La crise de l’« ordre » mondial
Une fois réélu, Donald Trump avait vanté la signature dans le monde de huit accords de paix réalisés sous son égide prétendait-il, réclamant le Prix Nobel de la paix. Mais la réalité l'a finalement rattrapé...
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Après le cessez-le-feu signé entre l’Iran et les États-Unis, depuis dix jours, ces derniers avaient repris les bombardements massifs sur l’Iran, détruisant des infrastructures énergétiques, des ponts, mais depuis 48 heures les États-Unis ont arrêté les bombardements tout en menaçant de les reprendre.
Pourtant, Trump, dès son premier mandat et lors de la campagne électorale pour son deuxième mandat, s’était réclamé de l’« isolationnisme » américain, c’est-à-dire une politique de non-intervention militaire.
Une fois réélu, il avait vanté la signature dans le monde de huit accords de paix réalisés sous son égide prétendait-il, réclamant le Prix Nobel de la paix. Mais la réalité a finalement rattrapé Donald Trump, et il ne pouvait faire autrement que de s’engager dans des aventures militaires incertaines pour préserver les positions des États-Unis. Le monde est en crise, et cette crise est aussi et avant tout celle des États-Unis.
La disparition de la bureaucratie du Kremlin et de son appareil international, qui jouaient un rôle déterminant dans le maintien de l’ordre, a imposé aux États-Unis de concentrer sur eux-mêmes l’ensemble des tâches de la contre-révolution. L’aide apportée par les partis de la social-démocratie et les restes du stalinisme n’était pas suffisante pour cela. Les tâches de l’ordre mondial sont au-dessus des forces de l’impérialisme américain. C’est pourquoi il a cherché, et continue de chercher désespérément, à se rétablir comme gardiens de l’ordre mondial.
C’était déjà le sens des deux guerres du Golfe, en 1991 et en 2003. En 1991, George H. W. Bush, président des États-Unis, qui avait déclenché la guerre contre l’Irak, avait affirmé que l’objectif était l’établissement d’un « nouvel ordre mondial ». Le résultat, ce sont les nouveaux désordres mondiaux, c’est la dislocation de l’Irak et la transformation du Moyen-Orient en poudrière. Après les attentats du 11 septembre, c’est l’attaque contre l’Afghanistan pour chasser les talibans. Et vingt ans plus tard avec 200 000 morts à la clé, un retrait piteux du pays, en en remettant les clés du pays aux talibans.
Les accords d’Abraham
Trump voulait « régler » dès son premier mandat la situation au Moyen-Orient. C’est ainsi qu’il avait proposé des accords, dits « accords d’Abraham ». Ces accords exigeaient des États arabes de la région la reconnaissance d’Israël en échange de l’aide américaine. L’Égypte et la Jordanie avaient déjà reconnu l’État d’Israël. La proposition de Trump avait entraîné la signature du Maroc, de Bahreïn, des Émirats arabes unis et du Soudan. Donald Trump et les États-Unis faisaient pression pour que l’Arabie saoudite signe les accords d’Abraham, celle-ci n’y était pas opposée. L’objectif était de « stabiliser » la région sous le contrôle américain.
Mais cela n’a pas été le cas. Au contraire, l’offensive génocidaire d’Israël à Gaza et ses répercussions mondiales ont une nouvelle fois souligné que le peuple palestinien était une épine majeure dans le pied de l’ordre mondial impérialiste. Les mobilisations massives dans le monde entier contre le génocide en Palestine ont déstabilisé tout ce processus. Dans ces conditions, l’Arabie saoudite ne pouvait signer les accords d’Abraham. La Syrie, le Liban et naturellement l’Iran et d’autres pays, s’opposaient déjà aux accords d’Abraham. Il fallait donc en finir avec ce que la presse appelait « l’axe de la résistance ».
Pour isoler l’Iran, l’impérialisme américain a accepté de remettre les clés de la Syrie à un chef terroriste d’Al-Qaïda soutenu par l’Arabie saoudite. Au Liban, en liaison avec le gouvernement proaméricain de ce pays, il fallait, avec l’aide de l’armée israélienne, tenter de liquider le Hezbollah, pour faire accepter à ce pays les accords d’Abraham. Au bout du compte, cette spirale a entraîné l’impérialisme américain à déclencher la guerre contre l’Iran (avec le soutien d’Israël et de l’Arabie saoudite), pour tenter d’en finir avec ce régime qui est un obstacle à la « Pax Americana » dans la région et une menace pour Israël et l’Arabie saoudite.
La crise impérialiste s’aggrave
L’impérialisme américain avait sous-estimé les capacités de résistance de l’Iran et surtout avait surestimé ses propres forces. La mobilisation massive qui s’est développée contre le génocide à Gaza n’était pas seulement un soutien au peuple palestinien, c’était un mouvement de masse anti-impérialiste qui se dressait à l’échelle mondiale, et dont tous les gouvernements devaient tenir compte les « alliés » européens de Washington étaient déjà confrontés aux conséquences militaires, politiques, économiques de la guerre en Ukraine.
La décision américaine de déclencher la guerre contre l’Iran, sans concertation préalable avec ses « alliés », sans constituer de coalition impérialiste, l’a non seulement isolé de ses alliés naturels européens, mais également de la plupart des pays dans le monde. Mais Macron, en se couchant devant Trump, a envoyé le porte-avions Charles-de-Gaulle dans le Golfe, et Starmer, en offrant à l’aviation militaire américaine les bases britanniques, indiquant la réalité des rapports européens-états-unis. Surtout, cette guerre est entrée comme un facteur aggravant de la crise et de la fracture de la société américaine. Les prises de position contre la guerre, dans les sondages ou même de la part de dirigeants démocrates, indiquent la profondeur de cette crise.
