« Résister, mobiliser, unir et organiser… pour aider à agir et gagner »

« Après la Palestine, le Venezuela ! La barbarie et la sauvagerie du capitalisme sont mises à nu pour sauver un système en bout de course » : une déclaration du Secrétariat international de la IVe Internationale, le 12 janvier 2026.

Manifestation le 12 janvier à New York contre la police de l’immigration (ICE). À Mexico, manifestation contre l'agression de Trump au Venezuela : « Ce n'est pas la démocratie, c'est le pétrole », « Ce n'est pas la drogue, c'est le lithium » (photos AFP).
Par IVe Internationale
Publié le 17 janvier 2026
Temps de lecture : 8 minutes

« Après la Palestine, le Venezuela ! La barbarie et la sauvagerie du capitalisme sont mises à nu pour sauver un système en bout de course et des régimes en crise. Les peuples, malgré les coups reçus, n’en veulent pas. Résister, mobiliser, unir et organiser… pour aider à agir et gagner.

L’intervention des forces armées américaines au Venezuela, dont le bilan s’élève à 100 morts civils et militaires et des centaines de blessés, l’enlèvement du président de la République Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores, ainsi que la conférence de presse du président américain Donald Trump exigeant une soumission complète du Venezuela aux intérêts du capital financier nord-américain, ont provoqué une sidération mondiale.

Crise de l’impérialisme américain et marche à la guerre

Le 3 janvier, Trump a adressé un message au monde. Ce message exprime le fait que la crise de domination de l’impérialisme américain ne peut plus être résolue ni même différée par les moyens habituels de la politique étrangère et des relations internationales issus de l’après-guerre de 1945, ni par les moyens extraordinaires mobilisés depuis un an par l’administration américaine : – l’expulsion massive des immigrés du sol américain – 605 000 sur la seule année 2025, deux fois plus qu’en 2024 sous Joe Biden qui était déjà une année record depuis une décennie – et le départ « volontaire » de 1,9 million d’immigrants devaient libérer des milliers d’emplois pour les Américains nés aux États-Unis. Pourtant, ils sont aujourd’hui plus nombreux au chômage qu’il y a un an ; les droits de douane imposés au monde par Trump, et particulièrement à la Chine pour tenter de contenir sa place sur le marché mondial et la contraindre à ouvrir davantage son marché intérieur aux capitaux américains, devaient réindustrialiser les États-Unis et réduire leur dette colossale. L’industrie manufacturière américaine a pourtant continué à perdre des emplois et la dette des États-Unis a augmenté de 2 000 milliards de dollars. Quant aux exportations de la Chine, elles ont certes reculé aux États-Unis, mais elles ont battu leur record mondial en 2025.

Trump n’a aucun moyen de résoudre la crise du système capitaliste mondial dont les États-Unis sont l’épicentre. L’intervention militaire contre le Venezuela se déroule après quatre années de guerre en Ukraine et au moment où le génocide du peuple palestinien, assumé et banalisé par l’administration américaine et ses relais, visant à éradiquer les Palestiniens et à pétrifier les peuples du monde, montre jusqu’où l’impérialisme en crise est prêt à conduire l’humanité pour assurer sa « position prééminente », selon la formule de la Maison-Blanche (« Stratégie de sécurité nationale », novembre 2025).

« Une guerre contre l’ennemi intérieur »

La prétendue « lutte contre le narcotrafic » au nom de laquelle Trump affirme avoir capturé le président du Venezuela N. Maduro (alors qu’il vient de gracier l’ex-président du Honduras condamné en 2024 aux États-Unis à 45 ans de prison pour narcotrafic) vise à éclipser un fait simple et imparable : seuls 15 % des Américains estiment que la politique économique du gouvernement leur a été favorable. Une majorité de 58 % – jusqu’à 88 % au sein de la population noire – désapprouve la politique de Trump.

