Mobilisations contre la visite du président israélien en Australie
Le 9 février, à Sidney, a eu lieu un rassemblement massif, dans le cadre d’une journée nationale d’action dans une trentaine de villes pour affirmer que « les criminels de guerre ne sont pas les bienvenus » et exiger l’annulation de la visite du président israélien Herzog.
- Actualité internationale, Australie

La visite du président israélien Isaac Herzog à Sydney agit comme un révélateur brutal de l’offensive répressive menée par les gouvernements travaillistes, comme en Nouvelle Galles du Sud, contre le mouvement de solidarité avec la Palestine.
À Sydney, le rassemblement massif a été durement réprimé par les forces de l’ordre. Alors que Herzog est accusé d’avoir publiquement incité au génocide à Gaza, les autorités déroulent le tapis rouge en criminalisant celles et ceux qui entendent s’y opposer !
Au cœur de cette séquence, le gouvernement a déclenché un dispositif d’exception en déclarant la visite de Herzog « événement majeur ». Derrière cette formule administrative se cachent des pouvoirs extraordinaires accordés à la police : possibilité de boucler le centre-ville de Sydney, de fouiller quiconque, d’expulser n’importe qui du secteur, le tout sous la menace d’amendes de plusieurs milliers de dollars.
« Les criminels de guerre ne sont pas les bienvenus »
Des prérogatives taillées à l’origine pour des événements sportifs ou culturels de masse, réorientées vers la gestion d’une tournée politique d’un chef d’État étranger accusé de crimes internationaux. Des militants ont saisi en urgence la Cour suprême pour contester la validité de cette déclaration, la jugeant totalement abusive. En parallèle, ils ont appelé à un rassemblement massif à Town Hall, dans le cadre d’une journée nationale d’action dans une trentaine de villes, pour affirmer que « les criminels de guerre ne sont pas les bienvenus » et exiger l’annulation de la visite.
Ici en Australie, la défense de Gaza se mêle à la dénonciation des violences coloniales. Lors d’un rassemblement, il a été rappelé que les terres sur lesquelles se tiennent les rassemblements demeurent celles des peuples aborigènes, jamais cédées, et que les peuples aborigènes et insulaires du détroit de Torres continuent de subir la brutalité du racisme systémique.
Briser l’illusion d’un alignement total des voies juives sur Israël
Dans le même temps, les gouvernements Albanese et Minns déploient un arsenal législatif avec pouvoirs accrus pour interdire des slogans et menacer de poursuites pour des mots d’ordre jugés trop radicaux : sous couvert de « cohésion sociale », c’est la contestation de la politique israélienne qui se trouve dans le viseur.
Cette offensive s’étend aussi au terrain symbolique, en particulier autour de la question juive. Des voix juives antisionistes, longtemps marginalisées, prennent maintenant la parole pour briser l’illusion d’une communauté monolithique entièrement alignée sur Israël.
Elles racontent les insultes, les menaces de mort, les accusations de trahison dont elles font l’objet dès qu’elles s’opposent au sionisme, et dénoncent la manière dont les partis dominants prétendent parler « au nom des Juifs » pour justifier des lois liberticides. Il n’existe pas une seule communauté juive : il y a des Juifs sionistes et antisionistes, religieux et laïques, des Juifs qui se disent dévastés de voir leur identité confisquée et instrumentalisée pour couvrir un projet colonial. Pour ces militantes, les nouvelles lois n’ont rien à voir avec la sécurité des Juifs dans leur diversité, mais tout avec la protection d’un État, Israël, et d’un agenda géopolitique.
Le slogan « Globalise the Intifada » est attaqué sous prétexte qu’il serait un appel à la violence antisémite. À la suite de ça, on a vu des dizaines, voire des centaines de contributions rappelant qu’« intifada » signifie soulèvement, que des résistances comme celle du ghetto de Varsovie ont été qualifiées ainsi en arabe, ou que le droit des peuples occupés à résister est consacré par le droit international.
Même des Juifs antisionistes qui scandent « Long live the intifada » dans les cortèges se voient confisquer le sens de leur propre langage. Ce n’est pas la protection de communautés vulnérables qui guide ces choix, mais la volonté d’ériger en crime toute remise en cause du statu quo colonial.
Continuer à descendre dans la rue contre le génocide
En toile de fond, la visite de Herzog incarne ce renversement de valeurs : loin de sanctionner un dirigeant accusé de crimes de guerre, l’Australie officielle le reçoit pour « remonter le moral » au lendemain des attaques de Bondi, au nom d’une solidarité avec « la communauté juive » définie de manière étroite.
Lors des prises de paroles, des militantes ont rappelé que ce président a signé des bombes utilisées pour raser des hôpitaux, des écoles et des immeubles, et qu’il figure nommément dans des rapports internationaux pour incitation au génocide. Loin d’être un geste neutre, sa venue signe l’alignement assumé de l’État australien avec un régime engagé dans une entreprise de destruction massive d’un peuple.
Face à cela, les organisateurs des manifestations ont promis de ne pas se laisser intimider : quelles que soient les lois votées et les menaces proférées, nous continuerons à descendre dans la rue pour dire non au génocide, non à l’apartheid, et pour porter, côte à côte avec les peuples autochtones, l’exigence d’une Palestine libre, « de la rivière à la mer ».
L’Union maritime d’Australie (MUA) a appelé à participer aux manifestations du 9 février contre la venue du génocidaire Herzog. |
