Que nous disent les grèves qui se développent aux Etats-Unis ?
Alors que la grève des salariés de Boeing se poursuit, le syndicat ILA, qui compte 85 000 adhérents aux États-Unis (ports, rivières, lacs), a déclenché ce mardi 1er octobre une puissante grève des dockers dans 14 grands ports américains de la côte Est.
- Actualité internationale, Etats-Unis

L’inquiétude est palpable : « La grève des dockers américains menace le commerce mondial », titre le quotidien économique La Tribune (1er octobre).
Alors que la grève des salariés de Boeing se poursuit, le syndicat International Longshoremen’s Association (ILA), qui compte 85 000 adhérents aux États-Unis (ports, rivières, lacs), a déclenché ce mardi 1er octobre une puissante grève des dockers dans 14 grands ports américains de la côte Est. Au total, 36 pourraient être impactés, et à travers eux, toute l’économie américaine et mondiale.
Le puissant syndicat des « Teamster » (camionneurs) a immédiatement apporté son soutien dans un communiqué, qui se conclut ainsi : « Les Teamsters s’engagent à 100 % à se tenir aux côtés de nos frères et sœurs dockers, jusqu’à ce qu’ils remportent le contrat qu’ils méritent. »
De New York à Miami en passant par Houston, tous les ports sont fermés : une première depuis 1977 (la grève avait duré à l’époque 44 jours). Au centre des revendications : des hausses de salaires et l’interdiction des technologies d’automatisation sur les quais.
Pourtant, le président de l’ILA, Harold Daggett, avait ces dernières semaines multiplié les avertissements appuyés à l’encontre de l’USMX (l’association des employeurs1L’USMX est l’alliance maritime des États-Unis qui regroupe les employeurs des 36 ports disséminés le long des côtes entre le Maine (nord-est) et le Texas (sud), sur le golfe du Mexique, en passant par la Floride (sud-est).), ainsi qu’auprès des autorités : « Il vaut mieux qu’ils se calment, que nous obtenions un accord et qu’on passe à autre chose. Dans le monde où nous vivons, je vais vous briser. Je vous paralyse, et vous n’avez aucune idée de ce que ça implique », avait-il prévenu.
L’importance de ces ports est décisive : la moitié du trafic de conteneurs emprunte ces portes d’entrée des États-Unis. Selon JP Morgan, un arrêt de travail des 36 ports coûterait 5 milliards de dollars par jour à l’économie américaine, soit 6 % du PIB quotidien.
Il y aurait bien la possibilité de dérouter les livraisons vers le Canada mais… le port de Montréal est lui aussi bloqué par une grève des dockers depuis lundi 30 septembre ! Quant à la solution de décharger sur la côte Ouest, non seulement ce serait plus coûteux et plus long, mais surtout, les dockers de la côte Ouest, par solidarité avec les travailleurs de l’Est, sont en discussion pour rejoindre le mouvement.
En cumul, les prix aux États-Unis ont augmenté de 20 % depuis fin 2021
Lundi matin, le syndicat ILA déclarait : « L es membres de l’ILA méritent d’être compensés pour l’important travail qu’ils accomplissent », dénonçant les « milliards de dollars de bénéfices » engrangés par les ports et les transporteurs maritimes, notamment pendant la pandémie de Covid-19.
Le président de l’ILA évalue les gains à plus de 200 milliards de dollars. « Pendant ce temps-là, les membres dévoués de l’ILA continuent d’être paralysés par l’inflation à cause de rémunérations injustes », a-t-il poursuivi. En cumul, les prix aux États-Unis ont augmenté de 20 % depuis fin 2021.
Alors qu’un groupe de plus de 200 entreprises a envoyé une lettre à la Maison Blanche, demandant à Joe Biden d’empêcher une grève « au long cours qui prévoit d’aller au-delà de l’élection », l’actuel locataire du bureau ovale, qui se présente comme le « président le plus favorable aux syndicats », a indiqué, dimanche 29 septembre, n’avoir aucune intention, à ce stade, d’intervenir.
Il pourrait pourtant activer la loi Taft-Hartley – utilisée à de nombreuses reprises pour des grèves de l’ILA – permettant de forcer les salariés à reprendre le travail et à négocier pendant 80 jours.
Oui mais voilà… Joe Biden a déjà perdu des plumes auprès des syndicats lorsqu’en décembre 2022, il a fait éviter une grève ferroviaire. L’actuel président des États-Unis craint qu’une intervention de sa part pour empêcher la grève des dockers ne se retourne contre lui et la candidate démocrate.
Des questions et des réflexions, qui ne concernent pas que les États-Unis
Un pari risqué, à cinq semaines de l’élection présidentielle, où, comme le titre le journal patronal L’Opinion (1er octobre), est lancée « la bataille pour le précieux vote ouvrier ».
Personne ne sait comment les choses vont tourner. D’ores et déjà, force est de constater que les travailleurs américains doivent avoir une confiance très limitée dans la volonté du prochain (ou de la prochaine) locataire de la Maison Blanche de répondre à leurs exigences, pour s’engager, en pleine campagne électorale, à régler par eux-mêmes les problèmes, par leur mobilisation, sur le terrain de la grève.
De même, il faut noter que les actions entreprises et décidées par les travailleurs eux-mêmes, soutenues par les syndicats américains de ces secteurs clés, ne se limitent pas à des discussions « bon teints » avec le patronat ou les pouvoirs publics, ni même à des « journées d’action » sans lendemain, mais à l’organisation de grèves massives destinées à bloquer l’économie, en vue de gagner sur les revendications.
Autant de questions et de réflexions, qui ne concernent pas que les États-Unis…
