« Tandis que le Royaume-Uni continue de vendre des armes à Israël, il criminalise celles et ceux qui manifestent contre le génocide »
Nous publions des extraits de l’intervention de Daniel Kebede, président du syndicat d’enseignants NEU (Grande-Bretagne) au meeting contre la guerre qui s’est tenu à Londres le 20 juin.
- Actualité internationale, Meeting Londres

« C’est un immense plaisir d’être parmi vous à cette conférence historique, où des milliers d’entre nous se sont réunis de toute l’Europe pour réclamer la paix pour tous les peuples.
Nous sommes au bord d’un précipice. Le niveau des conflits dans le monde est aujourd’hui le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale, et le dirigeant de la Maison-Blanche veut encore davantage de guerres, menaçant de nouveaux conflits en Amérique latine, en particulier contre Cuba, allant même jusqu’à menacer d’annexer le Groenland. Nous ne pouvons pas compter sur nos responsables politiques pour créer et préserver les conditions de la paix. Cette responsabilité nous incombe.
Sans la voix et l’action des travailleurs et des travailleuses ordinaires, la paix que nous souhaitons tous sera facilement étouffée par les tambours de la guerre. Financées par des coupes dans la protection sociale, les services publics et l’aide au développement, les dépenses militaires mondiales ont atteint en 2025 le niveau record de 2 900 milliards de dollars, marquant la onzième année consécutive de hausse.
Réorienter ne serait-ce qu’une petite partie de ces dépenses permettrait de répondre à des défis essentiels du développement. Par exemple, le coût d’un seul avion de combat furtif permettrait de financer une année de scolarisation pour 200 000 enfants.
Nous voulons la protection sociale, pas la guerre. Nous réclamons des livres scolaires, pas des bombes. Car chaque guerre est une guerre contre les enfants.
Près de quatre ans et demi après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les enfants, les familles et les personnels de l’éducation continuent de subir les conséquences dévastatrices de ce conflit. Des centaines d’enfants ukrainiens ont été tués, des milliers blessés et des millions déplacés. Plus de 1 700 écoles ont été endommagées ou détruites, et 4,6 millions d’enfants peinent à accéder à l’éducation, contraints de suivre leurs cours en ligne ou dans des stations de métro transformées en abris.
Malgré ces difficultés, les enseignants, les personnels éducatifs et leurs syndicats continuent de faire vivre l’éducation. Et le NEU (National Education Union) exprime sa solidarité avec le Syndicat des travailleurs de la science et de l’éducation d’Ukraine ainsi qu’avec le peuple ukrainien.
Au début de cette semaine, la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques a publié un rapport documentant les attaques contre l’éducation au cours de l’année écoulée, bien au-delà de l’Ukraine. Ses conclusions sont une tache sur notre conscience collective.
Plus de 8 500 attaques contre l’éducation ont été recensées, un niveau jamais atteint auparavant. 2 400 attaques visant des élèves et des enseignants ont été enregistrées en Palestine. À Gaza, c’est un véritable scolasticide : des écoles détruites ou bombardées ; en Cisjordanie, des établissements attaqués.
De vastes zones scolaires ont été détruites dans le sud du Liban, et plus d’un demi-million d’enfants d’âge scolaire ont été déplacés depuis le mois de mars. En Iran, 150 civils ont été tués lors du bombardement d’une école de jeunes filles. Au Nigeria, au Soudan et en République démocratique du Congo, des élèves et des enseignants ont été enlevés. En Colombie, le pays le plus dangereux au monde pour les enseignants syndicalistes, des enseignants ont été assassinés. (…)
Et qu’en est-il de celles et ceux qui se lèvent pour protester contre ces guerres et ces atrocités ? Nous avons vu se développer un puissant mouvement de solidarité avec la Palestine. Mais ce mouvement s’est heurté à la brutalité, à la répression et à la criminalisation.
Nous avons tous été témoins des violences commises par l’armée israélienne contre les participants de la Global Sumud Flotilla, dont le seul “crime” était de vouloir acheminer de l’aide humanitaire vers Gaza. Nos amis Ben Jamal et Chris Nineham, deux responsables très respectés de la société civile, ont fait appel de leur condamnation à la suite de la manifestation pacifique de solidarité avec la Palestine de janvier 2025. (…)
Alors, camarades, une immense tâche nous attend. Mais cette conférence, comme celle de Paris avant elle, a montré qu’ensemble nous sommes bien plus que la somme de nos forces individuelles. Partout en Europe, l’opposition à la militarisation grandit. Partout en Europe, la contestation des attaques contre le niveau de vie des travailleurs progresse. Ensemble, nous pouvons gagner la paix. Grâce à la solidarité internationale, nous l’emporterons. »
