Le deuxième Congrès juif antisioniste s’est tenu à Dublin

Du 26 au 29 juin, ce congrès a regroupé des militants juifs antisionistes de plusieurs dizaines de pays, certains originaires de l’État d’Israël, des militants et auteurs palestiniens, des militants politiques et syndicaux qui soutiennent le peuple palestinien.

Par correspondant
Publié le 5 juillet 2026
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Après le premier congrès tenu à Vienne en juin 2025, ce congrès a permis à des centaines de voix juives, palestiniennes et internationalistes d’affirmer que l’État d’Israël n’a pas le droit de parler au nom des juifs, dégageant avec mépris, et de très nombreux arguments, les accusations d’antisémitisme lancées contre ceux qui rejettent et condamnent le sionisme.

Il s’agissait, pour les organisateurs, de passer d’une critique morale du sionisme à une perspective politique tournée vers l’action, la solidarité avec Gaza et la dé-sionisation de la Palestine, ouvrant la perspective de la création d’un seul État démocratique sur toute la surface historique de la Palestine avec égalité totale des droits de ses différentes composantes humaines.

L’historien israélien Ilan Pappé est largement revenu sur le lien entre combat contre l’antisémitisme et « décolonisation de la Palestine » et a affirmé qu’il ne s’agit plus de défendre l’État d’Israël comme refuge, mais de combattre le cadre colonial qui produit à la fois oppression des Palestiniens et instrumentalisation des juifs.

Haïm Bresheeth-Zabner, israélien, fils de rescapés des camps d’extermination, revendique un judaïsme antisioniste qui ne se contente pas de dénoncer Netanyahou ou l’extrême droite israélienne, mais vise « le sionisme comme structure historique, coloniale et impériale ». Il a notamment insisté sur le fait que l’antisionisme juif n’est ni marginal ni conjoncturel, mais s’inscrit dans une histoire politique, intellectuelle et morale plus longue et très documentée.

« Pas en notre nom » comme axe politique

Le mot d’ordre « pas en notre nom » marque la volonté de briser l’un des principaux mécanismes de l’impunité israélienne : l’usage de l’accusation d’antisémitisme pour faire taire les opposants au sionisme, au boycott et aux sanctions. Il a notamment été rappelé que le sionisme s’est développé dans une relation étroite avec des courants antijuifs européens du début du XXe siècle autour de l’idée que les juifs n’avaient pas leur place dans les sociétés où ils vivaient.

Plusieurs intervenants juifs ont insisté sur l’idée que l’acte antisémite ultime n’est pas la critique d’Israël, mais la tentative d’assimiler les juifs au régime israélien et de confondre judaïsme et sionisme. Des militants et responsables, engagés dans la lutte contre le génocide et pour le soutien au peuple palestinien ont été invités à prendre la parole (voir ci-dessous). Vous pouvez retrouver l’intégralité des débats sur la page YouTube de jazic.org

Richard Boyd Barrett, député irlandais, membre du parti People Before Profit

Le député a rappelé que le génocide est un « projet continu contre les Palestiniens depuis des décennies, depuis 1948 et même avant ». Après avoir rappelé l’immense mobilisation du peuple irlandais, qui a subi l’oppression coloniale britannique, en soutien au peuple palestinien, Richard Boyd Barrett a expliqué son action au parlement pour rompre toute relation avec l’État israélien, rappelant au passage que le gouvernement irlandais se contente d’émettre des critiques orales, mais refuse pratiquement de sanctionner Israël, précisant que « l’Irlande est le deuxième partenaire commercial d’Israël au sein de l’Union européenne ». Pour lui, après avoir dénoncé les accords d’Oslo, « Smotrich, Ben Gvir et Netanyahou ne sont pas une petite bande d’extrémistes qui ont pris le contrôle du régime israélien. Ils sont l’expression logique du sionisme. Ils sont l’aboutissement inévitable du sionisme ».

Eyad Amawi, représentant des organisations Doctors Against Genocide et Children, Not Numbers en direct de Gaza (extraits)

« D’ici, depuis Gaza, je vais citer quelques paroles authentiques du Dr Hussam Abu Safiya. Il m’a envoyé un message environ deux jours avant son incarcération, alors qu’il venait en aide aux malades et aux blessés, et avant même d’être arrêté. C’est son dévouement envers les malades qui a probablement conduit à son arrestation.

Le Dr Abu Safiya et tous les Gazaouis attendent toujours un véritable cessez-le-feu. Ici, nous vivons sous des tirs sélectifs.

Il y a deux heures à peine, ils ont frappé des civils dans leurs tentes ; nous comptons plus de deux martyrs et de nombreux blessés. (…)

Ici, nous vivons toujours sous les bombardements, un siège qui s’intensifie et le manque de tout ce qui est essentiel. Nous ne parlons pas d’accord de paix ni de rien de ce genre. Nous avons dépassé les 100 000 martyrs, et les forces d’occupation continuent de tuer sans relâche.

Plus de 18 000 personnes attendent toujours d’être évacuées, notamment pour des raisons médicales, en particulier des enfants atteints de cancers ou ayant subi des amputations, et nous avons besoin de matériel de haute qualité pour leur rééducation. Nous ne parlons donc pas seulement des destructions des bâtiments. Ils détruisent tout.

