États-Unis : répression et résistance

Les organisations noires, socialistes, les groupes militant contre la guerre sont directement attaqués. Leurs membres sont menacés d’être licenciés pour leurs prises de parole ; leurs financements sont soumis aux procédures utilisées contre les groupes mafieux.

Seuls cinquante-huit représentants démocrates ont voté contre la résolution (photo AFP).
Par Devan Sohier
Publié le 28 septembre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Les attaques de Trump se précisent. Il annonce des enquêtes sur le financement de fondations qui, historiquement, ont soutenu et aidé les Noirs aux États-Unis. Ont notamment été cités la Fondation Ford (créée par le constructeur automobile, et qui fournit des bourses aux étudiants issus de minorités) ou le Southern Poverty Law Center, une organisation qui fournit une assistance juridique aux Noirs américains dans leurs recours contre des groupes racistes (à commencer par le Ku Klux Klan) et contre l’État. Il menace également de leur retirer leur statut fiscal, correspondant plus ou moins à celui d’association à but non lucratif d’intérêt général.

Après que Medea Benjamin (qui sera présente au meeting international contre la guerre, le 5 octobre, à Paris) et d’autres militantes de Codepink ont interpellé Trump et Marco Rubio, son secrétaire d’État, lors d’un déjeuner, pour dénoncer le génocide en cours à Gaza, Trump a annoncé qu’il demandait à son administration d’attaquer Codepink au titre de la loi Rico destinée à combattre les groupes mafieux. Il a également signé un décret exécutif désignant les antifas comme terroristes intérieurs.

Sous la pression de l’administration Trump, des universités ont licencié des enseignants pour avoir dénoncé les idées de Kirk. Il s’agit souvent d’universitaires ayant pris position contre le génocide à Gaza, et en soutien à leurs étudiants qui luttaient contre lui. Plus généralement, Trump a clairement pointé les organisations impliquées dans la lutte contre le génocide. DSA (les Socialistes démocratiques d’Amérique) en font partie.

Les organisations noires, socialistes, les groupes militant contre la guerre sont directement attaqués. Leurs membres sont menacés d’être licenciés pour leurs prises de parole ; leurs financements sont soumis aux procédures utilisées contre les groupes mafieux ; les polices américaines sont encouragées à réprimer leur expression publique.

Et pendant ce temps, au Congrès…

Les républicains ont soumis au Sénat et à la Chambre deux résolutions en l’honneur de Charlie Kirk. La résolution adoptée à la Chambre « honore la vie, le leadership, et l’héritage de Charlie Kirk, dont l’engagement pour la Constitution, le discours civique et la vérité biblique ont inspiré toute une génération à chérir et défendre la bénédiction de la liberté ».

Celle du Sénat prévoit de faire du 14 octobre prochain une journée de souvenir de Kirk, et « encourage les institutions d’enseignement, les organisations civiques, et les citoyens de tous les États-Unis à observer ce jour en organisant des programmes, des activités, des prières et des cérémonies appropriés qui promeuvent l’engagement citoyen et les principes de foi, de liberté et de démocratie que Charlie Kirk soutenait. »

Ce sont ces principes et cet héritage que Trump utilise pour attaquer l’ensemble des organisations de gauche. Au Sénat, en l’absence d’objections, la résolution a été adoptée sans vote. Pas un sénateur démocrate n’a protesté contre cet hommage, indissociable des menaces proférées par l’administration Trump. À la Chambre, le vote des républicains a été unanime ; quant aux démocrates, 60 se sont abstenus ou ne sont pas venus, et 95 ont voté pour. Seuls 58 d’entre eux ont voté contre.

À l’opposé du soutien accordé par la majorité de l’appareil démocrate aux manœuvres de l’administration Trump, Zohran Mamdani, membre de DSA récemment vainqueur des primaires démocrates à New York, a décidé de refuser de participer à une émission de la chaîne ABC, en défense de la liberté de la presse et en protestation contre la suspension d’un des présentateurs de la chaîne qui avait dénoncé l’exploitation politique de la mort de Kirk par les trumpistes (il a depuis été réintégré). Les sondages actuels lui donnent une avance de plus de 15 points sur ses concurrents.

La société américaine est plus polarisée que jamais, et l’administration Trump entend exploiter cette situation en réprimant la gauche, en interdisant toute prise de position contre le génocide, en faisant taire les voix noires qui, il y a cinq ans, s’élevaient contre l’assassinat de George Floyd. Mais, dans tout le pays, et particulièrement dans ses grandes villes, des forces se structurent pour combattre la politique de Trump et la complicité des démocrates.

DSA affirme la liberté d’organisation

Communiqué de Democratic Socialists of America (DSA), du 19 septembre

« Les gens ordinaires doivent pouvoir s’organiser librement dans leur propre intérêt, sans craindre la répression de l’État. Participer à des mobilisations pacifiques, à des manifestations, ou critiquer le gouvernement et l’ordre social actuel sont nos droits – et ils sont essentiels à la démocratie et à la liberté.

Mais aujourd’hui, le droit de s’organiser est attaqué sous l’administration Trump.

DSA condamne les actions du comité de la Chambre des représentants sur la surveillance et la réforme du gouvernement, qui cible les groupes socialistes, communistes, antiguerre, pro-syndicaux et pro-palestiniens.

Des responsables politiques d’extrême droite accusent cyniquement, sans preuve, la gauche d’être responsable de la montée de la violence politique – une manœuvre destinée à freiner la montée en puissance de nos mouvements.

Une fois encore, ils cherchent à détourner l’attention du génocide en cours en Palestine, de la violence d’État contre les immigrés, et de la violence quotidienne que représente la pauvreté. Et ils accusent la gauche d’être responsable du monde injuste et cruel qu’ils sont eux-mêmes en train de créer.

Nous n’avons pas peur, et nous n’arrêterons pas de nous organiser.

Nous sommes solidaires de toutes les personnes injustement ciblées par l’administration Trump.

Ensemble, nous construirons un monde où chacun et chacune est libre. »