Kanaky (Nouvelle-Calédonie) : L’accord de Bougival rejeté en bloc au congrès du FLNKS
Suite à l’accord de Bougival le 12 juillet, le FLNKS a tenu un congrès extraordinaire. Selon Christian Tein : « Il ne s’agit pas d’un compromis car le dialogue suppose la reconnaissance préalable et mutuelle du droit des autres à l’existence. »
- Actualité politique et sociale, Kanaky (Nouvelle-Calédonie)

Si le détail des résolutions adoptées par le congrès extraordinaire du FLNKS tenu dans la commune du Mont-Dore en Kanaky n’est pas encore connu, les délégués des différentes formations politiques composant le FLNKS ont rejeté massivement et sèchement l’accord signé à Bougival par les différentes délégations le 12 juillet sous la houlette de Valls et de Macron.
Cette décision attendue, car depuis cet accord du 12 juillet, l’immense majorité des militants indépendantistes – à commencer par Christian Tein, président du FLNKS et animateur du CCAT – s’était élevée contre l’accord de Bougival obtenu par les moyens habituels de l’État colonial français (ruses, chantage, promesses et menaces de toute sorte). Comme nous l’avons analysé dans notre numéro 868, cet accord maintient la Kanaky sous la férule de la France de A à Z.
Le rejet de l’accord par le congrès du FLNKS est un camouflet pour les représentants de l’État colonial et ses supplétifs de toute nature qui derrière Valls et Macron s’étaient réjouis un peu rapidement.
Le discours d’ouverture du Congrès de Christian Tein a été lu par Magali Tingal, membre du bureau politique. En effet, après avoir fait un an de prison à l’isolement en France, avec d’autres militants Kanak, Christian Tein est encore interdit de séjour dans son pays. Il est victime d’un contrôle judiciaire qui est en réalité une décision politique. Un scandale d’État.
extraits de l’Intervention de Christian Tein
Après avoir salué les congressistes en visio-conférence, c’est par conséquent la militante Tingale qui a lu le rapport de Christian Tein dont nous publions quelques extraits.
« Cette journée marque une étape qui demande une forte détermination afin d’aborder la phase finale vers l’indépendance (…). Notre assemblée devra confirmer le rejet clair et sans ambiguïté du projet d’accord signé à Bougival, par notre délégation qui n’avait aucun mandat pour le faire.
Les dispositions inscrites dans ce document ne sont que l’illustration du mépris de la puissance administrante à l’égard de notre combat et pour la reconnaissance de nos droits en tant que peuple colonisé. (…)
Les instances du mouvement et les structures de base ont rendu leurs analyses et leurs conclusions devraient converger au refus total de ce projet d’accord d’intégration à la France avec les attributs de souveraineté fictifs. (…)
Malgré l’insistance du ministre des Outremer, il ne s’agit pas d’un compromis car le dialogue suppose la reconnaissance préalable et mutuelle du droit des autres à l’existence. Or, nos fondamentaux n’y figurent pas. Le peuple kanak est effacé au profit d’un peuple calédonien qui n’existe pas politiquement et juridiquement n’existera jamais.
Nous restons ouverts au dialogue qui se fera non pas sur les sujets secondaires, mais uniquement sur les modalités d’accession à la pleine souveraineté et ses éléments incontournables, en format bilatéral avec le colonisateur en Kanaky. Et ce, jusqu’au 24 septembre124 septembre 1853, date du début de l’occupation de la Kanaky par la France. tel que prévu par notre congrès. »
Suite au Congrès, Manuel Valls publie une longue lettre (nous y reviendrons) dans laquelle il persiste et menace. « Refuser l’accord, c’est faire le choix du pourrissement et de la confrontation » (10 août). Mais ce sont Valls et Macron qui préparent « la confrontation » en refusant au peuple kanak la liberté de choisir son chemin sans tutelle de l’État français.
Assez de mensonges et de violences. Le temps des colonies n’a que trop duré. Levée du contrôle judiciaire à l’encontre du président du FLNKS et de ses camarades. Comme le demande le FLNKS : ouverture de négociations directes bilatérales entre le Front et l’État colonial.
