Grève des femmes de ménage de la centrale de Civaux

Elles sont en grève depuis 7 semaines. Leur employeur, la multinationale Elior, est un sous-traitant d'EDF. Elior vient de réaliser un chiffre d’affaires de 4,45 milliards d’euros…

Des femmes en grève devant la centrale de Civaux (photo correspondant).
Par correspondant
Publié le 2 mars 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Il y a des entreprises qui, rien qu’en entendant leurs salariés se mettre en grève pour leurs salaires, accèdent à toutes leurs revendications. Et il y a Elior… Elior est une société sous-traitante d’EDF, multinationale spécialisée dans les services aux entreprises, ayant réalisé un chiffre d’affaires de 4,45 milliards d’euros en 2022, et continuellement en hausse. Depuis maintenant 7 semaines (elles débutent leur 8semaine de grève le 28 février), les femmes de ménages de la centrale nucléaire de Civaux dans la Vienne sont en grève et ce, sans discontinuer.

7 semaines sans proposition concrète de la part de leur taulier, les (pseudos) négociations tournant systématiquement court suite au mépris de ces derniers. Les manœuvres grossières et les tentatives d’intimidations des représentants d’Elior ont eu pour effet d’obtenir le résultat inverse ! Première négociation d’Elior : « Ne vous plaignez pas, vous allez être augmentées puisque le Smic sera revalorisé en juillet prochain » !

Elles ne veulent pas lâcher

La solidarité chez les femmes de ménages, les invisibles comme elles se font appeler, ne fait que s’enraciner. Leurs revendications sont extrêmement simples :

  • Le 13 e mois pour toutes.
  • Une prime d’inflation.
  • Des revalorisations salariales (augmentation du taux horaire) car toutes sont de nos jours, au Smic et ce, depuis 30 ans pour les plus anciennes, soit depuis la construction du premier WC de la centrale.
  • Des équipements de protections individuels.
  • Des équipements de travail neufs.
  • L’embauche de toutes les CDD en CDI, sans période d’essai. (Nda : une salariée nouvellement embauchée CDI, auparavant déjà CDD d’Elior, a été contrainte de réaliser une période d’essai. Ne sait-on jamais, au cas où l’employeur aurait des doutes sur ses capacités de travail… !)
EDF négocie au moins-disant les contrats de sous-traitance de l’entretien

Toujours à la recherche du profit à court-terme, EDF a renégocié le contrat de prestation de nettoyage de la centrale en novembre dernier, Elior en a été attributaire, après Onet, ISS, Samsic, etc. Ces contrats renouvelés tous les 5 ans, sont systématiquement négociés en moins-disance et, généralement pour les attributaires, de formidables sources de dividendes pour leurs actionnaires… !

Marre de se faire balader d’employeurs en employeurs, mardi 21 février dernier, avec l’appui des militants CGT EDF-Civaux, elles ont fait connaître leur mouvement avec un rassemblement massif devant la centrale.

Caisse de grève

Etaient présents le député François Ruffin et le secrétaire général de la Fédération nationale mines énergies CGT, Sébastien Menesplier. Egalement, nombres de militants de la Poste, des cheminots, d’Enedis, d’Energies Vienne, du CHU, des territoriaux de Poitiers, etc. Tous sont venus alimenter leur caisse de solidarité afin de combler leurs pertes de revenus durant leur grève exemplaire. Comme l’a rappelé à juste titre S. Menesplier, elles aiment leur travail, mais leurs conditions de travail sont intolérables. La fatigue due à la pénibilité de leur travail, s’accumule et s’accroît chez ces salariées.

La retraite à 64 ans, pas question !

Quasiment toutes ont d’ores et déjà subi moultes opérations suite à des troubles musculosquelettiques (dos, poignets, chevilles, genoux, mains, bras, etc.) ! Ne venez pas leur parler de retraites à 64 ans : depuis le 19 janvier, elles sont de tous les cortèges à Poitiers. Plus déterminées que jamais.

Toutes et tous ont apporté leur soutien à nos invisibles face à leurs déterminations sans faille. Ne se connaissant pratiquement pas avant leur grève, ce mouvement les rend plus fortes, plus unies, plus motivées et bien déterminées à remporter leur bras de fer face à une direction sourde, aveugle et inhumaine. De l’aveu même de certains représentants syndicaux, elles peuvent donner des leçons de militantisme à beaucoup dans cette période ! Leur histoire marquera les luttes sociales de Civaux.