En Espagne, soulèvement populaire contre les expulsions locatives

Mercredi 23 septembre, Maricarmen Abascal, octogénaire de Madrid, est expulsée du logement qu’elle occupait depuis 70 ans. Son loyer avait triplé. Elle devient le symbole d’une crise du logement qui étrangle la population espagnole. Dans les jours suivants, c’est le soulèvement…

Le 26 septembre 2026, des dizaines de milliers manifestent après l’expulsion de Maricarmen une femme de 87 ans expulsée de son logement à Madrid qu’elle occupait depuis plus de 70 ans. La manifestation était appelée par les principaux syndicats de locataire. (AFP)
Par Yan Legoff
Publié le 2 octobre 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Mercredi 23 septembre, une octogénaire de Madrid, Maricarmen Abascal, est expulsée du logement qu’elle occupait depuis 70 ans. Épuisée, elle est hospitalisée. Son loyer avait été multiplié par trois. Maricarmen est un symbole à elle seule d’une situation qui étrangle toute la population espagnole. Dans les jours qui suivent, c’est un soulèvement.

La police avait dispersé de force des dizaines de militants qui campaient devant l’immeuble de Maricarmen pour tenter d’empêcher l’expulsion le 23 septembre. Des secouristes ont transporté la retraitée, qui se déplace en fauteuil roulant, jusqu’à une ambulance sur une civière.

Dès samedi 26 septembre, des centaines de milliers de manifestants investissent les rues de Madrid.  « Je vous demande à tous du courage, de vous battre, de défendre ce qui est à nous », a lancé, de son lit d’hôpital, la retraitée expulsée.

Le soir, des milliers de manifestants décident d’occuper la Puerta del Sol, la place centrale de Madrid. Des tentes sont dressées. « On ne partira pas tant que les mesures ne seront pas votées », disent les manifestants.

Lundi soir, la société immobilière propriétaire de l’appartement de Maricarmen annonce qu’elle pourra réintégrer le logement. Des manifestations massives se déroulent dans d’autres villes.

Le lendemain, 29 septembre, sous la pression de cette immense mobilisation, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez annonce deux projets de décrets.

Le premier prévoit une interdiction jusqu’en 2030 des expulsions de personnes vulnérables sans solutions de relogement, une interdiction d’achat de logements par des fonds spéculatifs jusqu’en 2028 et la prolongation de deux ans des baux arrivant à échéance avant fin 2028. Le deuxième texte propose un renouvellement tacite du bail, sans augmentation du prix, si le locataire n’a pas d’arriéré de loyer et s’il souhaite rester.

Pour entrer en vigueur, les deux textes doivent encore être votés par les députés vendredi 2 octobre.

 

« Pour garantir le droit au logement, une mesure s’impose : il faut exproprier les logements des spéculateurs et des fonds vautours »

  • Un article publié par Informacion Obrera

Jusqu’à présent, la politique des gouvernements a consisté à laisser la question du logement aux mains du marché, avec plus ou moins de restrictions. Cette politique a échoué. Le droit fondamental au logement se heurte, comme le montrent les faits, au droit à la propriété privée des spéculateurs et des fonds vautours. Un droit fondamental ne peut être laissé entre les mains des spéculateurs. L’arrivée massive de fonds vautours et de spéculateurs de toutes sortes sur le marché du logement, ainsi que la prolifération sans limite des appartements touristiques, ont rendu impossible pour la classe ouvrière, et en particulier pour les jeunes travailleurs, l’accès à un logement, que ce soit à l’achat ou à la location. Les plafonds de hausse des loyers, les aides au logement, les zones sous tension, les grands propriétaires, les moratoires sur les expulsions et autres mesures restrictives se sont soldés par un échec, en partie à cause du boycott des gouvernements régionaux et, en partie, parce que les spéculateurs ont trouvé les moyens de contourner la loi. Entre les mains du capital et des spéculateurs, le logement ne peut être un droit, mais une marchandise, avec toutes les implications d’exclusion que cela comporte pour la majorité. Le gouvernement prépare un décret qui permettrait de renouveler automatiquement les baux, qui limiterait la hausse de ces loyers en exigeant un accord entre les parties, et qui restreindrait les expulsions aux cas de non-paiement des loyers. Ce sont des mesures positives, mais elles ne résolvent pas le problème.

La seule véritable solution consiste à mettre sur le marché des milliers de logements à des prix abordables, et ce dès maintenant. Cela est possible si le gouvernement exproprie tous les logements détenus par les grands propriétaires, les spéculateurs et les fonds vautours, et interdit l’achat de logements par les fonds d’investissement. Cela permettrait de créer une société publique de logement, proposant des loyers abordables, sans avoir à

Le dimanche 26 septembre 2026, deuxième jour de l’occupation de la Puerta del Sol, à Madrid. (AFP)

attendre des années que ces logements soient construits. Il faut les mettre en location dès maintenant, sans plus tarder. Parallèlement, le gouvernement peut lancer un vaste plan de construction de logements sociaux, au lieu de gaspiller l’argent en dépenses militaires.

Il ne fait aucun doute que les grands propriétaires, les spéculateurs et leurs représentants politiques s’opposeront à ces mesures, car pour eux, comme l’a déclaré Ayuso, « la propriété privée est sacrée ». Mais le gouvernement doit faire un choix : respecter les règles de fonctionnement du régime, ou les outrepasser pour garantir le droit au logement de la population active.

Comme on le dit à la Puerta del Sol : « Soit le système des loyers tombe, soit le gouvernement tombe. »

Le logement est une question centrale pour la classe ouvrière. Ses organisations, et en premier lieu les syndicats, doivent appeler à la mobilisation.

Suite à l’expulsion de Maricarmen, d’importantes mobilisations ont été lancées. Il faut maintenir et renforcer ces mobilisations, car seule la mobilisation peut imposer une solution et contraindre le gouvernement à légiférer. La mobilisation sera également nécessaire pour faire face au boycott de toute mesure progressiste que vont orchestrer la droite, l’extrême droite et leurs chiens de garde : l’expulsion de Maricarmen et la violence policière qui l’a accompagnée démontrent pour qui travaillent l’appareil judiciaire et l’appareil répressif hérités du franquisme. Non pas pour garantir les droits des citoyens, y compris le droit au logement, mais pour défendre les droits des spéculateurs.

La question du logement montre, une fois de plus, que le régime de 78, son « pouvoir judiciaire » et sa police sont les ennemis de tout progrès, de toute solution favorable à la majorité des travailleurs.