La plupart des Américains ont vu leurs dépenses courantes de consommation, de soins de santé et de logement augmenter dans des proportions insoutenables. Selon une étude des universités de Yale et de Pennsylvanie, les coupes budgétaires décidées par Trump dans le système de santé pourraient conduire à 51 000 décès prématurés d’Américains chaque année, un décès supplémentaire toutes les dix minutes, et priver 15 millions de pauvres d’assurance maladie.

Alors que 60 % des Américains vivent au jour le jour, le gouvernement déploie les militaires de la Garde nationale dans les quartiers déshérités de plusieurs grandes villes et la police de l’immigration (ICE) pour combattre ce que Trump a appelé « l’ennemi de l’intérieur », suscitant de larges protestations dans le pays. Plus l’administration américaine devient impopulaire et contestée, plus elle se montre agressive.

La crise profonde qui plonge ses racines dans l’impasse du système capitaliste mondial et dans la détérioration dramatique des conditions de vie a commencé à éclater au grand jour avec le rejet des candidats des deux principaux partis de la classe capitaliste et l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York sous les couleurs des Democratic Socialists of America (DSA).

Elle s’est manifestée dans la plus grande mobilisation de l’histoire américaine, qui a rassemblé 7 millions de manifestants dans les rues de 2 700 villes contre Trump et sa politique le 18 octobre 2025, et plus récemment dans les grandes manifestations anti-ICE suite à l’assassinat de Renee Nicole Good à Minneapolis, exprimant une combativité inédite et la recherche d’une politique de rupture qui provoque une crise au sein du Parti républicain et du mouvement Maga (Make America Great Again) à l’approche des élections de mi-mandat (novembre 2026).

Elle se prolonge dans les manifestations qui se sont développées aux États-Unis et plus largement à l’échelle internationale, pour s’opposer à l’intervention militaire américaine au Venezuela et refuser l’alternative imposée par Trump : la soumission ou la guerre.

« La mission du nouveau ministère est la guerre, la préparation à la guerre et à la victoire. (…) Si nos ennemis nous défient, ils seront écrasés par la violence, la précision et la férocité du département de la Guerre. » (Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre).

Malgré les dénégations du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, qui refuse de parler de guerre contre le Venezuela, les États-Unis menacent de mobiliser à nouveau la force militaire si le gouvernement bolivarien ne se soumet pas aux exigences de l’impérialisme ; et de menacer Cuba, la Colombie, le Mexique… Toute l’Amérique latine est sous le choc. En réalité, le message de Trump a une portée mondiale.

Même si certains représentants éminents du capital américain, comme de nombreux responsables de par le monde, s’inquiètent du « précédent que (l’intervention au Venezuela) crée, affirmant le droit des grandes puissances d’intervenir dans leurs zones d’influence contre des dirigeants qu’elles jugent illégitimes ou menaçants », il s’agit d’abord des zones d’influence que l’impérialisme américain entend dominer.

À défaut de pouvoir imposer sa volonté par le seul moyen des sanctions et des droits de douane, Trump envisage désormais d’augmenter le budget militaire d’environ 70 % à 1 500 milliards de dollars en 2027.

Rien ne dit que peuple vénézuélien, qui a commencé à descendre dans la rue pour défendre son indépendance et sa souveraineté, ni aucun peuple, acceptera de se plier aux exigences américaines. Seuls 6 % des Groenlandais sont favorables à l’annexion du territoire arctique par les États-Unis, tandis que 8 % des Américains approuvent une intervention militaire pour en prendre le contrôle.

En revanche, la rapidité avec laquelle les dirigeants des vieux pays impérialistes d’Europe se sont rangés derrière Trump – après avoir accepté sans broncher les droits de douane et s’être engagés à accroître leur budget militaire à 5 % du PIB – en dit long sur la servilité des gouvernements européens à l’égard du maître américain qui veut régler l’avenir de la guerre en Ukraine, et plus globalement de l’Europe, à ses conditions.

Cette servilité éclaire la nature des obstacles qui se dressent face à la jeunesse et au mouvement ouvrier européen. Aucune solidarité, aucun soutien à ces gouvernements qui exercent sur leur peuple le même chantage que celui de Trump : la soumission ou la guerre ; la réduction des dépenses publiques et des protections sociales pour financer les budgets militaires ou la guerre.

