attaques, qui « interviennent après des dizaines d’agressions commises durant la récolte d’olives, dans le cadre d’une politique visant à instiller la peur et l’anxiété permanentes chez les habitants palestiniens, surtout dans les zones proches des colonies… Ces crimes traduisent une politique systématique menée sous la protection de l’armée israélienne et la complicité du système judiciaire israélien, qui offre une protection légale entérinant l’impunité des crimes de guerre ».
L’organisme rappelle l’arrêt de la Cour internationale de Justice de juillet 2024, selon lequel « l’occupation israélienne des territoires palestiniens est illégale, exigeant l’évacuation immédiate des colons et la fin de toutes les violations liées à la colonisation ». On sait comment sont traités les arrêts de la Cour internationale de justice par l’État israélien et ceux qui le soutiennent inconditionnellement, comme Macron, Starmer, Merz en Europe.
Pour sa part, le Centre de recherche sur les politiques économiques palestiniennes chiffre : « 191 000 heures de travail perdues chaque jour à cause des checkpoints en Cisjordanie. Le coût pour l’économie palestinienne est de 765 000 dollars quotidiens, soit 279 millions de dollars par an. » Le bouclage des localités amplifie le déclin industriel, la précarité rurale et le chômage.
Accélération politique de la colonisation
D’après Mairav Zonszein, analyste politique israélienne qui a publié une tribune dans le New York Times, le gouvernement israélien sous l’impulsion de Bezalel Smotrich annexe de facto des pans entiers de la Cisjordanie : 50 000 logements de colons ont été approuvés, dont 25 000 sur la seule année écoulée.
Les obstacles administratifs pour les Palestiniens deviennent des armes de dépossession, les procédures foncières rendant la récupération des terres palestiniennes quasi impossible. Plus de 32 000 hectares sont aujourd’hui soustraits à l’accès palestinien dans la « zone de jonction » avec le mur de séparation.
Les camps de réfugiés et les villes de Cisjordanie sont régulièrement pris d’assaut par l’armée d’occupation, qui procède à des arrestations régulières pour déstabiliser la population, créer un climat de terreur permanent au prétexte de « prévenir les actions terroristes ».
Les manifestations de soutien d’Israéliens sont minoritaires, et affrontent l’hostilité des colons et parfois la répression des forces de sécurité. Quelques groupes s’engagent ponctuellement dans l’accompagnement des récolteurs d’olives, mais paient le prix fort : journalistes, artistes et militants sont régulièrement agressés par les colons, ou empêchés par la police et l’armée de soutenir les Palestiniens.
La journaliste israélienne Amira Hass considère que « le camp de la paix » n’a plus de résonance. Les initiatives restent isolées et ignorées dans l’espace public, tandis que l’opinion dominante ramène la question palestinienne à une « problématique sécuritaire » marginale. Dans ce contexte violent, l’action des militants anti-occupation demeure précieuse mais difficile. Ils poursuivent la documentation, le soutien logistique et la défense juridique, au risque d’être assimilés à des « traîtres » par leur gouvernement.
L’éditorial du journal Haaretz du 14 novembre souligne que « les colons juifs violents d’Israël ne sont ni marginaux ni une poignée. Leur rendement est impressionnant : plus de deux attaques par jour en moyenne, selon les calculs de l’armée, plus de huit par jour en octobre, plus de quatre par jour entre le 4 et le 10 novembre, selon une étude minutieuse menée par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, et environ 15 par jour selon les données recueillies par le département des négociations de l’OLP ».
Impunité systémique
Haaretz note que l’impunité est systémique : « Une poignée de hooligans n’auraient pas pu déplacer près de 60 communautés palestiniennes depuis 2022, dont 44 depuis octobre 2023, selon B’Tselem… Quelques émeutiers n’auraient pas pu prendre le contrôle, eux seuls, d’environ 80 000 hectares de terres en Cisjordanie à la fin de 2024 [14 % de la superficie totale de la Cisjordanie – Ndlr], selon une étude de Kerem Navot et Peace Now ». Haaretz poursuit sa démonstration : « Après tout, il existe des organisations qui ont acheté des troupeaux de vaches et de moutons et les ont distribués aux jeunes couples qui ont gravi la montagne pour s’y installer. Certaines institutions fournissent les structures et la sécurité. Il y a un gouvernement qui fournit des quads et des drones, une force de police qui échoue régulièrement à localiser les suspects et une armée qui arme les habitants des avant-postes et les protège également lors de leurs raids sur le village voisin.
