Conférences de Zimmerwald (1915) et de Kienthal (1916) : Le combat contre la guerre et pour l’Internationale
Après le vote des crédits de guerre et la faillite de la IIe Internationale, des militants opposés à la guerre – internationalistes, sociaux-démocrates et pacifistes – vont, se réunir à Zimmerwald, en septembre 1915, puis à Kienthal, en avril 1916 contre la guerre impérialiste.
- Histoire, Kienthal, Zimmerwald

| Après le vote des crédits de guerre, et donc la faillite de la IIe Internationale, des militants de l’Internationale opposés à la guerre, pour certains internationalistes et posant le problème de la construction d’une nouvelle Internationale, pour d’autres sociaux-démocrates contre la guerre mais pas partisans d’une nouvelle Internationale, et des pacifistes, vont, en pleine guerre impérialiste, se réunir à Zimmerwald, en Suisse, en septembre 1915, puis à Kienthal, en avril 1916. La conférence de Zimmerwald va adopter un manifeste qui est un compromis entre les positions des uns et des autres, mais qui marque un pas en avant contre la trahison des dirigeants de la IIe Internationale (on peut trouver les documents de ces deux conférences dans La Lettre de La Vérité n° 1149, 23 juillet 2026). |
Lénine et Trotsky sur la conférence de Zimmerwald
« L’organisation même de la conférence fut à la charge de Grimm, leader socialiste de Berne, qui s’efforça alors de s’élever au-dessus du niveau bourgeois de son parti, au-dessus de son propre niveau. Il prépara pour les réunions un local à dix kilomètres de Berne, dans le petit village de Zimmerwald, qui domine de haut la ville. Les délégués prirent place, en se serrant, dans quatre voitures, et gagnèrent la montagne. Les passants considéraient avec curiosité ce convoi extraordinaire. Les délégués eux-mêmes plaisantaient, disant qu’un demi-siècle après la fondation de la Première Internationale, il était possible de transporter tous les internationalistes dans quatre voitures. Mais il n’y avait aucun scepticisme dans ce badinage. Le fil de l’histoire casse souvent. Il faut faire un nouveau nœud. C’est ce que nous allions faire à Zimmerwald » (Léon Trotsky, Ma vie, éd. Gallimard, collection Folio, 1973, p. 296).
Dans un texte préparatoire à cette conférence rédigé par Lénine (…) , celui-ci revient sur le cadre politique qu’il entend défendre :
« La guerre actuelle a été engendrée par l’impérialisme. Ce stade, atteint par le capitalisme, est son stade suprême. Les forces productives de la société et l’importance du capital ont grandi au-delà des limites étroites des différents États nationaux. D’où la tendance des grandes puissances à asservir d’autres nations, à conquérir des colonies, en tant que sources de matières premières et débouchés pour l’exportation des capitaux. Le monde entier devient un organisme économique unique ; le monde entier est partagé entre une poignée de grandes puissances. Les conditions objectives du socialisme sont parvenues à une maturité complète, et la guerre actuelle est une guerre des capitalistes pour des privilèges et des monopoles susceptibles de retarder la faillite du capitalisme » Lénine, « Projet de résolution des social-démocrates de gauche pour la première conférence socialiste internationale », (Œuvres, tome 21, Éd. sociales, 1985, p. 357). (…)
Revenant sur les conditions politiques de la conférence, Léon Trotsky précise ainsi les enjeux :
« Les journées de la conférence (du 5 au 8 septembre 1915) furent orageuses. L’aile révolutionnaire, à la tête de laquelle se trouvait Lénine, et le groupe pacifiste au-quel appartenait la majorité des délégués réussirent difficilement à s’entendre sur un manifeste commun dont j’élaborai le projet. Le manifeste ne disait pas tout ce qu’il aurait fallu dire, loin de là. Mais il marquait tout de même un grand pas en avant. Lénine s’était tenu à l’extrême flanc gauche. Sur bon nombre de questions, il se trouva seul dans cette gauche à laquelle je n’appartenais pas formellement, bien que je fusse proche d’elle sur toutes les questions essentielles. C’est à Zimmerwald que Lénine tendit fortement le ressort pour une future action internationale. Dans ce petit village de la montagne suisse, il posa les premières pierres de l’Internationale révolutionnaire » (L. Trotsky, Ma vie, op. cit., pp. 296-297).
