Un déserteur ukrainien : « Fuir était la seule décision juste »

Le nombre grandissant, en Russie comme en Ukraine, d’hommes qui se cachent, qui fuient leur pays, qui sont réfractaires et surtout le nombre exponentiel de déserteurs exprime le fait que les populations ukrainiennes et russes veulent l’arrêt de la guerre et de la barbarie.

Pour signer l’appel en soutien aux déserteurs ukrainiens et russes : deserters.org
Par la rédaction d’IO
Publié le 4 septembre 2026
Temps de lecture : 4 minutes

L’escalade meurtrière se poursuit, appuyée, financée, armée et avec l’aide des conseillers militaires de l’OTAN, l’armée ukrainienne bombarde en profondeur la Russie, visant les installations énergétiques, commerciales et civiles. Profitant de ces bombardements Poutine accentue les bombardements sur l’Ukraine. Des deux côtés on sème la mort et la désolation.

Mais le nombre grandissant en Russie comme en Ukraine d’hommes qui se cachent, qui fuient leur pays, qui sont réfractaires et surtout le nombre exponentiel de déserteurs exprime le fait que les populations ukrainiennes et russes veulent l’arrêt de la guerre et de la barbarie.

L’Union européenne ferme la porte aux déserteurs russes

Les dirigeants occidentaux l’ont bien compris. C’est pourquoi l’Union européenne a décidé que tout Russe qui avait servi dans l’armée ne pourrait pas entrer sur le territoire de l’Union européenne. Elle ferme la porte aux déserteurs russes ! De même Mme van der Leyen a annoncé que tout Ukrainien qui n’avait pas rempli ses obligations militaires devait rentrer en Ukraine. En rejetant l’asile et le statut de réfugié aux déserteurs russes et ukrainiens, les gouvernements occidentaux confirment qu’ils poussent à l’escalade guerrière conduisant à la mort certaine des milliers d’êtres humains. Tous ceux qui prétextant soutenir l’Ukraine contre Poutine sont en réalité alignés sur les dirigeants impérialistes et donc contre ces centaines de milliers de déserteurs russes et ukrainiens qui sont l’avant-garde du combat pour la paix. Pour la paix, il n’est qu’une issue : « Crosse en l’air et rompons les rangs ! », comme l’affirme l’Internationale.

https://petition.deserters.org/

Le Figaro du 21 août se fait l’écho d’articles publiés dans le journal allemand Die Zeit, rapportant des cas de désertions de l’armée ukrainienne, notamment de la part de soldats en formation dans les pays de l’Union européenne.

L’un de ses articles suit l’itinéraire d’un soldat, Volodomyr Choulguine, envoyé en Allemagne pour se former, et qui a décidé d’y rester plutôt que d’être envoyé au front. Il explique « souhaiter sincèrement la victoire de l’Ukraine », mais estime que « fuir était la seule décision juste ». 

Volodomyr Choulguine souhaitait échapper à la conscription, mais avait été pris lors d’un contrôle d’identité, sans les justificatifs qui lui aurait permis d’échapper à l’armée. Il a donc été conscrit et envoyé en Allemagne pour s’y former. Il tombe alors malade. « Lors de l’appel du matin, il a eu des vertiges. Lorsqu’il a demandé la permission de ne pas aller déjeuner avec les autres, un sous-officier ukrainien lui a donné un coup de poing dans la poitrine devant ses camarades. Choulguine est tombé et a été contraint de faire 50 flexions en guise de punition » rapporte Die Zeit. Le conscrit s’en est plaint et est allé chercher assistance auprès d’un médecin allemand, déclenchant la colère des officiers ukrainiens qui ont alors « menacé d’enterrer Choulguine dans un trou et de le déclarer disparu à son retour en Ukraine ». Envoyé par un médecin allemand dans un hôpital de Berlin, il s’est alors enfui.

Son épouse l’a rejoint, mais il craint d’être renvoyé en Ukraine : « Depuis la guerre d’agression russe, les règles de séjour des réfugiés ukrainiens ont été considérablement simplifiées. (…) Ces règles ne s’appliquent pas aux recrues ukrainiennes ayant déserté sur le sol allemand », selon le quotidien qui précise que la Saxe-Anhalt aurait demandé aux services de l’immigration de rejeter les demandes de séjour des déserteurs.

Il n’est pas seul dans cette situation.

Un autre article Die Zeit donne les chiffres suivants : 87 000 Ukrainiens ont été envoyés se former en Europe, dont un tiers en Allemagne. Des centaines d’entre eux ont déserté : le seul Land de Saxe-Anhalt compte au moins 80 déserteurs ukrainiens, plusieurs centaines en Allemagne.

Le Figaro rappelle que, selon Lecornu en janvier 2025, 55 Ukrainiens avaient déserté en France dans les mêmes conditions. En tout, l’armée ukrainienne recense 60 000 déserteurs, auxquels il faut ajouter 250 000 conscrits qui se sont absentés sans autorisation (en général, avant de revenir à leur unité).

Die Zeit explique : « Les pratiques de recrutement des autorités chargées de la mobilisation constituent l’un des sujets les plus controversés de la société ukrainienne. (…)  Des scandales liés à la corruption au sein des services de recrutement éclatent également régulièrement. Des vidéos apparaissent aussi régulièrement montrant des recruteurs faisant usage de violences physiques ou devenant eux-mêmes la cible d’agressions de la part de passants. (…) Depuis l’année dernière, l’Ukraine a notamment mis en place des contrats de volontariat particulièrement bien rémunérés et limités dans le temps. Ceux-ci ont toutefois rencontré très peu de succès. »

Solidarité avec les soldats russes et ukrainiens qui refusent d’être envoyés à la boucherie.

Bogdan Syrotiuk emprisonné en 2024 en Ukraine pour s’être opposé à l’OTAN

« La coalition Stop the War demande la libération immédiate de Bogdan Syrotiuk, militant ukrainien antiguerre de 27 ans, condamné à 15 ans de prison pour “haute trahison”, en vertu de la loi martiale, pour s’être opposé à l’OTAN et avoir appelé à la solidarité entre les travailleurs ukrainiens et russes. Les tribunaux ukrainiens accusent Syrotiuk d’avoir collaboré avec une “organisation étrangère” afin de diffuser de la “désinformation pro-russe”. Nous demandons au gouvernement britannique et au Premier ministre Andy Burnham, qui entretient désormais des relations étroites avec le régime ukrainien et son président Volodymyr Zelensky, d’appeler à la libération de Bogdan.

La même accusation de soutien au gouvernement russe a été portée contre tous les opposants à la guerre par procuration menée par l’OTAN en Ukraine, y compris Stop the War. La persécution de Bogdan s’inscrit dans une répression à l’échelle européenne des protestations contre le génocide et les violences impérialistes, et le Premier ministre doit user de son influence pour demander qu’il y soit mis fin.

Regardez Igor, de la Gauche post-soviétique d’Ukraine, et Aleksei, de la Paix par en bas de Russie, prendre la parole lors de la Conférence internationale antiguerre à Londres en juin dernier.

Ils y appellent à mettre fin à la fourniture par la Grande-Bretagne et l’Europe d’un nombre toujours plus important d’armes afin de prolonger la guerre en Ukraine, ainsi qu’à la libération de Bogdan.