« Nous avons lancé une campagne intitulée “Des salaires, pas des armes” et nous avons réussi »
Dans son intervention au meeting international de Londre contre la guerre, le 20 juin dernier, Jo Grady, secrétaire générale du syndicat britannique University and College Union, relate comment son syndicat est intervenu au congrès du TUC (la confédération syndicale britannique).
- Actualité internationale, Meeting de Londres

Le syndicat dirigé par Jo Grady, UCU (syndicat des univeristaires britanniques) a présenté la motion « Des salaires, pas des armes », adoptée à l’unanimité, lors du congrès du TUC de l’année dernière.(TUC : Trades Union Congress, organisation fédératrice des syndicats britanniques).
« Je suis très fière d’être la secrétaire générale du University and College Union. Nous représentons plus de 120 000 travailleurs de l’éducation dans les établissements d’enseignement supérieur, les universités, la formation pour adultes et les programmes éducatifs en milieu carcéral. Nous sommes tous unis contre la machine de guerre et notre rassemblement ne pouvait pas avoir lieu à un moment plus crucial.
Il n’y a pas un coin du monde où des guerres ne font pas déjà rage, où la rivalité impérialiste ne menace pas d’en déclencher d’autres. Et pendant ce temps, les travailleurs et les gens ordinaires partout dans le monde subissent de plein fouet les conséquences d’un système économique défaillant.
Ici, en Grande-Bretagne, ces dernières semaines, les gros titres ont été accaparés par des responsables du Parti travailliste qui nous répètent que nous ne consacrons pas assez d’argent à l’armée, que nous devons nous armer jusqu’aux dents et nous préparer à la guerre, que Keir Starmer devrait réduire encore davantage les dépenses consacrées à l’éducation et aux services publics, pour les réorienter vers les bombes, les avions de chasse et la misère. Mes amis, ils vivent dans un monde imaginaire, ils sont tellement grisés par leur propre propagande de guerre qu’ils ne pourraient pas être plus déconnectés de la réalité.
Mais pour nous, le mouvement ouvrier, les droits du peuple, la dignité du peuple, ne peuvent pas être relégués au second plan. Nous, dans le mouvement syndical, le voyons clairement, nous constatons les réalités auxquelles sont confrontés nos membres. Nous constatons, notamment au Royaume-Uni, des attaques sans précédent contre nos universités. Nos universités, qui faisaient autrefois l’envie du monde entier, voient aujourd’hui des dizaines de milliers d’emplois menacés, nous voyons des départements entiers risquer d’être supprimés.
Des disciplines universitaires disparaissent, le gouvernement travailliste ne fait rien. Et pourtant, la semaine dernière, mes amis, un miracle s’est produit. Le gouvernement travailliste a soudainement trouvé des dizaines de millions de livres, 80 millions de livres, pour être exact. Mais ce n’était pas pour sauver des emplois.
Ce n’était pas pour sauver des départements menacés de fermeture. Ce n’était pas pour libérer les étudiants d’une vie d’endettement. Non. C’était pour renforcer l’industrie de la défense britannique. Et voilà la vérité mise à nu. Il n’y a jamais d’argent pour le personnel, les étudiants, nos établissements d’enseignement supérieur ou nos universités, mais dès qu’il s’agit de l’armée, l’argent coule à flots.
L’année dernière, dans notre syndicat, le UCU – il y a des banderoles partout dans cette salle – nous avons déclaré que nous en avions assez. Nous avions honte que la position officielle du TUC, la confédération des syndicats britanniques, qui représente plus de six millions de travailleurs, soit, mes amis, que nous, en tant que mouvement syndical, devions soutenir sans réserve l’augmentation des dépenses militaires, que nous devions soutenir le keynésianisme militaire.
Les membres du UCU, nos militants, ont exigé que notre syndicat change cela, nous avons donc présenté une résolution au TUC. Nous avons lancé une campagne intitulée “Des salaires, pas des armes” pour renverser cette position et replacer notre mouvement du bon côté de l’histoire. Et, mes amis, nous avons réussi.
La position du mouvement syndical britannique est claire. Nous ne nous laisserons pas acheter par leurs machines de guerre. Notre priorité, ce sont les salaires et le bien-être, pas les armes ni la guerre, et je suis vraiment ravie de vous annoncer ici aujourd’hui que nous allons poursuivre cette campagne. Au cours des prochains mois, nous présenterons à nouveau cette campagne au TUC en septembre avec une résolution qui pose les questions que notre gouvernement ne se pose jamais.
Que défendons-nous ? Quand un pays est en ruine, quand il ne reste plus aucune université debout, quand nos services publics sont à genoux, pour défendre véritablement notre pays, nous devons refuser de céder au déclin. Pour défendre véritablement notre pays, cela signifie investir dans notre système de santé public, cela signifie reconstruire nos services publics, cela signifie offrir à la population des logements décents et abordables ainsi que des emplois sûrs, et cela signifie que nous devons être clairs en tant que mouvement syndical : nous ne voulons pas d’emplois à n’importe quel prix, et nous ne voulons pas que nos jeunes soient enrôlés de force.
Et je terminerai très rapidement par ces mots. Le bien-être social, pas la guerre ; les salaires, pas les armes ; la solidarité, et une Palestine libre ! »
