Palestine-Liban : avec nos correspondants

L’accord Israël-Liban, signé à Washington, est présenté par les États-Unis, la France de Macron, l’Arabie saoudite et une partie de la presse occidentale comme un cadre vers une « paix et une sécurité durables », sans mettre en place un retrait israélien du Sud-Liban.

Par François Lazar avec nos correspondants
Publié le 4 juillet 2026
Temps de lecture : 5 minutes

L’accord Israël-Liban, signé à Washington, est présenté par les États-Unis, la France de Macron, l’Arabie saoudite et une partie de la presse occidentale comme un cadre vers une « paix et une sécurité durables », sans mettre en place un retrait israélien du Sud-Liban, ni même proposer un calendrier pour ce faire. Pratiquement, cet accord impose au Liban de renoncer à son droit fondamental de s’opposer à l’occupation israélienne, qui poursuit ses exactions. Il confie à l’armée libanaise la mission de contrôler des « zones pilotes » avec l’exigence du désarmement du Hezbollah comme injonction de mise en œuvre.

J oseph Aoun, président de la République libanaise, a annoncé lui-même l’entrée dans une « nouvelle phase d’accords permanents » avec Israël, qu’il présente de fait comme un allié contre une partie du peuple libanais. De son côté, Trump pousse à des négociations directes, jusqu’à proposer un tête-à-tête Aoun-Netanyahou à la Maison-Blanche, présenté comme le début d’une « renaissance nationale » pour le Liban. La plupart des dirigeants arabes (dont l’Arabie saoudite) saluent la trêve et insistent sur la reddition des armes à l’État, c’est-à-dire sur un agenda de désarmement de la résistance sous couvert hypocrite de renforcer les institutions.

Un accord contesté

L’accord est contesté jusqu’au sommet de l’ é tat libanais et provoque des réactions en chaîne dans de nombreux partis. Le président Aoun a exigé du commandant de l’armée qu’il démissionne, au motif qu’il rechignerait à exécuter des ordres dictés par les États-Unis. Celui-ci lui a répondu qu’il ne démissionnerait pas et qu’il appartenait au chef de l’État de le licencier s’il souhaitait transformer l’armée en gendarme d’un accord rejeté par une large partie du pays. Aoun, qui est vu par les Libanais comme un agent des Américains et des Saoudiens, s’accroche à l’agenda d’un pseudo-« accord de paix » avec Israël au prétexte d’éviter des sanctions alors même que l’armée, constituée d’éléments provenant de l’ensemble des Libanais, refuse de porter seule la responsabilité d’une nouvelle guerre intérieure autour des armes de la résistance.

Fragmenter le liban en zones

L’accord enregistre le fait qu’Israël conservera des positions au Sud-Liban et que la « souveraineté » libanaise implique que le pouvoir affronte lui-même le Hezbollah et toute forme de résistance au Sud. L’objectif de l’accord est vu par de nombreux militants comme une opération destinée à opposer l’État Libanais, son armée et une partie des élites économiques au Hezbollah et au-delà à tous les Libanais qui n’acceptent pas une normalisation avec l’État génocidaire israélien, pour accélérer une fragmentation du Liban en zones, institutions et communautés hostiles, comme tente de le faire Israël en Syrie. L’ordre régional implique l’affaiblissement voire le démantèlement des nations, ce qui n’a pas pu être fait avec l’Iran.

En France, Macron explique que ce texte doit « ouvrir la voie » au recouvrement de la souveraineté libanaise, à un retrait israélien et au monopole de l’État libanais sur les armes, reprenant presque mot pour mot les formules des résolutions antérieures qui n’ont jamais été appliquées par Israël, ce qu’il ne peut ignorer. En ce qui le concerne, il offre une couverture diplomatique à la prolongation de l’occupation du Sud-Liban, au nom de la « stabilité ».

L’impasse libanaise se combine avec la poursuite du génocide à Gaza

Dans le numéro de Haaretz du 28 juin 2026, le journaliste Gideon Levy explique qu’après « quinze mois de destruction, de massacres et de génocide » à Gaza, Israël n’a pas atteint ses objectifs, mais choisit « toujours la voie violente comme première option »  pour « résoudre le problème de Gaza » et plus largement la question palestinienne. De son côté, l’éditorial du même journal souligne qu’un régime qui ne parvient ni à imposer une victoire claire au Nord ni à stabiliser ses alliances internes a tout intérêt à reconcentrer son effort sur le seul théâtre où il dispose d’une supériorité militaire écrasante – la bande de Gaza – où les Palestiniens sont enfermés pour être méthodiquement exterminés.

