Mais à quoi sert la conférence sociale ?

Selon le gouvernement, tous les sujets sont sur la table, surtout l’instauration d’un système de retraite universel, par points et à la carte, ou encore de la capitalisation. Est-ce le rôle des confédérations syndicales de se prêter à cette opération politique ?

Les responsables syndicaux et le ministre du Travail lors de la réunion de « méthodologie » de la conférence sociale à Paris, le 4 novembre. (AFP)
Par Hubert Raguin
Publié le 30 novembre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Selon le gouvernement, tous les sujets sont sur la table, surtout l’instauration d’un système de retraite universel, par points et à la carte, ou encore de la capitalisation, en vue d’éclairer le débat à venir des élections présidentielles de 2027. Est-ce le rôle des confédérations syndicales de se prêter à cette opération politique ?

Le plus grand flou règne sur la fonction dévolue à la conférence sociale sur les retraites et le travail. Qu’il s’agisse de la communication gouvernementale, des réactions des éventuelles organisations y participant ou des commentaires de la presse, il est difficile de se faire une idée de la composition, du calendrier, du fonctionnement et des objectifs de ce « machin » qui prolonge le conclave sur les retraites mis en place naguère par François Bayrou.

Il apparaît ainsi que la réunion du 4 novembre dernier n’était qu’une réunion de « méthodologie » et que la « séance plénière d’ouverture » du cycle de conférences travail/retraites pourrait se tenir le 5 décembre prochain, date à confirmer. Certaines organisations, côté patronal comme côté syndical, ont annoncé leur participation, d’autres leur refus, d’autres leur intention d’en partir bientôt, d’autres encore la possibilité de reconsidérer leur refus d’y participer, sous conditions. Ainsi la CFDT se félicite du cadre de cette conférence et annonce vouloir y porter son projet de retraite par points ; la CGT a dans un premier temps refusé de participer à la conférence mais dit aujourd’hui pouvoir reconsidérer sa position ; FO veut participer mais ferme la porte à toute discussion sur le régime à points ou la capitalisation…

L’opération conjointe Lecornu-PS

Côté gouvernemental, il n’y aurait ni lettre de mission, ni contraintes, ni tabous, ni conclusions… Il s’agit de débattre, et tous les sujets sont sur la table, surtout l’instauration d’un système de retraite universel, par points et à la carte ou encore de la capitalisation. Le seul objectif serait d’éclairer le débat à venir des élections présidentielles de 2027. Moyennant quoi un panel impressionnant d’experts en tous genres serait convoqué devant la conférence pour nourrir le débat, professeurs d’université, hauts fonctionnaires, directeurs généraux d’entreprises, anciens ou actuels ministres, économistes prix Nobel ou pas, conseillers d’État, conseillers à la Cour des comptes, des grands témoins, des experts…

Du côté des confédérations syndicales une question se pose : à quoi sert cette conférence où il n’y a rien à négocier puisqu’il s’agit seulement de débattre dans la perspective des élections présidentielles ? Est-ce leur place ? Est-ce le rôle des confédérations de se prêter à cette opération politique ? Quel rapport avec la revendication intersyndicale d’abrogation de la réforme Borne des retraites imposant le départ à 64 ans ?

Il ne sortira qu’une chose de la conférence : à rebours de leur rôle, de leur mandat et de leur indépendance, les organisations syndicales l’auront cautionnée et y auront participé. Rappelons qu’en janvier dernier, au nom de leur attachement à l’esprit de responsabilité et à la nécessaire stabilité, les confédérations avaient de fait soutenu la décision du Parti socialiste de ne pas censurer le gouvernement Bayrou.

Rappelons aussi qu’il y a quelques semaines à peine, les mêmes confédérations ont salué comme une avancée importante la misérable opération de Lecornu et du Parti socialiste de décalage de la réforme des retraites, en lieu et place de son abrogation, pour tenter de justifier le soutien du PS au maintien du gouvernement et de son budget.

Pantomime

Voilà la signification réelle de toutes ces postures, voilà à quoi sert la conférence sociale.

Notons aussi que ces contorsions provoquent de vifs remous et oppositions au sein des organisations syndicales, remous et oppositions qui n’ont qu’une origine : que devient dans ce théâtre d’ombres la défense des intérêts des personnels, des revendications des syndiqués ?

Oui, en réalité, la participation des directions des confédérations à cette pantomime serait leur nouvelle contribution au funeste scénario de la stabilité qui voudrait que le gouvernement Lecornu continue, avec le soutien du Parti socialiste, que la réforme Borne continue à s’appliquer, que le budget d’austérité aggravé s’applique, contre les travailleurs, contre le peuple, contre les services publics et la Sécurité sociale.

Qu’en sera-t-il si demain le gouvernement imagine associer les « partenaires sociaux » à une conférence sociale sur l’effort de guerre et ses conséquences sur le budget, sur l’école, sur le fonctionnement des services publics, sur le maintien des libertés individuelles et collectives ?