Vous avez dit « justice sociale » ?

Avec la réforme annoncée des retraites, qu’adviendrait-il de tous ceux qui pensaient partir plus tôt avec le dispositif « carrière longue » ?

La Première ministre lors des questions au gouvernement, le 13 décembre (photo AFP).
Par Nicole Bernard
Publié le 16 décembre 2022
Temps de lecture : 2 minutes

A tous ceux qui font remarquer que, de contre-réforme en contre-réforme, les retraites sont à peine en déficit, Macron et son gouvernement répondent qu’elles coûtent, de toute manière, trop cher !

Pour Elisabeth Borne, il s’agit de rien moins que de « sauver le régime par répartition »  !  

L’économiste à Paris I Michael Zemmour lui répond que « décaler l’âge de départ de trois ans, cela va bien au-delà de ce qui est nécessaire pour équilibrer le système ».  Ce n’est évidemment pas « pour équilibrer le système »  que le gouvernement de Macron a besoin d’argent ! C’est pour augmenter le budget militaire, pour augmenter les aides aux entreprises et tout ce qui permet de verser des dividendes aux actionnaires.

Dans sa recherche éperdue de partenaires syndicaux pour cette entreprise de démolition, la Première ministre  annonce des « voies de négociation » et continue de parler de « justice sociale ».

Ainsi, par exemple, du départ anticipé pour carrière longue.

C’est Fillon, en 2003, qui, pour obtenir l’accord de la CFDT, a mis en place ce dispositif permettant à ceux qui ont commencé à travailler tôt de partir avant l’âge légal à condition  non seulement qu’ils aient le nombre de trimestres requis pour partir à taux plein ; mais  que ces trimestres soient effectivement  cotisés1Ce qui exclut les trimestres assimilés (chômage, maladie, invalidité, etc.). Ces dispositifs de solidarité (trimestres non cotisés et assimilés) représentaient 16 % des pensions en 2016. Pour les « carrières longues »,  certaines périodes non cotisées sont désormais prises en compte dans la limite de quatre trimestres pour chaque motif..

45 annuités cotisées au minimum !

Pour partir, par exemple, à 60 ans (au lieu de 62), il faut avoir travaillé cinq trimestres avant l’âge de 20 ans et avoir travaillé 42 ans.

Malgré ces limites draconiennes, plus de 20 % de ceux qui sont partis en retraite en 2020 l’ont fait dans le cadre des « carrières longues », c’est-à-dire avec un départ anticipé !

D’après la presse, Elisabeth Borne conserverait les « carrières longues ». Comment ? Ceux qui pouvaient partir à 60 ans pourraient, dans la réforme, partir à… 63 ans !

A condition, rappelons-le, d’avoir travaillé cinq trimestres avant 20 ans !

Faites le calcul : cela représente 45 années cotisées !

Vous avez dit « justice sociale » ?