Allemagne : « Les riches veulent la guerre, les jeunes veulent un avenir ! »

Ronja Fröhlich à la tribune de la conférence syndicale pour la paix, à Würzburg, les 25 & 26 juillet 2026. (Matthew M.)
Par Discours de Ronja Fröhlich de l'Alliance munichoise « Non à la conscription »
Publié le 11 août 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Lors de la séance de clôture internationale de la 4e Conférence syndicale pour la paix, qui s’est tenue le 25 juillet à Würzburg (Allemagne), Ronja Fröhlich, de l’Alliance munichoise « Non à la conscription », a plaidé pour l’union de la lutte des jeunes contre la conscription et la militarisation avec la lutte syndicale contre l’offensive générale du gouvernement fédéral allemand.

« En juillet 1956, la conscription fut rétablie en Allemagne. Quelques semaines avant cette décision, Bertolt Brecht écrivait dans une lettre ouverte au Bundestag : “Permettez-moi, en tant qu’écrivain, de commenter la question effrayante du rétablissement de la conscription. Dans ma jeunesse, la conscription existait en Allemagne, et une guerre éclata, qui fut perdue. La conscription fut abolie, mais, devenu adulte, j’ai assisté à son rétablissement, et une seconde guerre, plus vaste que la première, fut déclenchée. L’Allemagne la perdit à nouveau, et plus définitivement encore, et la conscription fut abolie une fois de plus. (…)  Aujourd’hui, à l’aube de la vieillesse, j’apprends que la conscription va être rétablie pour la troisième fois. Contre qui cette troisième guerre est-elle prévue ? Contre les Français ? (…) Contre les Russes ?” 

Aujourd’hui, la majorité des jeunes de ce pays partagent l’inquiétude de Brecht face au rétablissement du service militaire obligatoire.

« Ni tuer, ni être tué »

Nous ne voulons pas mourir à la guerre ni être entraînés à manier les armes pour tuer.

Nous ne voulons pas que le libre épanouissement de nos personnalités, jusqu’ici limité par les moyens financiers de nos parents, se résume à (…) un service militaire obligatoire.

Et comme Brecht à son époque, nous nous demandons : contre qui devons-nous faire la guerre ? Pour qui et dans l’intérêt de qui la conscription est-elle réintroduite ?

On nous dit que c’est pour notre sécurité à tous, pour notre défense. Même une simple vérification des faits le prouve : c’est absurde.

En mai dernier, Greenpeace a publié une étude comparant les capacités militaires des États européens membres de l’OTAN et de la Russie, dressant un constat sans appel : dans presque tous les domaines, les États européens membres de l’OTAN sont au moins trois fois supérieurs. Le retard technologique de la Russie en matière d’armement est, dans de nombreux domaines, impossible à combler en une décennie.

Il ne s’agit pas (…) de défense, mais de capacité de guerre. La conscription fait partie de cette préparation à la guerre. Et même si on nous répète le contraire chaque jour : les jeunes de ce pays ont montré, par les grèves scolaires contre la conscription, qu’ils savent que ce n’est pas dans leur intérêt lorsque Manfred Weber (chef du groupe de la droite au Parlement européen, Ndt) appelle à une économie de guerre, que Markus Söder (dirigeant démocrate-chrétien en Bavière, Ndt) déclare : “Nous nous réarmons complètement”, et que Friedrich Merz (l’actuel chancelier, Ndt) explique : “Quoi qu’il en coûte”. (…)

Ce ne seront pas leurs enfants qui mourront à la guerre, au final. Ce sera nous. “Les riches veulent la guerre, les jeunes veulent un avenir !”  a résonné dans les villes d’Allemagne lors des grèves scolaires contre la conscription, scandé par plus de 50 000 jeunes. Avec ces grèves, nous nous unissons contre la tentative du gouvernement fédéral de nous endoctriner. Notre refus de la conscription dépasse le simple désir individuel de ne pas mourir à la guerre. (…) Nous voulons que personne ne meure à la guerre, et la conscription, en tant que composante de la militarisation de la société dans son ensemble, contredit fondamentalement ce principe. C’est pourquoi nous protestons contre le service militaire et pour une politique qui privilégie la paix, la désescalade et le désarmement.

Dans de nombreux endroits, nous, jeunes syndiqués, manifestons au sein des alliances “Non à la conscription” :

– pour des milliards pour l’éducation, de meilleurs apprentissages, le climat et notre avenir – au lieu de milliards pour la guerre ;

– contre la présence des forces armées allemandes dans les écoles et le recrutement de mineurs (…).