L’ennemi est dans notre propre pays, ce sont nos gouvernements soumis à l’impérialisme américain. Il ne peut y avoir de rupture avec Trump sans rupture avec les gouvernements pro-guerre en Europe.

Selon une étude du « Center for Strategic and International Studies » publiée en juin 2025, la guerre en Ukraine avait fait 1,4 million de morts et de blessés des deux côtés en un peu plus de 3 ans, près d’un par minute. Faudrait-il que l’hécatombe continue et que les peuples d’Europe se préparent et « acceptent de perdre leurs enfants », comme l’a affirmé le chef d’état-major des armées françaises ? La IVe Internationale rappelle sa position constante depuis février 2022 : ni Otan, ni Trump, ni Poutine, ni Zelensky ! Arrêt des livraisons d’armes au régime ukrainien ! Cessez-le-feu !

« Tous les pays doivent choisir s’ils veulent vivre dans un monde dirigé par les États-Unis, composé de pays souverains et d’économies libres, ou dans un monde parallèle où ils sont influencés par des pays situés à l’autre bout du globe. » (« Stratégie de sécurité nationale », Maison-Blanche, novembre 2025).

L’intervention militaire au Venezuela éclaire parfaitement ce que signifient la « souveraineté » et la « liberté » pour l’Amérique de Trump, qui déclare ouvertement vouloir s’emparer des réserves pétrolières. Dans quel intérêt ? La production pétrolière du Venezuela représente moins de 1 % de la production mondiale. Il faudrait des investissements massifs et plus d’une décennie pour doubler sa production. Bien davantage pour exploiter les immenses réserves de pétrole du Venezuela, les premières au monde, alors que les États-Unis sont déjà le premier producteur mondial de pétrole.

Le capital nord-américain ne peut tolérer la nationalisation du pétrole vénézuélien et veut le reprendre.

Il s’agit de la crise de domination de l’impérialisme qui, « après des années de négligence, (entend) réaffirmer et appliquer la doctrine Monroe afin de restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental » – c’est-à-dire en faire sa zone d’influence exclusive et ne « permettre à aucune nation de devenir si dominante qu’elle puisse menacer (ses) intérêts ».

Quelques heures avant l’intervention militaire américaine, N. Maduro s’entretenait avec une délégation officielle chinoise à Caracas en vue de renforcer les 600 accords bilatéraux entre le Venezuela et la Chine, qui achète 80 % du pétrole vénézuélien.

Telle est la signification de l’intervention militaire américaine au Venezuela, mais aussi des bombardements américains au Nigeria – pays africain qui reçoit le plus d’investissement chinois.

Telle est la signification et la portée mondiale des événements du 3 janvier : placer « l’hémisphère occidental » sous la coupe réglée du capital nord-américain.

Palestine, Venezuela… Et après ? Qu’est-ce qui permet l’impudence cynique et choquante de l’impérialisme américain ?

Le gouvernement du président américain Joe Biden avait livré des milliers d’obus, de bombes et de munitions au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou pour massacrer les enfants et les familles palestiniennes, au vu et au su de tous, qui ont pu suivre chaque jour et pendant plus de deux ans, en direct sur les réseaux sociaux, un véritable génocide. Il avait autorisé le blocus de Gaza, la famine de masse et les pires exactions à l’encontre d’une population à qui les gouvernements du monde entier, malgré quelques protestations, ont refusé la moindre protection.

Trump a poursuivi et aggravé la politique de Biden en Palestine, avec l’objectif ouvertement assumé d’éradiquer la population palestinienne et la chasser de sa terre. Trente-sept organisations humanitaires internationales indispensables à la survie des Palestiniens sont désormais interdites à Gaza. L’Unwra, une agence de l’Onu dédiée à la Palestine depuis 1949, a été bannie. Cela a-t-il soulevé davantage que des protestations de pure forme de la part des différents gouvernements ? Aucune. Alors pourquoi s’arrêter là !

