Grève, blocages pour gagner !
La force de la masse arcboutée sur l’exigence du retrait de la réforme des retraites portée dans l’unité syndicale depuis des semaines et réaffirmée dans les manifestations historiques du 7 mars imprègne toute la situation.
- Retraites

Dire que l’exécutif est sous tension est un euphémisme. Les ministres et chefs de file de la majorité « craquent » littéralement sous la pression : c’est le triple bras d’honneur du garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, en plein Hémicycle, adressé au chef de file des parlementaires Les Républicains (LR) – c’est-à-dire précisément ceux dont le gouvernement doit impérativement s’assurer du soutien pour faire passer la « réforme » ; ce sont les sanglots d’Aurore Bergé au pied de la tribune du Palais-Bourbon lors du rejet de sa proposition de loi pour étendre la peine d’inéligibilité ; c’est le « pétage de plomb » de Marlène Schiappa sur un plateau de télévision après qu’une réalisatrice lui reproche de n’avoir rien fait contre les violences faites aux femmes depuis toutes ces années où elle est au gouvernement.
Le trait commun de ces événements ? Ils sont tous intervenus les 7 et 8 mars derniers, le jour et le lendemain de la grève et des manifestations historiques – les plus importantes, rappelons-le, depuis que le comptage officiel existe dans ce pays, c’est-à-dire depuis 61 ans – qui donnent lieu en ce moment même à des blocages, des reconductions de grève dans un certain nombre de secteurs, des rassemblements qui se poursuivent depuis (cf. pages 3-4).
Au Sénat, cela ne s’est pas passé comme prévu
Même au Sénat, où les débats étaient censés être « apaisés » et le texte devait passer comme une lettre à la poste, tout ne s’est pas déroulé comme prévu, à commencer par l’attitude des sénateurs écologistes, mais aussi PS et PCF, qui, même s’ils s’en défendent, ont adopté peu ou prou la même stratégie que celle des députés de La France insoumise (LFI) à l’Assemblée les semaines précédentes. La présidente des sénateurs PCF n’a-t-elle pas déclaré, au nom de l’ensemble des groupes qui composent la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), qu’ils iraient « jusqu’au bout de ce qu’il est possible de faire pour que ce texte ne soit pas soumis au vote » ( Le Monde, 12-13 mars) ? Une attitude qui tranche avec celle des députés de ces mêmes groupes au Palais-Bourbon : étrange différenciation qui s’explique probablement par la nécessité pour les sénateurs de ne pas apparaître en décalage avec l’état d’esprit dans le pays. Eux, l’ont compris… et on ne va pas s’en plaindre !
D’autres l’ont compris aussi : Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR, s’inquiète d’une « mélenchonisation de la gauche sénatoriale » ( Le Figaro, 13 mars) qui a contraint le gouvernement à recourir à une procédure inédite au Palais du Luxembourg, celle du « vote bloqué » (article 44.3), afin de s’assurer d’un vote en temps voulu. Il ne fallait prendre aucun risque, d’autant que, dans le camp des « défenseurs de la réforme », la pression s’exerce aussi : lors du vote sur l’article 7 (celui sur le report de l’âge légal de départ en retraite à 64 ans), 40 % des élus centristes et plus d’un sénateur sur dix des Républicains, soit ont voté contre, soit se sont abstenus…
« Le seul événement qui pourrait faire bouger le président, c’est une grève générale reconductible » ( L’Opinion, 10-11 mars)
Dans cette situation, ce sont encore les macronistes qui parlent le mieux de ce qui pourrait les faire reculer.
Selon le journal patronal L’Opinion (10-11 mars), « le seul événement qui pourrait faire bouger le président, “c’est un pays à l’arrêt, c’est-à-dire une grève générale reconductible, qui produirait un choc économique”, confie l’un de ses proches ».
D’un certain point de vue, ils donnent la marche à suivre : tout bloquer pour obtenir le retrait de la « réforme » des retraites, et probablement plus… Bruno Retailleau a beau déclarer au journal patronal Les Echos : « La démocratie, ce n’est pas le pouvoir de la rue » (13 mars), tous sont impactés par la pression de la masse.
Comme le souligne un député LR cité par Les Echos (14 mars) : « la vérité, c’est que cela secoue partout. » Macron lui-même s’est retrouvé contraint de répondre à la lettre signée par l’ensemble des organisations syndicales et de jeunesse : selon Le Monde (12-13 mars), « le chef de l’Etat n’avait pas l’intention de s’exprimer sur ce sujet (les retraites, Ndlr) cette semaine, voulant respecter “le temps parlementaire” avec l’examen du texte au Sénat. Mais, selon ses proches, Emmanuel Macron ne pouvait laisser sans réponse la demande des syndicats, formulée le 7 mars, d’être reçus “en urgence” à l’Elysée. » Et la réponse du chef de l’Etat n’est pas passée inaperçue : « Cette lettre mériterait d’être analysée, avec un peu de recul, comme un exemple parfait d’un incroyable bras d’honneur à la démocratie sociale », affirme le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, au Journal du dimanche (12 mars).
« La réforme des retraites est à un tournant » ( Les Échos, 13 mars)
« La réforme des retraites est à un tournant », affirment Les Echos (idem). Personne ne sait ce qui va se passer cette semaine, notamment après le vote des parlementaires prévu jeudi 16 mars au matin (au Sénat) et dans l’après-midi (à l’Assemblée). Dans des dizaines de départements, la grève à partir du 15 mars et reconduite le 16, le 17… est appelée par l’ensemble des syndicats, des secteurs entiers sont d’ores et déjà en grève depuis le 7 mars (éboueurs, agents EDF, cheminots…) et d’autres les rejoignent cette semaine, comme les dockers.
Un sondage réalisé par Odoxa et publié dans Le Figaro (11-12 mars) indique que 57 % des Français sont contre que les mobilisations s’arrêtent, quand bien même le projet de loi sur les retraites serait finalement adopté par le Parlement. La légitimité des institutions a ses limites, et c’est bien cela qui les inquiète tous…
Pourquoi ne pas le faire ?
Dans l’immédiat, et pour les jours à venir, une question est sur toutes les lèvres : « Nous voyons nombre de secteurs déjà engagés dans la grève pour bloquer le pays, ce dont l’intersyndicale nationale devrait maintenant se faire l’écho et impulser partout pour, en toute logique, ne pas remettre en cause ce qui a fait la force de son appel au 7 mars. Ne pas le faire, et dans l’unité, serait pour le moins un très mauvais signe, incompréhensible pour la masse qui veut gagner et qui montre en de nombreux secteurs déjà en grève qu’elle y est disponible. » (POI)
Pourquoi ne pas le faire ? Pourquoi vouloir s’embourber dans des initiatives type « consultations citoyennes », concert à Bercy ou autres échappatoires ? Selon BFM (14 mars) : « Laurent Berger annonce que les leaders syndicaux iront manifester jeudi devant l’Assemblée nationale ». Alors, pourquoi ne pas le faire ?
Tous ensemble ! Grèves, blocages pour gagner !