Haaretz  montre qu’en Cisjordanie, la fermeture par centaines de portails dans les checkpoints, l’expansion accélérée des avant-postes coloniaux, la militarisation des colons et l’assouplissement des règles d’ouverture du feu produisent un régime où la population palestinienne vit sous siège permanent. L’association israélienne de défense des droits des Palestiniens, B’Tselem, vient de publier un nouveau rapport dans lequel elle montre qu’une part non négligeable des Palestiniens tués en Cisjordanie depuis 2023 sont des enfants. Haaretz du 28 juin rapporte des profanations de mosquées à Hébron, l’entrave aux prières, pendant que des milliers de prisonniers palestiniens restent soumis à des conditions décrites comme inhumaines.

Gaza n’est pas un simple « front » parmi d’autres, mais la pointe avancée de la logique exterminatrice de l’ État sioniste. La destruction des infrastructures civiles, l’écrasement social, la faim et le développement des maladies organisés, les déplacements forcés et la répétition des opérations militaires ne relèvent pas d’un excès ponctuel, mais d’une politique qui vise à rendre impossible la vie palestinienne comme telle.  

La crise de l’État israélien n’est pas seulement institutionnelle, elle est liée à l’amplification de la violence contre les Palestiniens. Plus le régime se fragilise sur le plan politique, plus il délègue aux colons messianiques, à l’armée et aux appareils sécuritaires le soin de semer le chaos et la destruction en Cisjordanie, à Gaza et aux frontières régionales. Cette fuite en avant ne produit ni sécurité ni stabilité pour les Israéliens, menace de désintégration les sociétés voisines comme le Liban et approfondit les mesures de nettoyage ethnique contre les Palestiniens.

Cadre onusien et gestion du génocide

Sur Gaza, la complicité se manifeste dans la manière dont l’ordre international encadre la guerre en prétendant la « stabiliser ».  Le Conseil de sécurité a ainsi adopté une résolution endossant un plan américain qui déploie une force internationale chargée de démilitariser Gaza, de désarmer les groupes armés palestiniens et de sécuriser les frontières « en coopération »  avec Israël et l’Égypte, tout en prolongeant jusqu’en 2027 un comité de tutelle sur la bande de Gaza. Pendant ce temps-là, l’armée israélienne, avec l’aide de sociétés privées, poursuit les destructions des habitations encore debout et confisque davantage de terrains jour après jour, confinant près de 2 millions de Palestiniens dans des enclos insalubres.

Une étude du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de Terre française, consacrée à « la guerre pour Gaza » entre octobre 2023 et septembre 2024, décrit comment les opérations israéliennes ont été conduites avec un soutien logistique, technologique et politique étroit de leurs alliés occidentaux, avec la justification de la « lutte contre le terrorisme ». Ce document, comme d’autres analyses stratégiques françaises, relève que les livraisons d’armes, le partage de renseignements, la couverture diplomatique ont été largement perçus comme un alignement quasi inconditionnel sur la stratégie israélienne, au prix d’un affaiblissement supplémentaire de la crédibilité des discours occidentaux sur le droit international. Une démonstration supplémentaire que le génocide en cours est encadré, financé et parfois coadministré par les mêmes puissances qui se posent en garantes de la « paix » et du « droit ».

Une longue histoire d’accords imposés au Liban

L’accord israélo-libanais du 17 mai 1983, déjà conclu sous pression américaine après l’invasion israélienne de 1982, a été qualifié par des juristes de « contrat de soumission ». Le Liban y acceptait des limitations sévères à sa souveraineté, tandis qu’Israël se réservait un droit de surveillance et de contrôle permanents sur une partie de son territoire. Quarante ans plus tard, le nouvel accord cadre est signé « avec le soutien total des États-Unis » et présenté comme une étape vers la paix, alors même qu’il légitime une présence israélienne prolongée au Sud-Liban et fait du désarmement de la résistance, réduite à la dénomination du Hezbollah, une condition à tout retrait.