Retraites : suites… et pas fin
Lundi 12 décembre, Emmanuel Macron a annoncé que la présentation de la « réforme » des retraites serait reportée au 10 janvier. Le lendemain, les confédérations syndicales unanimes réaffirment leur opposition à tout allongement de l'âge légal de départ, et leur intention de mobiliser les travailleurs dès le début de l'année.
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La Première ministre, Elisabeth Borne, devait présenter les contours définitifs de la « réforme » des retraites ce jeudi 15 décembre. Une « réforme » d’importance, comme le souligne Le Journal du dimanche (11 décembre) puisque, selon l’hebdomadaire, c’est celle « qui déterminera la suite du mandat présidentiel et, à plus long terme, l’empreinte que laissera ce dernier (Emmanuel Macron, Ndlr) dans l’histoire de la Ve République. En résumé, la plus importante du quinquennat Macron II. »
Lundi 12 décembre, Emmanuel Macron a finalement annoncé que la présentation de la « réforme » serait reportée au 10 janvier. La raison officielle ? Permettre notamment aux nouveaux dirigeants des Républicains et d’Europe écologie-Les Verts « d’échanger avec le gouvernement ».
Qui peut y croire ?
L’éditorialiste des Echos (13 décembre), Cécile Cornudet, aborde quant à elle lucidement les raisons pour lesquelles « l’exécutif a soudain changé de pied » :
Qui dit qu’un mouvement spontané ne partirait pas illico si la réforme paraissait trop dure ? Deux alarmes ont sonné ces dernières semaines, invitant à la prudence. Le pays qui s’emballe sur les coupures de courant en cas de grand froid ; des catégories de la SNCF qui débrayent presque sans préavis.
Signe de fébrilité
Le rejet énorme de la « réforme » (plus de 70 % de la population s’oppose au report de l’âge légal de départ en retraite, selon les enquêtes d’opinion), une colère qui monte face à la hausse vertigineuse des prix, des grèves spontanées sur les salaires (l’éditorialiste du journal patronal Les Echos titre « La crainte des grèves “gilets jaunes” », 7 décembre), l’unanimité des confédérations contre son projet, la crainte d’être à nouveau minoritaire à l’Assemblée1A noter que, s’agissant du soutien des Républicains (LR), les choses s’annoncent plus compliquées que prévu : selon le journal patronal L’Opinion (13 décembre), Olivier Marleix, président des députés LR, « ne soutiendra jamais les 65 ans, trop impopulaires aux yeux des Français. Seul l’âge de 63 ans pourrait trouver grâce à ses yeux. » : voilà les véritables raisons qui poussent Emmanuel Macron à différer d’un mois.
Cette décision de dernière minute ne peut apparaître aux yeux de tous, à commencer par son propre camp, que comme un signe de fébrilité : « Quatre ans qu’on tourne en rond, ça suffit ! On ne fera jamais rien si on continue comme ça ! Je n’aime pas cette façon de donner le sentiment qu’on recule », affirme le sénateur Renaissance François Patriat ( Le Parisien, 13 décembre).
Un autre élu Renaissance, cette fois-ci député, s’inquiète quant à lui du risque de « faire traîner, pour le même niveau d’emmerdements » (idem).
L’appréciation de ce dernier est confirmée par les réactions des centrales syndicales.
« Pour la CFDT, s’il y a le report de l’âge légal, il y aura la même réaction en janvier qu’il y aurait eu en décembre », indique le secrétaire national chargé des retraites, Yvan Ricordeau (Franceinfo, 12 décembre).
De son côté, le secrétaire général de Force ouvrière, Frédéric Souillot, avertit : « La riposte syndicale sera la même. Le projet de loi, on ne le connaît pas mais s’il y a recul de l’âge de départ ou allongement de la durée de cotisation il y aura mobilisation et grèves. Le jour où le gouvernement dit feu, eh bien on fera feu ! » ( Les Echos, idem.)
En différant d’un mois, le chef de l’Etat, loin de régler le problème auquel il est confronté, ne fait que l’amplifier : avant le 10 janvier, après le 10 janvier… les contorsions et les manœuvres de l’exécutif n’y changeront rien. Dans une situation rendue totalement instable par la politique de l’exécutif, tout est possible…
Communiqué intersyndical 24 heures après l’annonce du report de la présentation de la réforme des retraites par Emmanuel Macron, les organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU, Unef, VL, Fage, Fidl, MNL) réagissent en publiant le communiqué suivant. « Retraites : prêts et déterminés »« Le président de la République a annoncé le report de l’annonce de la réforme au 10 janvier 2023. Ce décalage de calendrier ne changera pas l’opposition de toutes les organisations syndicales à tout recul de l’âge légal de départ en retraite. Conformément au communiqué intersyndical du 5 décembre, les organisations syndicales et de jeunesse confirment qu’elles se réuniront dans la foulée de l’annonce de la réforme pour construire une réponse commune de mobilisation interprofessionnelle, dès le mois de janvier, si le gouvernement maintient son projet. Paris, le 13 décembre 2022 » |
