Leurs mensonges, ça finit par ne plus passer…

Le gouvernement Macron peut gruger, dissimuler, mentir… Force est de constater que tous ces artifices ne fonctionnent pas. Manifestations, et surtout grèves, ont été massives le 7 mars. Macron, Borne, Véran, Attal, Dussopt… en tiendront-ils compte ?

(Photos AFP. A droite, la une du « Parisien » du 5 mars)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 8 mars 2023
Temps de lecture : 6 minutes

On se souvient des propos d’Emmanuel Macron à l’issue du « grand débat national » en 2019 : « Ce serait hypocrite » , avait-il déclaré à propos du recul de l’âge légal de départ en retraite au-delà de 62 ans. Aujourd’hui, le chef de l’Etat n’en démord pas : il faut « quoi qu’il en coûte » augmenter l’âge de départ à 64 ans. Il faut dire qu’entre-temps, le « système universel de retraite »  par points avait été abandonné et rendu, en quelque sorte, « irreprésentable » à la suite de la grève des agents de la RATP et de la SNCF reconduite pendant 40 jours consécutifs. Il fallait donc faire du neuf avec du vieux.

Le chef de l’Etat est dorénavant formel : il faut désormais faire exactement le contraire de ce qu’il a dit il y a quatre ans, car, l’a-t-il redit lors sa visite à Rungis récemment, il faut « sauver le système par répartition » . Dix jours plus tard, dimanche 5 mars, les élus de la majorité présidentielle et de la droite au Sénat adoptent un amendement visant à étudier l’introduction d’une part de capitalisation dans le système des retraites.

« C’est une réforme de gauche. » (Olivier Dussopt, 5  mars)

Toujours au marché de Rungis, le président de la République a réaffirmé que les économies réalisées par cette « réforme » permettraient de « réinvestir dans le reste » . Rappelons-nous, là aussi, les tergiversations et les volte-face de l’exécutif sur les raisons profondes de la « réforme » : tantôt « de progrès et de justice sociale »  (Elisabeth Borne), tantôt « nécessaire et urgente pour l’équilibre du système »  (Olivier Dussopt)… Plus personne ne comprend plus rien des motifs « officiels » avancés par le gouvernement pour justifier la « réforme ». Ce qui est certain, en tout cas, c’est que tout le monde prend deux ans ferme !

Pour le ministre du Travail, Olivier Dussopt, qui n’en est plus à un mensonge près : « C’est une réforme de gauche »  ( Le Parisien, 5 mars). Ajoutant : « Il n’y aura pas de perdants. »  A commencer par les femmes, bien sûr… A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, mercredi 8 mars, pour laquelle le chef de l’Etat a tenté – et échoué – une bien piteuse opération, rappelons-nous les propos de la Première ministre lors de son allocution du 10 janvier lorsqu’elle évoquait un dispositif « plus juste, notamment pour les femmes » . Depuis, on sait ce qu’il en est…

« Pas de perdants » ? Samedi 4 mars, au Palais du Luxembourg, les sénateurs ont entériné la fin de – pas moins de – cinq régimes spéciaux, dont celui des 69 000 agents de la RATP et des 165 000 agents d’EDF. Mais il y en a un qui n’a pas été supprimé : c’est celui des 348 sénateurs eux-mêmes !

Pour eux, un mandat de 6 ans = une carrière complète, pour une pension moyenne de 2 200 €/mois1Vieille de plus d’un siècle (1905), la caisse « autonome » de retraite du Palais du Luxembourg permet de financer une pension moyenne de 3 856 euros net par sénateur. Au bout d’un mandat de six ans, un sénateur peut prétendre à une pension de 2 190 euros net par mois..

« Marine Le Pen a été bien plus républicaine qu’une partie de la gauche. » (Olivier Dussopt, 26  février)

Et ce sont ceux-là mêmes qui, tristement appuyés par une très grande partie des députés du Parti socialiste (PS), d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et du Parti communiste français (PCF), ont passé leur temps dans la dernière période à taper sur les députés de La France insoumise (LFI) – avec l’assentiment d’une poignée d’entre eux – qui ont pourtant empêché Emmanuel Macron de se prévaloir d’une quelconque légitimité parlementaire à son projet de loi et à son funeste article 7. Ce qui a valu, par la même occasion, des déclarations « touchantes » du ministre du Travail à l’endroit de Marine Le Pen, la qualifiant de « bien plus républicaine que beaucoup d’autres » et qu’une « partie de la gauche » . Mais aussi des remerciements de la Première ministre en direction d’André Chassaigne et de Fabien Roussel, du PCF, pour leur « bonne tenue »  lors des débats.

Ce flot de haine contre La FI et Jean-Luc Mélenchon est bien compréhensible de la part de ceux qui n’ont plus que la Constitution de la Ve République pour tenter de faire passer leurs funestes projets contre les travailleurs, à coups de 49.3, de 47-1 et de débats bien policés que La FI a refusés, mettant en rage les adorateurs de tous bords de ces institutions réactionnaires. Au point qu’on peut parfaitement comprendre la réaction de ce député Insoumis de Marseille déclarant qu’en cas d’adoption de la réforme des retraites, il est fort possible qu’il ne remette plus les pieds à l’Assemblée.

