« Chaque euro, chaque missile, c’est un euro volé à une école, à un hôpital et à une vie »

Nous publions des extraits de l’intervention de Jordi Salvador Duch, député de la province de Tarragone au nom de la Gauche républicaine de Catalogne, ancien dirigeant du syndicat UGT de Tarragone (Espagne) au meeting de Londres.

(photo Matthew M.)
Par la rédaction d’IO
Publié le 20 juillet 2026
Temps de lecture : 3 minutes

(UGT : Union générale des travailleurs, confédération syndicale espagnole.)

« J’ai une fille et je ne veux pas que ma fille parte à la guerre et je ne veux pas non plus qu’aucune fille ni aucun fils ne partent à la guerre. C’est pour cela, entre autres, que nous sommes ici. Camarades, amis de tous les peuples, en mars 2013, à Tarragone, ma ville, nous avons organisé une grande conférence internationale comme celle-ci, contre la troïka1Terme désignant, notamment pendant la crise grecque de 2015, la Commission européenne, la Banque européenne et le Fonds monétaire international., contre les plans d’austérité et contre la guerre également et le temps nous a donné raison.

La troïka, le capital, les gouvernements complices voulaient nous faire payer leur crise, nous faire reculer de cent ans. Aujourd’hui, ce sont les mêmes, les mêmes personnes, la même logique. (…)

Aujourd’hui, le capital ne traverse pas une crise. Il mène une offensive, une fuite en avant, et son refuge, c’est la guerre. Jean Jaurès l’avait déjà dit il y a plus de cent ans : “Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage”. C’est la guerre en tant qu’activité commerciale, la guerre comme refuge du capital. Ils ne savent plus quoi faire, ils ne savent plus quoi fabriquer, ils ne savent plus comment rivaliser sur ce marché libre auquel ils croyaient tant.

Et où le capital trouve-t-il refuge ? Dans les armes, dans l’industrie militaire, c’est le refuge du capital, c’est une activité commerciale. Transformer nos usines en machines de mort, ils appellent cela “ReArm Europe”, 800 milliards d’euros. Ils appellent cela la sécurité. Ils appellent cela la défense. Moi, j’appelle cela le réarmement, la guerre au service du capital et la guerre contre les peuples. Nous l’avions déjà dit en 2013.

Nous voulons une Europe solidaire des peuples, une Europe contre les guerres, contre toute ingérence, même déguisée en aide humanitaire. Et ils veulent nous convaincre, avec les arguments de l’ennemi de classe, que les armes apportent le progrès, qu’elles créent de bons emplois. C’est faux. Le secteur militaire crée moins d’emplois et des emplois de moins bonne qualité que n’importe quel autre secteur. Ce n’est que de la propagande.

Vous voulez un exemple ? Les incendies ont déjà commencé là d’où je viens. Pour éteindre le feu qui ravage nos forêts, nous disposons de 18 avions. 18 avions. En revanche, nous avons 150 avions de combat pour tuer. Voilà la réalité. C’est là leur priorité. C’est là leur modèle de société. Et pourtant, certains continuent de prétendre que la guerre forme de meilleurs chirurgiens. Tout est bon pour justifier la guerre, même le cynisme le plus obscène. Et quelle est notre responsabilité ?

Tout d’abord, mener le combat chez nous, au sein de nos partis, de nos syndicats, de nos associations. C’est là qu’il faut mener le combat, le mener comme un virus, comme un virus qui se propage. Deuxièmement, pointer du doigt nos propres gouvernements.

On nous dit que les dépenses sociales, les libertés et les dépenses militaires sont compatibles. C’est faux, mille fois faux. Leur attaque est sociale, mais c’est aussi une attaque contre nos libertés et contre la liberté de nos peuples. Les enseignants et les soignants manifestent dans la rue contre le gel de leurs salaires. Dans mon pays, la loi “bâillon”2Loi « bâillon » : loi de « protection de la sécurité publique » pour faire taire la contestation sociale, entrée en vigueur le 1er juillet 2015. n’a pas été abrogée. Pourquoi ? Parce que les responsables de la police s’y sont opposés.

Ils ont adopté une amnistie pour ceux qui ont permis au peuple de Catalogne, mon peuple, de voter. Ils nous ont frappés et nous ont jetés en prison. Ils ont décrété une amnistie, mais les juges franquistes ne l’appliquent pas. Le même gouvernement qui attise la guerre refuse l’asile aux héros qui désertent en Ukraine et en Russie. Vive les déserteurs de la guerre !

Chaque euro, chaque missile, c’est un euro volé à une école, à un hôpital et à une vie. Ils ne doivent servir qu’à une seule chose : multiplier notre capacité d’action. Dans chaque pays, dans chaque usine, dans chaque quartier, il doit y avoir de la résistance. Ils ont des avions. Nous, nous avons les peuples. Ils préparent la guerre. Nous, nous organisons la seule vraie paix. Ni un soldat, ni un euro pour leur guerre. Vive la solidarité internationale des peuples ! Ils ne passeront pas ! No pasaran ! »

Voir la vidéo du meeting de Londres et l’appel