Ce sont les peuples qui se sont mobilisés, indignés par la barbarie du capitalisme mise à nu en Palestine et qui continue aujourd’hui au Venezuela – et sans doute demain ailleurs. Les peuples se sont mobilisés, malgré l’absence des principaux dirigeants du mouvement ouvrier qui n’ont rien organisé pour s’opposer au massacre du peuple palestinien, se retranchant derrière des déclarations ou refusant simplement de prendre position. Pensaient-ils qu’ils ne pouvaient pas faire autrement ?

Les millions qui se sont mobilisés en Italie avec les dockers, en Belgique, aux Pays Bas, en Espagne, en Angleterre et dans de nombreux pays montrent pourtant l’immense disponibilité des travailleurs et des jeunes pour résister à la barbarie qui s’est déchaînée en Palestine avec le soutien, ou la complicité silencieuse, de ceux qui s’émeuvent aujourd’hui, sincèrement ou non, de ses prolongements au Venezuela et dans le monde.

Qui peut arrêter l’impérialisme américain, la barbarie et la marche au chaos si ce n’est la jeunesse et la classe ouvrière, avec ses organisations, pour imposer une politique de rupture afin de défendre la démocratie, la liberté et la souveraineté ? Car même avec une main attachée dans le dos, les peuples refusent et cherchent activement à résister, à mobiliser, à unir et à s’organiser… pour aider à agir et gagner.

Des modifications majeures marqueront inévitablement les développements à venir. Dans la quasi-totalité des pays, avec certes des expressions et des formes propres à chacun, des centaines de milliers d’hommes et de femmes, militants politiques, syndicalistes et démocrates, épris de liberté et de justice, cherchent à s’émanciper de la tutelle « traditionnelle » des appareils bureaucratiques politiques ou syndicaux.

Nourris de leur propre expérience, révulsés par une réalité insoutenable, appuyés sur les meilleures traditions des combats émancipateurs, issus de la classe ouvrière ou des profondeurs du peuple, imperméables aux divisions racistes, ces hommes et femmes s’engagent. Dans des associations, des regroupements divers et dans des mouvements ou partis organisés sur une base de la rupture sans concession.

C’est ainsi que se sont constituées des forces conséquentes comme LFI en France, DSA aux États-Unis, en Angleterre… ainsi que dans le mouvement syndical à l’initiative des dockers en Italie. Elles ont maintenant l’écoute, le suivi et la sympathie de millions. Elles sont une donnée incontournable de la situation. La haine, les insultes, les calomnies dont elles sont victimes sont à la mesure de la place qu’elles occupent. Ces processus, même les plus ténus, sont autant de points d’appui pour les possibilités de victoire.

La IVe Internationale mobilisera tous ses moyens pour y contribuer. Elle invite la jeunesse et les travailleurs à rejoindre ses rangs et grossir ses forces, et s’associe à la déclaration du Comité autonome et indépendant des travailleurs (CAIT) du Venezuela, le 5 janvier 2026 :

« Nous appelons les travailleurs, le peuple, les mouvements sociaux, les syndicats et les fédérations à condamner fermement l’agression militaire des États-Unis contre le Venezuela et l’enlèvement du président Nicolas Maduro. De même, nous exhortons les peuples du monde, en particulier d’Amérique latine et des Caraïbes, à faire entendre leur voix pour protester. (…) Nous saluons les manifestations massives organisées dans plusieurs pays contre l’attaque de Trump contre le Venezuela, notamment en France, en Espagne, en Allemagne, en Grèce, en Suède et au Mexique, ainsi que les 105 manifestations aux États-Unis organisées par la coalition ANSWER, un mouvement américain pacifiste.

Nous condamnons les bombardements américains sur le Venezuela !

Libération immédiate du président Nicolas Maduro et de Cilia Flores !

Nous rejetons l’annonce de Trump visant à prendre le contrôle du Venezuela !

Le Venezuela ne sera jamais une colonie américaine ! »