La marche au chaos
L’impérialisme américain s’avère incapable de rétablir « l’ordre », et au contraire accélère les désordres et la marche au chaos. La situation dans le Golfe, et notamment dans le détroit d’Ormuz, a non seulement pour conséquence l’augmentation du prix du pétrole, mais risque de déclencher une crise économique et financière mondiale.
Elle souligne une nouvelle fois l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste en crise et la marche à la dislocation du marché mondial. Dans cette situation, le capital n’a d’autre recours que d’exiger l’augmentation des budgets militaires afin de développer massivement la production d’armement. L’industrie d’armement est la courroie d’entraînement de toute l’économie capitaliste mondiale. La production massive d’armement, l’« économie de guerre » comme ils disent, exige que ces marchandises soient achetées et utilisées pour être renouvelées encore et encore. Le développement de l’industrie d’armement pousse aux guerres. Les guerres locales se multiplient aux quatre coins de la planète et s’internationalisent et se généralisent en guerre à l’échelle mondiale.
À l’agonie, l’impérialisme doit frapper
Dans le viseur de l’impérialisme américain, il y a d’abord et avant tout la Chine. Trump s’avère incapable de faire ce qu’il a dit, à savoir de relocaliser les entreprises délocalisées en Chine. Le capital américain, confronté à la baisse tendancielle du taux de profit, cherche à la contrecarrer en abaissant drastiquement le coût du travail, donc en délocalisant. De plus, Trump essaye d’imposer à la Chine une ouverture de son marché en faisant sauter des normes et droits imposés par les autorités chinoises (d’ailleurs, en juin 2026, les exportations chinoises vers les États-Unis ont bondi de 14 %). Mais pour l’instant il n’y est pas parvenu. La bureaucratie chinoise est prise en étau entre les exigences de l’impérialisme américain et la résistance de centaines de millions de travailleurs chinois qui ne veulent pas voir remis en cause ce qu’ils ont acquis et très fréquemment se mettent en grève et obtiennent satisfaction.
C’est aussi la raison pour laquelle l’impérialisme américain s’attaque avec une brutalité inouïe à ses « alliés » européens. Il a tout d’abord mis en cause l’attitude de ces pays dans l’OTAN en exigeant d’eux qu’ils paient à la place des États-Unis les dépenses de l’OTAN. Comme l’avaient déjà fait Obama et Biden, il exige que les pays européens montent leur budget militaire à 5 % de leur PIB, au profit de l’industrie d’armement américaine qui est prioritaire dans le cadre de l’OTAN. Après avoir tenté et échoué à établir un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine, Trump a déclaré que c’était aux Européens de s’en occuper, et surtout, aux Européens de financer la guerre en Ukraine. C’est ainsi que le Parlement européen obéissant a décidé d’allouer 90 milliards d’euros à la guerre en Ukraine. Mais pour Trump, cela ne suffit pas. C’est pourquoi il a décidé d’augmenter massivement les taxes sur les exportations de produits européens vers les États-Unis.
Une fracture mondiale
La fracture aux États-Unis est une fracture mondiale ; tous les gouvernements impérialistes sont en crise, tous les appareils attachés à l’ordre capitaliste sont en crise, tous les pays de ce que la presse appelle le « Sud global » sont également en crise sous des formes propres mais dont le contenu est le même la crise générale du système capitalisme. L’ensemble des gouvernements se trouvent confrontés à une résistance et y répondent par la répression, la guerre et en profitent pour lancer une offensive d’ampleur contre les conquêtes et les droits des travailleurs ; les mobilisations massives sur Gaza ont ouvert un nouveau stade de résistance.
Bien évidemment, les mobilisations sur Gaza exprimaient la solidarité avec le peuple palestinien, mais elles allaient au-delà : c’était le sentiment partagé à l’échelle de toute la planète : « C’est eux ou nous », exprimant le rejet de la barbarie impérialiste. Les partis de la social-démocratie et les restes minoritaires du stalinisme cherchent à défendre le cadre des États bourgeois, mais cela ne fait qu’accentuer la crise de disparition de ces partis et leur rejet par les plus larges masses. Toutes les représentations politiques sont en train de craquer, en Europe et aux États-Unis, où se dégagent des forces sur un terrain de rupture avec l’ordre établi. Mais ces processus de différenciation s’opèrent également en Afrique, en Asie et en Amérique latine sous une forme propre à chacun des continents.
L’impérialisme est en bout de course. Mais cela ne signifie pas qu’il va disparaître rapidement et naturellement. Pour se survivre l’impérialisme porte des coups d’une extrême violence contre les travailleurs et les peuples car il n’entend pas céder la place. Pour chasser ce régime de la propriété privée des moyens de production cela exige une action consciente et organisée des travailleurs et des peuples. C’est pourquoi la lutte contre la guerre est inséparable de la lutte contre l’impérialisme, contre les gouvernements impérialistes et contre toutes les institutions internationales de l’impérialisme.
New York Times (26 juillet) Trump renonce à une escalade majeure contre l’Iran alors que ses conseillers expriment leurs inquiétudesL’une de ces inquiétudes est que l’intensification des hostilités pourrait épuiser dangereusement les stocks déjà réduits de munitions de défense aérienne au Moyen-Orient. M. Trump et ses principaux conseillers s’inquiètent également de la perspective d’une guerre qui s’étendrait au Moyen-Orient, de l’éloignement d’alliés clés du Golfe vulnérables |