Ils détruisent les infrastructures. Ils transforment notre environnement en un lieu insalubre et invivable. Nous parlons d’infestation de rats. Nous parlons de maladies. L’environnement ici est une source constante de maladies. De plus, en cette période estivale, nous souffrons d’une grave pénurie d’eau potable pour nos civils, d’autant plus que de nombreuses agences ont du mal à approvisionner les stations de dessalement – notamment au centre de Gaza et dans le sud de la bande de Gaza – en carburant et en fioul pour les générateurs. (…)

Nous avons plus de 64 000 orphelins. La plupart d’entre eux vivent encore sous des tentes. Vivre sous des tentes, ça ne veut rien dire. Il n’y a pas de foyer. Il n’y a pas de véritables infrastructures. Il n’y a pas d’écoles. Nous sommes vraiment en train de perdre notre prochaine génération. (…)

Ils ont véritablement mis en place une politique systématique et bien rodée qui contrôle tout ce qui entre à Gaza, sous prétexte de sécurité. Mais il n’y a aucun moyen d’assurer la sécurité des enfants à Gaza, de procéder à des évacuations médicales, ni de fournir à notre population les moyens de subsistance indispensables à la survie. Nous parlons donc d’une stratégie systématique visant à détruire la vie sociale et à orchestrer la famine.

Lorsque nous parlons de famine, nous parlons de plus de 500 000 personnes qui ont perdu leur emploi après la destruction des exploitations agricoles et des usines. Toutes les autorités locales ont été anéanties. Il est impossible de reconstruire notre société tant que l’acheminement de l’aide nécessaire pour répondre à nos besoins est retardé.

Et nous parlons de l’enfance et de la perte d’espoir. D’après mon témoignage, dès le début de ce génocide, nos témoignages font état de scènes horribles pour les enfants. Je ne sais pas comment nos enfants pourront construire leur avenir après trois ans de génocide, de génocide qui se poursuit, après avoir souffert de la famine, ce qui a affaibli leur système immunitaire. (…)

Ainsi, en ce qui concerne la politique, les États-Unis mènent très habilement une politique cachée en coulisses. Ils veulent anéantir tout espoir de reprendre une vie normale et de reconstruire Gaza. Comme ils l’ont mentionné dans leurs déclarations politiques, leur objectif est de nous expulser de Gaza.

C’est notre région. C’est notre terre. Nous ne partirons pas.

Nous n’abandonnerons pas. Et nous comptons sur tous les hommes et femmes libres comme vous pour intensifier la pression, sensibiliser l’opinion publique et interpeller tous les responsables politiques du monde entier. Cette horrible vague de brutalité doit cesser immédiatement.

L’humanité n’a plus le temps d’attendre de nouvelles déclarations politiques. Notre peuple ici, nos civils à Gaza ou en Cisjordanie, a le droit de vivre dans des conditions dignes, comme n’importe quel autre peuple. Ça suffit, ça suffit, mon peuple.

Merci beaucoup de m’avoir donné la parole. »

Jérôme Legavre, membre du Parti ouvrier indépendant et député de la France insoumise

Il a notamment expliqué que « l’État d’Israël a été, dès ses origines, un pur produit de l’impérialisme. Alexander Haig, conseiller de Reagan, l’a exprimé très clairement en déclarant : “Israël est notre porte-avions insubmersible dans cette région du monde.’’ (…) Et il ne peut y avoir de solution pour aucun peuple fondée sur l’expropriation d’un autre peuple, sur la négation de son droit à la terre et à la souveraineté. (…)

C’est pourquoi je suis convaincu que la seule perspective, lointaine peut-être, mais réaliste, est celle d’un État unique, démocratique et laïque, s’étendant sur l’ensemble du territoire palestinien. Vous m’avez demandé ce que font les élites politiques. Ma réponse sera simple. Presque toutes les élites politiques et médiatiques dissimulent ce crime, dissimulent ce génocide, soit directement, soit par leur silence. Dans mon pays, en France, une seule organisation a dénoncé, dès le 7 octobre, le génocide qui s’annonçait. Ce parti, cette organisation, c’était la France insoumise. De l’extrême droite au Parti socialiste, et même au-delà au début, tous nous ont accusés d’antisémitisme et de soutien au terrorisme. Le simple fait d’utiliser le mot “génocide” a déclenché une campagne hystérique qui rappelait celle menée aux États-Unis sous McCarthy. Les étudiants qui occupaient leurs universités ont été réprimés. » (…)

Après avoir informé le congrès de la tenue de la conférence internationale contre la guerre la semaine précédente à Londres, il a indiqué que « pour ma part, je suis convaincu que c’est la mobilisation des peuples, des peuples contre leurs gouvernements, qui mettra fin à la barbarie et ouvrira une voie de sortie. Et je crois que le mouvement syndical a une énorme responsabilité dans ce combat ».

Ramzy Baroud, rédacteur en chef de Palestine Chronicle

Dans sa dernière intervention, il a déclaré : « En œuvrant au démantèlement de cette structure coloniale obsolète et brutale, héritée du XIXe siècle, nous nous efforçons de libérer l’humanité tout entière d’un système qui, dans notre monde moderne, est encore autorisé à commettre des génocides, à violer le droit international en toute impunité et à détruire des vies humaines sans se soucier de quiconque, à l’exception du gouvernement sioniste lui-même.

Quittons cette table ronde aujourd’hui non pas en recherchant des compromis diplomatiques ou des projets théoriques, mais en renouvelant notre engagement à nous aligner davantage sur la grande majorité du peuple palestinien dans sa lutte quotidienne. Car lorsque la Palestine sera enfin libre, cela signifiera que le monde lui-même aura enfin franchi une étape monumentale vers la dignité humaine universelle. »