Bloquer pour les contraindre partout

Ce sont ces bonimenteurs, les Macron, les Véran, les Dussopt, terrorisés par ce qui peut se passer à partir du 7 mars, qui tentent, dans d’ultimes manœuvres désespérées, de faire reporter la responsabilité de la situation sur les travailleurs et leurs syndicats : « Mettre l’économie à genoux, c’est mettre les travailleurs à genoux », ose déclarer Olivier Dussopt ce lundi 6 mars (idem).

« Mettre le pays à l’arrêt, c’est prendre le risque d’une catastrophe écologique, agricole, sanitaire, voire humaine », n’hésite pas à déclarer Olivier Véran, quelques jours plus tôt (1er mars). Un message que l’intéressé lui-même a eu la présence d’esprit d’analyser, après coup, comme étant « mal passé » …

Réagissant à la déclaration délirante du porte-parole du gouvernement, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, avait tweeté : « Monsieur Olivier Véran, un peu de sérieux : la sécheresse, c’est la faute des syndicats ? La crise sanitaire, idem ? Et pourquoi pas la défaite en Coupe du monde ? Vos tentatives pour décrédibiliser une mobilisation sans précédent contre les 64 ans sont grossières », avant de récidiver, ce lundi 6 mars sur France Inter : « Quand on est à bout d’arguments, on finit par dire n’importe quoi » , et d’ajouter : « Il faut arrêter de prendre les gens pour des cons, excusez-moi de le dire comme ça. »  Même son de cloche de Frédéric Souillot, secrétaire général de FO, dans le journal La Marseillaise  (4-5 mars) : « Ça sera plus qu’historique, le 7 mars va être très très fort. (…) Toutes les remontées que nous avons sont plus que fortes. Comme le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, dit que les organisations syndicales sont les 7 plaies d’Egypte, cela nous donne un coup de main. Comme à chaque fois qu’il parle. »

Au soir du 7 mars, force est de constater que tous ces artifices ne fonctionnent pas. Manifestations, et surtout grèves, ont été massives. Macron, Borne, Véran, Attal, Dussopt… en tiendront-ils compte ?

Libre à eux de rester sourds, de trafiquer les chiffres de grévistes ou de manifestants, et de provoquer les conséquences dont ils portent seuls la responsabilité. Parce qu’il est certain que ce qui l’emporte, c’est bloquer. Bloquer, ce qui signifie bloquer Macron et tous ses amis, pour les contraindre partout. A l’Assemblée nationale et dès aujourd’hui par la grève dans l’unité.

 

140 milliards cumulés de bénéfices pour 33 entreprises du Cac 40

Lu dans le journal La Tribune  (24 février) : « Les bénéfices nets cumulés des 33 entreprises du Cac 40 ayant déjà publié leurs résultats financiers 2022 atteignent déjà 140 milliards d’euros. (…) Aucun dividende n’est en baisse. Malgré le choc de la guerre en Ukraine sur l’économie mondiale, 2022 restera une excellente année pour de nombreuses entreprises du Cac 40 et leurs actionnaires. Avec un chiffre d’affaires, qui, selon un décompte provisoire de l’AFP, dépasse d’ores et déjà les 1 646 milliards d’euros, les 33 entreprises qui ont déjà publié leurs comptes ont dégagé un bénéfice net part du groupe cumulé supérieur à 140 milliards d’euros, contre 128 milliards d’euros. L’an dernier, une fois publiés les comptes de toutes les entreprises du Cac, les profits s’étaient élevés à 156 milliards d’euros. (…) Au total, le secteur énergétique a dégagé en France 23,2 milliards d’euros de bénéfice net.  “Les conditions du marché en 2022, en grande partie dues à l’invasion de l’Ukraine, ont permis au modèle économique du pétrole et du gaz de très bien fonctionner” , résume Chris Wheaton, analyste du secteur à la banque américaine Stifel. »

Petites retraites : la vérité des chiffres

Le ministre du Travail a beau affirmé, ce lundi 6 mars sur Franceinfo , qu’il n’y a « ni mensonge ni gonflette » à propos des revalorisations des petites retraites, les faits sont têtus. Surtout quand ils sont énoncés par Olivier Dussopt lui-même ! Selon les calculs du locataire de la rue de Grenelle, sur les « 17 millions de retraités »  actuels, « 40 000 personnes auront 100 euros de revalorisation »  entre 2032 et 2034. Outre que personne ne peut savoir quelle sera la situation économique et sociale du pays dans dix ans, le ministre avoue lui-même que cette « revalorisation »  – quand bien même serait-elle réelle – ne bénéficierait qu’à… moins de 0,3 % des retraités actuels !

Mensonges, dissimulations et mystifications sur tous les sujets

Ces mensonges, ces dissimulations et ces mystifications se retrouvent sur tous les sujets, à commencer par la guerre en Ukraine, où quiconque prétend faire entendre une autre voix, celle de la nécessité absolue de mettre immédiatement un terme à cette guerre, est taxé de faire le jeu de Poutine, où quiconque a le malheur de pointer du doigt les profiteurs de guerre – à commencer par les groupes du Cac 40 qui ont réalisé en 2022 des chiffres d’affaires records – se retrouve automatiquement dans le camp des opposants à la « liberté » prétendument incarné par Macron, Biden, Zelensky…  Et l’on pourrait également ajouter à ces mystifications les récentes déclarations du président de la République en déplacement à Kinshasa, aux très forts relents colonialistes…