Au feu les pompiers, les Canadair ont disparu…
Plus d’une dizaine de milliers d’hectares en cendres, plusieurs de départ de feux dans toute la France, des villages entiers évacués… Les feux de forêts, un véritable scandale : 1 Rafale produit tous les 10 jours, 0 Canadair en 10 ans. C’est une politique délibérée.
- Actualité politique et sociale, Incendies

Le 24 juin, la foudre déclenche un incendie dans le massif de Justin, près de Die, dans la Drôme. Deux semaines plus tard, ce feu a ravagé plus de 1 000 hectares : c’est le plus important incendie que le département ait connu depuis trente ans. Deux villages ont dû être évacués, avant que les incendies ne ravagent les Pyrénées-Orientales, le Gard, l’Hérault…
La saison 2026 a démarré avec deux à trois semaines d’avance sur le calendrier habituel. Bilan national provisoire au 6 juillet : près de 7 000 départs de feu et 14 500 hectares brûlés depuis le début de la saison d’après le gouvernement, l’équivalent d’une fois et demie la surface de la ville de Paris, réduit en cendres. Et pendant ce temps, les moyens alloués à la lutte contre l’incendie diminuent.
Mais où sont les Canadair ?
En 2022, après les grands incendies de Gironde, Macron avait promis le renouvellement des 12 Canadair de la Sécurité civile, qui ont une moyenne d’âge de 30 ans, et l’achat de 4 appareils supplémentaires, pour porter la flotte à 16 avions d’ici la fin de son quinquennat qui arrive à grand pas. Mais depuis : le 21 février 2024, un décret signé par le Premier ministre d’alors, Gabriel Attal, annule 52,7 millions d’euros de crédits sur le programme « Sécurité civile », dans le cadre d’un plan d’économies de 10 milliards d’euros sur le budget de l’État. Résultat : la direction générale de la Sécurité civile renonce à l’achat de 2 des 4 Canadair supplémentaires promis.
Manuel Bompard l’a rappelé lors d’une conférence de presse : c’est bien ce décret d’austérité qui a directement conduit à l’abandon de 2 Canadair, en pleine explosion des besoins liés au dérèglement climatique. Le parti présidentiel avait pourtant tenté, l’été dernier, de qualifier ce constat de « polémique indigne » – avant que les vérificateurs de faits ne confirment que les propos étaient exacts.
Seuls 2 Canadair ont donc été commandés en 2024, leur livraison, d’abord annoncée pour 2027, a depuis été reportée à 2028. Il aura fallu attendre juillet 2025, pour que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, annonce vouloir commander les deux appareils restants. Ce n’est finalement que le 4 juin 2026 que son successeur, Laurent Nuñez, a signé cette commande pour une livraison espérée en 2032-2033 (soit dix ans, au mieux, après la promesse de Macron !). Les feux se multiplient mais les Canadair s’éloignent. La promesse d’une flotte à 16 Canadair pour 2027 ne sera, au mieux, tenue qu’en 2033.
Un monopole industriel
Le seul avionneur mondial « capable » de produire ce type d’hydravion bombardier d’eau, le canadien De Havilland, avait interrompu sa chaîne de fabrication pendant près de dix ans, faute de commandes, jugées suffisantes, un dirigeant de l’entreprise qualifiant lui-même ce marché de « petit marché » peu rentable. Il a fallu qu’un groupe de six pays européens se réunisse pour passer une commande groupée de 22 appareils afin que la production reparte, fin 2022. Le prix unitaire de ces avions a bondi dans l’intervalle, passant d’environ 35 millions d’euros en 2022 à plus de 50 millions aujourd’hui.
Et avec toutes les sociétés d’aéronautique françaises, on ne pourrait pas les fabriquer ? Car la France dispose bel et bien de l’industrie capable de produire ses propres bombardiers d’eau. Depuis 2023, trois projets français sont en développement, notamment un projet Airbus Defence and Space, Safran, Thales et Aresia. L’aéronautique française, celle-là même qui construit des Rafale et des satellites militaires, sait parfaitement fabriquer un avion capable de larguer de l’eau sur un incendie.
Le problème n’est donc pas industriel, il est politique. Quand il s’agit de « souveraineté aérienne » militaire, l’État trouve 57,1 milliards d’euros par an sans discuter.
De l’argent pour les Canadair, pas pour les militaires !
