« Une avancée majeure dans la construction d’un mouvement international contre la guerre »
L’organisation britannique Counterfire rend compte de la conférence, suivie d’un grand meeting contre la guerre, qui se sont tenus à Londres, les 20 et 21 juin dernier.
- Actualité internationale, Contre la guerre

Plus de 3 000 délégués venus de toute l’Europe se sont réunis au Central Hall de Westminster pour la deuxième Conférence internationale contre la guerre, le samedi 20 juin. Après la première conférence organisée à Paris l’année dernière, cette édition, organisée par la Stop the War Coalition et soutenue par des centaines de syndicats et de groupes militants, marque une avancée pour le mouvement international.
La veille, une atmosphère d’enthousiasme régnait alors qu’environ 200 délégués venus d’Europe et d’ailleurs se rassemblaient au siège du NEU (syndicat des enseignants de Grande-Bretagne, Ndlr), à Hamilton House à Londres, pour la réunion préparatoire de planification des actions. Une brève introduction a été donnée par un panel d’intervenants comprenant Daniel Kebede, secrétaire général du NEU, qui a souhaité la bienvenue aux participants.
Lindsey German, de Stop the War, qui a souligné un point essentiel : la réponse au projet impérialiste américain ne réside pas dans le réarmement européen et l’ennemi de chacun se trouve avant tout dans son propre pays.
Le temps alloué à la réunion était largement suffisant pour écouter un large éventail d’intervenants qui avaient déposé leur fiche d’inscription afin d’avoir l’occasion de prendre la parole devant l’assemblée.
Des militants venus d’Ukraine et de Russie ont plaidé pour la solidarité avec les dissidents des deux pays. Des étudiants français et allemands engagés contre la conscription, ainsi que des syndicalistes et organisations de plusieurs pays, ont défendu l’idée de mobiliser le mouvement ouvrier contre les coupes budgétaires récurrentes destinées à financer des dépenses militaires toujours plus importantes.
Parmi les sujets prioritaires figurait naturellement la condamnation du génocide en cours en Palestine et la nécessité de poursuivre la solidarité internationale. Kevin Courtney, président de la Cuba Solidarity Campaign, a également pris la parole pour souligner l’aggravation de la crise à Cuba en raison du blocus américain et de la menace croissante d’une intervention militaire des États-Unis. La situation au Soudan a également été évoquée, ainsi que ses liens avec l’impérialisme occidental.
Ce fut une journée placée sous le signe des rencontres, des échanges, au cours de laquelle chacun a pu partager le travail important et les actions militantes auxquels il participait, et où le message contre la guerre a transcendé les barrières linguistiques. Les bases étant désormais posées, la conférence du samedi s’annonçait déjà comme un événement historique.
Suite de la conférence, suivie d’un grand meeting
La session du samedi matin de la conférence, qui s’est tenue au Central Hall de Westminster, a débuté par un rassemblement de syndicalistes et de militants venus de toute l’Europe pour discuter de la montée du militarisme dans leurs pays respectifs et des moyens qu’ils mettent en œuvre pour y faire face. Des travailleurs d’Espagne, de France, d’Allemagne, de Grèce, d’Italie, de Bahreïn et d’autres pays ont pris la parole, et un thème récurrent s’est dégagé tout au long de la séance : leurs gouvernements se préparent à la guerre et, pour ce faire, sapent les conditions d’existence de la classe ouvrière.
Des exemples de résistance ont également été mis en avant : les immenses manifestations de solidarité avec la Palestine, les grèves d’élèves en Allemagne contre la conscription, ainsi que les actions de la flottille internationale Global Sumud qui a pris la mer à de nombreuses reprises pour briser le siège de Gaza et a tenté d’acheminer l’aide humanitaire dont la population a désespérément besoin.
Sukana Rhawani, mère de la prisonnière politique de Filton Fatema Zainab Rajwani, condamnée comme terroriste par un juge la semaine précédente, a livré un témoignage émouvant sur l’autoritarisme croissant exercé contre le mouvement de solidarité avec la Palestine au Royaume-Uni.
Campagnes contre la conscription
Des étudiants et de jeunes militants se sont réunis pour discuter du lancement d’une campagne de masse contre la conscription. Felix Kreklow Rojas, élève gréviste allemand, a partagé son expérience dans l’organisation de grèves scolaires contre la conscription en Allemagne. Des étudiants de France, d’Espagne, de Grande-Bretagne et des États-Unis ont également présenté leurs campagnes. Un consensus s’est dégagé sur la nécessité d’une réponse internationale coordonnée, avec des journées d’action prévues les 21 et 22 novembre.
Des parlementaires venus de toute l’Europe ont dénoncé les augmentations des budgets militaires décidées par leurs gouvernements. Plusieurs députés britanniques, dont l’ancien dirigeant travailliste Jeremy Corbyn, ont insisté sur la nécessité de construire une opposition aux coupes dans les dépenses sociales et à l’augmentation des dépenses militaires, quel que soit le successeur de Keir Starmer au poste de Premier ministre.
Baissez les armes et augmentez nos salaires
Le rassemblement a également donné la parole à plusieurs dirigeants syndicaux, dont Ian Hodson (BFAWU – syndicat des travailleurs de l’alimentation, Ndlr), Jo Grady (UCU – syndicats des universitaires, Ndlr) et Fran Heathcote (PCS – syndicat des fonctionnaires d’État, Ndlr). Tous ont évoqué les effets des salaires stagnants et de la baisse du niveau de vie sur leurs adhérents, ainsi que la nécessité de s’opposer à de nouvelles dégradations destinées à financer les guerres des classes dirigeantes.
Jo Grady, qui avait présenté avec succès la motion « Des salaires, pas des armes » lors du congrès du TUC (confédération syndicale – Ndlr) , a souligné la nécessité pour les syndicats d’intensifier leurs campagnes contre l’augmentation des dépenses militaires. Elle a également rappelé que ce changement de position constituait une victoire importante pour le mouvement anti-guerre, compte tenu de la politique précédente du TUC de soutien inconditionnel à l’augmentation des dépenses militaires.
Le moment fort de cette session a été le discours puissant de Mustafa Barghouti, médecin palestinien et dirigeant de l’Initiative nationale palestinienne, accueilli par une ovation enthousiaste.
La seconde session était consacrée à la montée des tensions guerrières en Europe. Parmi les intervenants figurait Jérôme Legavre, député de La France insoumise, qui a joué un rôle déterminant dans l’organisation de la conférence pour la paix de Paris et a dénoncé l’augmentation des dépenses militaires décidée par Emmanuel Macron. Les délégués français, rejoints par d’autres participants, ont scandé « Macron démission ».
Des paroles aux actes
John Rees, responsable national de Stop the War, a prononcé un discours mobilisateur appelant la classe ouvrière européenne à s’unir et à résister à ce qu’il a qualifié de guerre de classe menée par les dirigeants.
La conférence s’est prolongée dans les rues autour du Central Hall, dans une atmosphère mêlant enthousiasme et détermination. Mais surtout, une action coordonnée a été décidée, ce qui signifie que les paroles fortes prononcées dans cette salle se traduiront par des actes à l’automne.
Une journée internationale de mobilisation pour la Palestine est prévue le 10 octobre, ainsi qu’une journée d’action en solidarité avec les dockers de Gênes (date à confirmer), qui ont refusé de charger des armes destinées à Israël, et les journées d’action contre la conscription prévue les 21 et 22 novembre.
Lire ici le texte de l’appel adopté lors de la conférence internationale
