JO 2024, le retour de Bernard Thibault (CGT)

Et sur quel axe s’opère son retour ? Le titre de son interview à Ouest-France donne le « la » : « JO 2024. Si on sait anticiper, pas de raison d’avoir des grèves ».

Bernard Thibault. (AFP)
Par Daniel Shapira
Publié le 13 février 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Bernard Thibault fut secrétaire général de la CGT de 1999 à 2013. Il a été ensuite le représentant de toutes les confédérations syndicales françaises au conseil d’administration du Bureau international du travail (BIT) de 2014 à 2021.

Mais pour les syndiqués CGT, rien depuis plus de 10 ans. Plus personne n’entendait parler de lui.

Et puis depuis quelques semaines, Bernard Thibault fait flèche de tout bois : interviews à Ouest-France en décembre, dans Le Monde début janvier et dans La Tribune Dimanche ce 4 février. Et bien qu’il n’ait plus aucun mandat dans la CGT depuis 11 ans, on l’a même vu participer au bureau confédéral en décembre (ses liens avec Sophie Binet datent du CPE en 2006 et se sont toujours maintenus).

Le motif de ce retour ? Les jeux Olympiques. Il faut dire que Bernard Thibault copréside depuis 2018 le comité de suivi de la « charte sociale », signée par toutes les organisations syndicales, patronales et les collectivités impliquées dans l’organisation des jeux Olympiques. À ce titre, au nom de toutes les confédérations syndicales, il siège au sein du comité d’organisation des Jeux et au conseil d’administration de la Solideo, l’établissement public chargé des infrastructures construites. Il annonce même la sortie d’un livre le 16 février intitulé Dans les coulisses des JO.

« Pas de raison d’avoir des grèves »

Et sur quel axe s’opère son retour ? Le titre de son interview à Ouest-France donne le « la » : « JO 2024. Si on sait anticiper, pas de raison d’avoir des grèves ».

Dans cette même interview, il donne la clé : « En 2012 j’étais encore secrétaire général de la CGT. La ville de Paris était candidate à l’accueil des JO. Les villes concurrentes ne se privaient pas de pointer les risques de troubles sociaux. Exprimant leur crainte de désordres et de grèves. Pour répondre à ces inquiétudes, j’ai alors élaboré, en lien avec Bertrand Delanoë qui était alors maire de Paris, une charte sociale. »

On ne saurait être plus clair : c’est pour éviter ce qu’il appelle des « désordres » et des grèves que Bernard Thibault s’est donc investi. Et c’est pour cet objectif que Bernard Thibault vient au bureau confédéral de la CGT pour exercer une « amicale pression » sur les instances dirigeantes de la CGT. Avec son leitmotiv : « pas de grèves ».

Début janvier, dans Le Monde, il avait été plus précis. Commentant un décret sur l’ouverture exceptionnelle des commerces de détail le dimanche à Paris entre le 15 juin et le 30 septembre et la dérogation au repos hebdomadaire, il précise : « L’arrêté n’est pas satisfaisant, mais il limite le champ d’application de la dérogation aux seules personnes qui auraient un tel niveau de responsabilité au sein des Jeux que leur présence est indispensable en continu ». On sait ce que cela veut dire les “dérogations acceptables”.

Un banc d’essai de la déréglementation

De même, concernant la restauration, il ajoute : « On regarde ce que fait Sodexo pour le village des athlètes. (…) Les contrats proposés sont principalement des CDD de deux à neuf semaines. Ce n’est pas assez. » Quelle serait la durée acceptable pour Bernard Thibault ?

Et il y a toute la déréglementation dont il ne parle pas dans son interview : les étudiants chassés de leurs chambres en résidence universitaire, les bouquinistes expulsés des quais de la Seine, les salariés des transports ou hôpitaux privés de vacances, des salles de spectacles fermées, des zones de Paris et sa banlieue inaccessibles aux salariés obligés de télétravailler, la folie spéculative sur les locations et l’hôtellerie, etc., etc.

La présence de Bernard Thibault dans les instances confédérales de la CGT a déjà une signification pour les jeux Olympiques : « pas de grèves ». Mais au-delà, il y a une portée bien plus large car les jeux Olympiques vont constituer un banc d’essai dans la déréglementation du travail. Attal, dans son discours de politique générale (qualifié de « le plus réactionnaire depuis un siècle » par Mélenchon) a annoncé entre autres une loi de simplification du travail (c’est-à-dire de nouvelles atteintes au Code du travail). Il a annoncé cette loi pour « après l’été » c’est-à-dire juste après les jeux Olympiques.

L’engagement de Bernard Thibault pour éviter à tout prix les grèves à l’occasion des jeux Olympiques a donc bien une portée plus générale.

De l’huile sur le feu

Mais… car il y a un « mais ». Depuis ce lundi 5 février, un préavis a été déposé à la RATP jusqu’à fin septembre. Et l’annonce de Darmanin, où il accorde aux policiers jusqu’à 1 900 euros de primes, risque de mettre de l’huile sur le feu. Car, dans le même temps, il est annoncé aux hospitaliers des primes bien inférieures à celles des policiers et surtout promises uniquement à ceux qui modifieraient leurs dates de vacances mais pas aux autres.

D’où la nouvelle interview de Bernard Thibault ce 4 février dans La Tribune. En parlant au nom de toutes les confédérations syndicales, il commence en affirmant : « Aucune organisation syndicale ne se met dans une posture qui lui permettrait de profiter des Jeux pour faire avancer ses revendications ». Donc pas de revendications ? Ni sur les primes, ni sur rien ? On devrait tout accepter ?

Il reste que malgré cet engagement de Bernard Thibault, il y a loin de la coupe aux lèvres.