C’est le 11 octobre 1915, que Lénine publie dans le journal Le Social-démocrate n° 45-46, un article qu’il titre « Un premier pas ». Il précise, dès la première ligne de l’article, le contenu de la rupture opérée :
« Dans cette période de crise extrêmement grave provoquée par la guerre, le mouvement socialiste international se développe lentement. Il se développe néanmoins, et ce dans le sens d’une rupture avec l’opportunisme et le social-chauvinisme. La conférence socialiste internationale de Zimmerwald (Suisse), qui s’est tenue du 5 au 8 septembre 1915, l’a clairement montré. (…) » (Lénine, op. cit., p. 397). (…)
Lénine interroge :
« Notre comité central devait-il signer ce manifeste qui pèche par son inconséquence et sa timidité ? Nous pensons que oui. Notre désaccord – je ne parle pas seulement du comité central mais aussi de toute la gauche internationale, marxiste révolutionnaire, de la conférence – est consigné ouvertement dans une résolution spéciale, dans un projet de manifeste spécial, dans une déclaration spéciale au sujet du vote du manifeste de compromis. Nous n’avons pas dissimulé un iota de nos opinions, de nos mots d’ordre, de notre tactique. L’édition allemande de la brochure Le socialisme et la guerre a été distribuée à la conférence. Nous avons répandu, nous répandons et nous continuerons de répandre nos idées aussi largement que sera répandu le manifeste. C’est un fait que ce dernier constitue un pas en avant vers la lutte effective contre l’opportunisme, vers la rupture et la scission avec lui. Ce serait du sectarisme que de renoncer à ce pas en avant avec la minorité des Allemands, des Français, des Suédois, des Norvégiens et des Suisses, quand nous conservons l’entière liberté et l’entière possibilité de critiquer l’inconséquence et de chercher à obtenir davantage. Ce serait une mauvaise tactique de guerre que de refuser de marcher avec le mouvement international grandissant de protestation contre le social-chauvinisme, sous prétexte que ce mouvement est trop lent, qu’il fait “seulement” un pas en avant, qu’il est prêt et disposé à faire demain un pas en arrière et à rechercher une conciliation avec l’ancien bureau socialiste international. (…) » (Lénine, op. cit., pp. 401 à 403).
Extrait de La Lettre de La Vérité, n° 1150, à paraître le 27 août 2026.
Un article de Léon Trotsky paru dans Nache Slovo 3 octobre 1915 (extraits)« La majorité des participants se composait de vieux militants issus des cadres de la II e Internationale. Ces éléments, grâce à des circonstances personnelles, avaient gardé en eux la conscience révolutionnaire et su, dans la catastrophe, se maintenir sur le terrain de la lutte internationale des classes. Mais leur éducation politique les prédisposait plus à combattre le social-nationalisme qu’à admettre de nouvelles méthodes de combat sociale et révolutionnaire. La nouvelle Internationale a besoin de ces témoins des anciennes épreuves, indomptables devant le pouvoir. Mais par-dessus tout, il lui faut trouver de nouveaux adhérents dans la personne des représentants de la jeune génération, qui a rejeté ses ultimes illusions patriotiques sur le champ de bataille, qui se heurtera à la société bourgeoise (…) . Dans ce cas nous sommes en droit de dire : la III e Internationale est devant nous ! » La guerre et la révolution, recueil de textes de Léon Trotsky, éd. Tête de feuilles, 1974, p. 48. |
