Assemblée nationale, les grèves, la rue : grands dangers pour Macron…
Chronique politique
- France

Alors que le « bon peuple » est appelé à suivre au jour le jour le détail de la préparation des funérailles de la reine Elizabeth II, qui occupe – et on comprend pourquoi ! – une grande partie de l’actualité depuis plus de dix jours, une autre partition se joue à l’heure actuelle sur la question des retraites.
La déclaration du chef de l’Etat, lundi 12 septembre, a ravivé les spéculations à ce sujet : « Ira, ira pas ? » s’interroge Le Journal du dimanche (18 septembre). N’en déplaise aux projections du Conseil d’orientation des retraites (Cor), revues très récemment pour l’occasion afin de donner du grain à moudre à Emmanuel Macron pour justifier sa « réforme », le calcul qui est fait par l’exécutif sur cette question est d’abord et avant tout un calcul politique.
« Est-ce qu’en janvier, il sera plus facile de mettre le sujet [des retraites] sur la table ? » (Un conseiller gouvernemental)
Ainsi, le journal patronal Les Echos (19 septembre) fait parler un « ministre de poids » qui résume : « Le président est très déterminé, malgré les diverses alertes qu’il a pu recevoir. Qu’on le veuille ou non, ce sera l’indicateur de notre capacité à réformer. Le faire via le PLFSS [projet de loi de financement de la Sécurité sociale, Ndlr], c’est le plus simple. L’autre option, c’est en février. Qui peut dire que la situation sera plus facile ? » Un conseiller gouvernemental abonde : « Est-ce qu’en janvier, il sera plus facile de mettre le sujet sur la table quand les Français vont voir leur facture d’électricité augmenter et potentiellement des coupures ? »
Qu’il est loin, le temps des considérations techniques et des arguments économiques qui ont prévalu au moment du régime universel de retraite par points sous le premier quinquennat, prétendument destiné à rendre le système plus juste et plus transparent… Aujourd’hui, le chef de l’Etat ne s’embarrasse plus de tels détails pour justifier de s’attaquer aux régimes de retraite : il s’agit finalement de déterminer quel est le moins mauvais moment pour lancer ce dossier hautement inflammable. Et de créer les moins mauvaises conditions pour le faire passer.
François Bayrou opposé au « passage en force »… mais pas au recours au 49.3
C’est là qu’intervient François Bayrou, un des proches d’Emmanuel Macron, qu’il a d’ailleurs lui-même nommé pour la circonstance « secrétaire général du conseil national de la refondation » (CNR). Dans une longue interview au Parisien Dimanche (18 septembre), le président du Modem s’est élevé contre la tentation d’un « passage en force » du chef de l’Etat, sous la forme d’un amendement gouvernemental au PLFSS cet automne1Le PLFSS est prévu en Conseil des ministres le 26 septembre, l’examen en séance publique à l’Assemblée nationale est prévu à partir du 20 octobre.. Cela ne l’empêche pas de déclarer au même moment qu’il ne voit « rien d’infamant » à ce qu’Emmanuel Macron ait recours au 49.32Procédure qui permet au gouvernement de faire passer un texte sans vote à l’Assemblée nationale. pour faire passer, si nécessaire, sa « réforme » des retraites ( Les Echos, idem).
A juste titre, le président de la CFE-CGC3Confédération française de l’encadrement-Confédération générale des cadres., François Hommeril, y a vu un « artifice de communication » qui prend parfois « la forme d’une manipulation » : « Sur un sujet comme ça, qui est aussi “pétatoire”, il faut quand même un peu se méfier de la communication que chacun fait. Regardez un peu ce qu’il se passe. Le bruit court que le gouvernement pourrait passer en force, tout le monde s’inquiète, tout le monde s’énerve, tout le monde y va de sa menace, et tout d’un coup on a un François Bayrou qui dit : “Non non, je ne suis pas d’accord, il faut faire la réforme quand même mais il faut prendre le temps de la discussion.” Je vous fiche mon billet que dans les semaines qui viennent des représentants du gouvernement diront : “On a entendu le message, on va quand même prendre un peu de temps pour discuter mais on va faire la réforme quand même.” » (Franceinfo, 18 septembre.)
Comme l’ensemble de ses homologues, reçus lundi 19 septembre par Olivier Dussopt, ministre du Travail, François Hommeril a réaffirmé tout le mal qu’il pensait de la « réforme » des retraites du chef de l’Etat (cf. ci-contre).
Force est de constater qu’entre les difficultés à venir à l’Assemblée nationale, les grèves qui affleurent (cf. page 7) et la proposition de la marche dans la rue (cf. page 5), Emmanuel Macron aura fort à faire dans les semaines qui viennent.
Une dépêche AFP Paris, 19 sept. 2022 (AFP) – La piste d’une réforme des retraites via le budget de la Sécurité sociale « n’a pas été écartée » lundi lors d’une réunion au ministère du Travail avec les syndicats, qui ont enjoint au gouvernement d’éviter un « passage en force » qui mettrait « le feu dans le pays ». Dialogue de sourds au ministère. Invités à discuter du dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (Cor) publié la semaine dernière, les syndicats n’ont pu que constater leurs désaccords avec un Olivier Dussopt suspecté de « noircir la perspective financière pour légitimer une mesure qui interviendrait rapidement », selon Yvan Ricordeau, négociateur attitré de la CFDT. Au contraire, « il n’y pas le feu dans le système de retraite, donc ne mettons pas le feu dans le pays sur cette question », a-t-il dit. Une position partagée par toutes les organisations présentes. « Il n’y a pas péril en la demeure », affirme ainsi Catherine Perret au nom de la CGT, qui menace par avance de « couper immédiatement toute discussion avec le gouvernement » et de « rentrer dans la confrontation sociale » si une réforme des retraites était intégrée au prochain budget de la Sécurité sociale. A une semaine de la présentation du projet de loi, « cette piste, y compris avec passage par le 49.3, n’a pas été écartée », indique Cyril Chabanier. Pour le leader de la CFTC aussi, un tel « passage en force » mettrait « fin aux concertations » et déboucherait « sur un conflit qui irait sûrement dans la rue » . L’exécutif « nous trouvera sur sa route », prévient Michel Beaugas, chef de file pour Force ouvrière, qui « appellera à la manifestation et certainement à la grève » pour contrer un éventuel recul de l’âge légal ou de la durée de cotisation. « S’ils s’entêtent, il y aura des réactions extrêmement fortes », prédit son homologue de l’Unsa, Dominique Corona, souhaitant que le gouvernement « entende cet avertissement fort, clair et précis ». Ce ne semble pas être le cas pour le moment. « On a senti qu’Olivier Dussopt rodait les éléments de langage pour passer une mesure rapidement », avance le numéro un de la FSU, Benoît Teste. Le patron de la CFE-CGC, François Hommeril, fait la même lecture : « Le ministre nous dit que les déficits à venir vont être terrifiants, et que le seul moyen de les affronter, c’est de demander aux salariés de travailler plus longtemps. » |