Mais pourquoi vous parler des perspectives des grèves scolaires ici, à la conférence syndicale pour la paix ? Parce que la lutte des étudiants contre le service militaire et tout travail obligatoire est directement liée à la lutte nécessaire des syndicats contre le réarmement, les politiques d’austérité et l’érosion de la démocratie. (…)

Ils ont réussi à détruire ce pays pour servir les intérêts d’une poignée de super-riches, à tel point qu’à l’école, on craint que les murs ne s’effondrent sur nous ; que l’état du système de santé nous fait redouter de tomber malade. Plus personne de mon âge n’espère sérieusement toucher une pension, et plus de 80 % des jeunes ont peur de la guerre. Proposer un service civil de remplacement revient à restreindre notre autonomie, le tout pour un salaire dérisoire et sans remédier à la pénurie de professionnels qualifiés dans le secteur social et celui de la santé. Si ceux qui sont au pouvoir voulaient résoudre cette pénurie de main-d’œuvre qualifiée qu’ils ont eux-mêmes provoquée, ils devraient créer de meilleures conditions de travail et rémunérer correctement les travailleurs qualifiés, et non instaurer un service obligatoire. Nous ne serons pas exploités comme main-d’œuvre à bas coût ni utilisés pour tirer les salaires vers le bas ! C’est pourquoi le congrès de la DGB (confédération syndicale allemande, Ndt), à l’initiative de la jeunesse de la DGB, a adopté la résolution suivante : “La DGB rejette le rétablissement de la conscription et du service civil, ainsi que l’instauration d’autres services obligatoires pour les jeunes. Les dispositifs légaux existants imposant un service obligatoire ou des obligations de travail doivent être abolis. Nous rejetons également toute forme de conscription. Chers collègues, il nous faut maintenant agir concrètement et traduire cette résolution en actions syndicales et sur les lieux de travail.”

Militarisation et destructions sociales

(…) Dans une société où tout est peu à peu subordonné à la guerre, il existe pourtant d’autres facteurs qui nous unissent. Le revers de la militarisation, c’est la politique de destruction massive : les retraites sont réduites, l’éducation est sabrée dans les dépenses, les écoles tombent en ruine, les amphithéâtres s’effondrent, les hôpitaux sont transformés en hôpitaux de campagne. Les salaires réels diminuent tandis que les profits de Rheinmetall et d’autres entreprises augmentent. Quiconque souhaite lutter contre ce phénomène ne peut rester silencieux face aux préparatifs de guerre. Ce sont les deux faces d’une même pièce.

Notre protestation contre la conscription, la militarisation et les restrictions sociales, et en défense de nos intérêts, vise ce gouvernement, BlackRock-Merz, et les profiteurs de ce pays qui s’enrichissent à nos dépens. (…) Lors de la grève scolaire du 8 mai à Munich, une étudiante a été expulsée de force de la manifestation alors qu’elle brandissait une pancarte peinte à la main où l’on pouvait lire : “Merz, meurs toi-même sur le front de l’Est”. La police a frappé les étudiants grévistes à coups de matraque. Ces faits ont été précédés d’une campagne de diffamation médiatique sur les ondes de la radio bavaroise.

« Établir ce lien concret entre la grève scolaire contre la conscription et les manifestations sociales des syndicats »

Chers collègues, aujourd’hui, c’est la liberté d’expression et de réunion des étudiants qui est restreinte ; demain, ce sera la liberté syndicale et la liberté des salariés sur leur lieu de travail. (…) Aujourd’hui, ce sont les grèves scolaires qui sont interdites et réprimées violemment ; demain, ce sera notre droit de grève qui sera attaqué et bafoué.

(…) Dans cette lutte commune contre la conscription, la répression éveille aussi les consciences chez de nombreux jeunes. Ils prennent conscience de l’existence d’intérêts fondamentalement opposés au sein de cette société. C’est pourquoi des dizaines de milliers de jeunes dans ce pays clament sans cesse : “Les riches veulent la guerre, la jeunesse veut un avenir !” (…)

Pour conclure, je voudrais donner un exemple concret de ce à quoi peut ressembler cette lutte commune : la prochaine grève scolaire nationale contre la conscription aura lieu le 25 septembre. Les membres des syndicats devraient être présents à chaque rassemblement dans toute l’Allemagne et prononcer des discours de solidarité. Mais nous pouvons commencer avant même la grève : en envoyant des courriels aux membres pour les informer de la grève scolaire. (…) J’ai le plaisir d’annoncer qu’à Munich, le GEW (syndicat des travailleurs de l’éducation et de la science) soutient également le mouvement d’objection de conscience de l’alliance “Non à la conscription”. Je souhaite appuyer cet appel à d’autres et souligner que l’objection de conscience fait partie intégrante de notre protestation contre la conscription et la renforce.

Le lendemain, 26 septembre, la confédération allemande des syndicats DGB organise des manifestations nationales contre les mesures d’austérité. Invitez les comités de grève scolaire et les alliances contre la conscription. Ils seront ravis de vous offrir les plus beaux discours de solidarité ! Imaginez un peu : si les étudiants de toute l’Allemagne rajeunissaient les manifestants de dix ans, découvraient les syndicats et que nous nous joignions tous à la lutte ! Les étudiants grévistes d’aujourd’hui sont les travailleurs grévistes de demain.

Chers collègues, si nous parvenons à établir ce lien concret entre la grève scolaire contre la conscription et les manifestations sociales des syndicats, nous aurons posé des bases essentielles pour unir les mouvements ouvriers et pacifistes. Des bases essentielles pour organiser un mouvement antimilitariste dans ce pays, capable de s’opposer fermement à la conscription et à la militarisation, à l’érosion de la démocratie et aux politiques d’austérité de ce gouvernement. Alors, unissons nos efforts ! Luttons ensemble dans la rue, le 25 septembre lors de la grève scolaire contre la conscription et le 26 septembre lors des manifestations sociales ! »