Le budget du ministère des Armées augmente de 6,7 milliards d’euros pour la seule année 2026, pour atteindre 57,1 milliards d’euros, dont 2,4 milliards rien que pour l’acquisition de munitions. Quand il s’agit de réarmement, l’État trouve chaque année plusieurs milliards supplémentaires sans qu’aucun éditorialiste n’y voie un problème de « soutenabilité » des finances publiques. Quand il s’agit de Sécurité civile, un décret d’austérité suffit à sacrifier 2 Canadair sur 4.
Un choix politique : l’industrie de la mort plutôt que les mesures qui viendraient en aide à la population.
Avec la canicule, les incendies de forêt…Fuite d’une note officielle sur le manque de Canadair L u dans le journal l’Opinion (3 au 4 juillet) : « La saison des feux de forêts part sur des bases record, et c’est malheureusement l’occasion de constater une fois de plus le dénuement de l’État, avec sa maigre flotte de 12 Canadair et leurs trente ans de moyenne d’âge. Cruelle illustration : jeudi matin (2 juillet, Ndlr), une note interne diffusée par erreur faisait état de “difficultés importantes dans l’obtention de moyens aériens nationaux” dans les Bouches-du-Rhône, en proie aux incendies. » La cadence de production des avions de guerre Rafale multipliée par trois L a cadence de fabrication du chasseur bombardier Rafale est passée d’1 par mois en 2020 à une cadence de presque 3 par mois (plus de 30 avions par an). « On anticipe déjà la cadence 4. Et s’il le fallait, on envisagerait le passage à la cadence 5 », déclarait en mars 2025, le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier. L’État est capable d’exiger – et d’obtenir – un triplement, voire un quintuplement des cadences de production pour des avions de guerre. Mais il faut attendre dix ans pour produire un Canadair de plus ! Cet avion-là ne largue que de l’eau pour sauver des vies, pas des bombes. Dans ce système meurtrier et pour les gouvernements à sa solde, le choix est vite fait. Combien de Canadair avec 36 milliards ? 36 milliards d’euros : c’est la rallonge votée d’un claquement de doigts pour la loi de programmation militaire, le 1er juillet, qui va désormais atteindre 436 milliards entre 2024 et 2030 (plus une quinzaine de milliards de crédit divers). Le coût d’un Canadair, c’est une cinquantaine de millions d’euros. Ces 36 milliards d’euros pourraient donc financer une flotte énorme de plus de 700 Canadair ! On serait déjà content avec dix fois moins (la flotte actuelle n’en compte que 12, hors d’âge). Mais ce gouvernement et ses prédécesseurs ont sciemment décidé qu’il n’y en aura pas un de plus d’ici des années. Coupe claire de 40 % des effectifs de l’Office national des forêts L es forêts brûlent, des voies coupe-feu pour ralentir la progression des flammes y sont tracées à la hâte. Trop peu sans doute, trop tard, et pourquoi seulement maintenant ? L’organisme qui est en charge du domaine public et de son entretien, l’Office national des forêts, a vu ses effectifs fondre de 12 500 à 8 000 agents en vingt ans. Soit une coupe claire de 40 %. Dans les Pyrénées-Orientales, le retour du confinement Année 2020 : une pandémie, pas de lits en nombre suffisant dans les hôpitaux (fermés en masse les années précédentes – et ça continue) et le gouvernement, tout en culpabilisant tout le monde, confine la population de tout le pays chez elle, ou dans des EHPAD transformés en mouroirs. Été 2026 : face à la progression des incendies, le préfet des Pyrénées-Orientales décide de confiner, le 5 juillet, les quelque 7 000 habitants des villages d’Ille-sur-Têt, Bouleternère et Rodès. Avant de décréter une évacuation en catastrophe les heures suivantes. Les pompiers, aujourd’hui célébrés en héros, hier gazés par les CRS L e ministre de l’Intérieur Nuñez, Lecornu, Macron célèbrent maintenant les pompiers qui risquent leurs vies dans les incendies de forêt. Les pompiers, pourtant, n’ont cessé ces dernières années de dénoncer leur sous-effectif et leurs conditions de travail. Par exemple, le 29 janvier dernier, un millier d’entre eux manifestait à Lille. « Il nous manque 162 postes pour assurer les secours », disait un de leurs responsables syndicaux. Les CRS de Macron ont chargé. Les pompiers ne se sont pas laissés faire… |