Si l’on parle soudainement de quelques brebis galeuses, c’est parce que quelques chaînes de télévision ont rompu leur silence et diffusé un petit échantillon des vidéos de violences juives qui circulent librement sur les réseaux sociaux. Le choc du mois n’est donc qu’une illusion. Il s’agit d’un processus de violence organisée et calculée qui a débuté dans la seconde moitié des années 1990 et s’est intensifié au cours des années 2000.
Des avant-postes de colonies ont été fréquemment établis, générant des cycles de violence contre les Palestiniens. Pour éviter les “frictions”, l’armée a empêché et empêche toujours les propriétaires légaux et les cultivateurs de ces terres d’y accéder. Les avant-postes se sont développés. Certains d’entre eux sont déjà des quartiers de colonies existantes qui invitent les masses israéliennes à y acheter des maisons individuelles “de luxe’’. Et le processus se poursuit sans relâche, sur une trajectoire ascendante qui a atteint son apogée sous le gouvernement actuel. Cette poignée de personnes réussit parce que sa violence sert la politique officielle. Ce n’est que si le public israélien y renonce que cette “poignée d’émeutiers pourra être arrêtée.” »
Ce climat s’accompagne d’un processus de normalisation dans la société israélienne et d’une légitimisation croissante de l’annexion. La carte d’Israël intègre tacitement la Cisjordanie présentée sous les noms bibliques de Judée et Samarie et l’espace n’est plus présenté qu’en termes de « territoire disputé ».
Abou Rabia, chef du Croissant-Rouge dans la région sud de Naplouse, touché à la tête, au dos, au bras et à la jambe, interrogé par le site israélien « Local Call » a déclaré : « Ces attaques ne se produiraient pas si elles ne recevaient pas un feu vert du gouvernement. Peu leur importe que la victime soit palestinienne, israélienne, internationale, secouriste ou journaliste. Ils ne veulent voir personne ici, et ils ont la permission d’attaquer des maisons, de blesser et même de tuer. Mais moi, je reviendrai sur mes terres. »
« Échec collectif de la communauté internationale »
Ce 17 novembre, le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté une résolution sur Gaza, dans le cadre du plan Trump, qui ouvre la perspective lointaine d’un État palestinien, dont on voit qu’il ne sera rien d’autre qu’une entité de contrôle de la population palestinienne, dans le cadre d’une tutelle coloniale internationale sur la bande de Gaza (voir la déclaration de Codepink).
Or la situation dans la bande de Gaza reste apocalyptique : pas de matériel, pas de machine, pas d’eau, pas d’électricité, pas de carburant, pas de nourriture, les attaques de l’armée génocidaire israélienne n’ayant par ailleurs pas cessé. La Croix-Rouge palestinienne rapporte que 80 % de l’eau actuellement disponible dans la bande de Gaza est totalement contaminée, ce qui provoque une forte augmentation des maladies transmissibles comme l’hépatite.
Natalie Boucly responsable de l’Unrwa interrogée par le journal britannique The Guardian affirme : « Nous sommes irremplaçables car personne d’autre ne peut remplacer notre travail… Si nous sommes encore là, c’est à cause de l’échec collectif de la communauté internationale à trouver une solution politique à ce conflit » elle poursuit : « Nos provisions pourraient nourrir la population pendant environ trois mois… Elles sont stockées en Jordanie et en Égypte. Mais les restrictions sont toujours là. » The Gardian poursuit : « Début septembre, au moins 2 596 enfants de Gaza avaient perdu leurs deux parents et 53 724 autres avaient perdu soit leur père (47 804), soit leur mère (5 920), selon les statistiques du ministère de la Santé de Gaza citées par l’agence des Nations unies pour la protection de l’enfance, l’Unicef. »
Tortures dans les prisons israéliennesSelon un nouveau rapport de Médecins pour les droits de l’homme (Physicians for Human Rights – Israël), basé sur des données officielles de l’armée israélienne et de l’administration pénitentiaire israélienne, au moins 98 détenus palestiniens sont morts dans des centres de détention israéliens depuis le 7 octobre 2023. Le rapport publie des témoignages et rapports d’autopsie indiquant que nombre d’entre eux sont décédés des suites de tortures, de négligence médicale et de malnutrition. |
