Algérie : Feux de forêts, l’urgence d’une stratégie nationale

Lu dans le journal algérien Fraternité : « Chaque été, le même scénario semble se répéter. Les températures grimpent, les vents se lèvent, la végétation desséchée devient un véritable combustible et, soudain, les premières colonnes de fumée apparaissent à l’horizon. »

Incendie près de la ville d’Al Hachimia, province de Bouira, Algérie, le 21 juillet 2026. (AFP)
Par Yahia M.
Publié le 9 août 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Chaque été, le même scénario semble se répéter. Les températures grimpent, les vents se lèvent, la végétation desséchée devient un véritable combustible et, soudain, les premières colonnes de fumée apparaissent à l’horizon. En quelques minutes, un simple départ de feu peut se transformer en un gigantesque incendie capable de ravager des centaines d’hectares de forêts en un court laps de temps, de menacer des villages entiers et de plonger des milliers de familles dans l’angoisse.

Ces derniers jours (…) plusieurs régions du nord du pays, ont une nouvelle fois été confrontées à des incendies de forêt parfois d’une rare intensité. Des premières victimes sont signalées. Six morts ont été enregistrées selon l’ENTV (établissement national de télévision, Ndlr), le 21 juillet.

Comme témoin oculaire, j’ai vécu ces journées où la fumée envahit les villages, où les habitants observent avec inquiétude les flammes gagner les crêtes, où les routes sont parfois coupées et où chaque appel téléphonique suscite la même question : le feu est-il arrivé jusqu’au village ?

Cette angoisse est devenue le quotidien de milliers de familles. Derrière les images spectaculaires (…) , il y a des agriculteurs qui voient leurs oliveraies partir en fumée, des apiculteurs qui perdent des centaines de ruches, des éleveurs qui perdent leur cheptel, des enfants et familles meurtris et traumatisés.

Des chiffres qui interpellent

Les bilans publiés quotidiennement par la Protection civile traduisent l’ampleur des dégâts et des menaces. (…)  Au 15 juillet, 932 incendies avaient été recensés depuis le 8 juillet, dont 913 avaient été totalement maîtrisés grâce à une mobilisation exceptionnelle des unités de la Protection civile et la mobilisation des citoyens.

Quelques jours plus tard, le 18 juillet, la Protection civile annonçait avoir traité 154 incendies en seulement vingt-quatre heures, parmi lesquels 70 incendies de forêts, broussailles, maquis, récoltes et palmeraies. Plus de 138 foyers avaient pu être éteints, tandis que plusieurs autres restaient sous surveillance.

Les épisodes dramatiques de 2021 (Kabylie) et des années suivantes ont déjà démontré que les incendies constituent désormais un véritable défi national, aggravé par les changements climatiques, mais surtout en raison du manque de moyens matériels et humains, des structures presque en charge de la prévention et de la lutte contre les feux de forêt.

Le courage des femmes et des hommes de terrain

Au milieu de ce chaos, une réalité s’impose : l’engagement exceptionnel des équipes mobilisées. Les éléments de la Protection civile affrontent les flammes parfois durant plusieurs dizaines d’heures sans interruption. Les agents des conservations des forêts connaissent chaque massif, chaque piste, chaque relief. Les unités de l’armée nationale populaire, de la gendarmerie nationale, de la sûreté nationale, et les services locaux participent également aux opérations selon les besoins. (…) Il serait injuste de passer sous silence l’engagement extraordinaire des habitants des villages.

(…) J’ai vu des jeunes gravir les montagnes avec des pelles, des pioches, des branches ou de simples seaux d’eau. J’ai vu des agriculteurs, mettre leurs tracteurs, leurs citernes et leurs motopompes à disposition des secours. J’ai vu des femmes préparer des repas, distribuer de l’eau fraîche et accueillir les familles évacuées (…) . Surtout, j’ai vu cette image qui résume à elle seule l’esprit de solidarité de notre région : les habitants combattant les flammes épaule contre épaule avec les éléments de la Protection civile, les gardes forestiers et les autres intervenants, dans un climat de fraternité et de solidarité.

Cette mobilisation populaire ne remplace évidemment pas les moyens techniques indispensables. Elle ne doit jamais exposer inutilement les citoyens au danger.

Une lutte héroïque… mais avec des moyens encore insuffisants

Dans ces situations, chaque minute compte. L’expérience montre qu’une intervention aérienne rapide dès les premiers départs de feu permet souvent d’éviter qu’un incendie ne devienne incontrôlable. (…)  L’Algérie dispose aujourd’hui d’avions bombardiers d’eau et d’hélicoptères mobilisés chaque été. Mais l’évolution du phénomène climatique impose sans aucun doute un renforcement significatif de cette flotte.

L’acquisition d’un nombre plus important d’avions spécialisés, de type Canadair ou d’appareils équivalents de dernière génération, constituerait un investissement stratégique.

Prévenir avant de combattre

La véritable bataille contre les incendies commence bien avant l’été.

Dès le printemps, un vaste programme national devrait être systématiquement renforcé autour de plusieurs axes : entretien des pistes forestières, ouverture de nouveaux accès pour les secours, débroussaillage autour des villages, création de pare-feu, multiplication des réserves d’eau, installation de caméras de détection précoce, recours accru aux drones de surveillance, sensibilisation des citoyens et formation de réseaux de volontaires.

Pour cela, il faut repenser la stratégie nationale de prévention et de luttes contre les incendies. Rappelons que le Parti des travailleurs a régulièrement milité pour doter les collectivités locales (communes et wilayas) de parcs d’intervention urgente avec des moyens matériels et humains conséquents et renforcer le nombre d’antennes de la protection civile.

Pour cela, il faut allouer des budgets à la hauteur des efforts titanesques nécessaires pour sauver les vies humaines. (…)