ENORME !

Ces lignes sont écrites au moment où les confédérations syndicales se réunissent après les immenses manifestations d'aujourd'hui contre la réformes des retraites. Dans toute la France, plus de 2 millions de manifestants sont descendus dans la rue, la grève a été massive dans de nombreux secteurs, bien plus encore que celle du 5 décembre 2019 contre la précédente réforme.

Des centaines de milliers de manifestants à Paris, le 19 janvier, place de la République (photo Alain Jocard / AFP)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 19 janvier 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Au gouvernement, certains avaient espéré que le rejet massif, quasi-unanime1« 93% des actifs opposés » à la réforme, selon « Le Parisien » (13 janvier), de la réforme des retraites constaté dans toute la population par les enquêtes d’opinion ne se traduirait pas dans la rue : espoir douché, ce jeudi, par la grève du 19 janvier à l’appel de toutes les organisations syndicales.

Avec plus de 200 rassemblements, des places noires de monde dans toutes les villes de France, une participation massive et compacte – parfois historique – dans les cortèges syndicaux, la grève du 19 janvier fait bien mieux que celle du 5 décembre 2019.

2500 à Privas (en Ardèche) pour une ville qui compte 9000 habitants, 6000 à Montauban, 7000 à Valenciennes, 8000 à Lorient, 18 000 à Amiens…, mais aussi plus de 50 000 à Nantes, 60 000 à Bordeaux, 140 000 à Marseille, 400 000 à Paris … Dans toute la France, plus de 2 millions de manifestants sont descendus dans la rue.

Des chiffres, pour certains, jamais enregistrés, qui n’ont bien souvent aucun équivalent dans la période récente.

En moins de 10 jours, répondant à l’appel des confédérations, la population laborieuse dans toutes ses composantes est descendue dans la rue

Les taux de grévistes sont, eux aussi, très importants : entre 65 et 75% de grévistes dans la plupart des centrales nucléaires, 66% à Enedis, 73% dans la production hydraulique… ; à la SNCF, 80% des conducteurs se sont déclarés grévistes.

A l’Education nationale, ce sont près de 75% de grévistes, tous secteurs confondus. Dans les raffineries, ce sont entre 70 et 100% de grévistes au plan national.

En moins de 10 jours, répondant à l’appel des confédérations syndicales, la population laborieuse, dans son ensemble, et dans toutes ses composantes, est descendue dans la rue pour exprimer son rejet ferme de travailler plus longtemps, son refus net de voir les pensions diminuer, notamment dans un contexte d’explosion des prix : des salariés du public, mais aussi de très fortes délégations du secteur privé comme à Airbus (Toulouse) où au moins 5000 salariés de l’entreprise ont débrayé, ainsi que des travailleurs pour qui c’était aujourd’hui leur première manifestation, des retraités, des artisans, des professions libérales, sans compter la jeunesse et notamment les lycéens qui sont descendus nombreux dans la rue, ont formé le gros des cortèges. Même les policiers ont rejoint les rangs des manifestants, eux aussi touchés par le projet du gouvernement.

Olivier Véran résume l’inquiétude de l’exécutif : « Manifester, oui. Bloquer le pays, non. »

Hier, mardi 18 janvier, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a résumé l’inquiétude de l’exécutif et des cercles financiers qui le soutiennent : « Manifester, oui. Bloquer le pays, non »,  ajoutant : « Espérons que cette expression populaire (les manifestations, Ndlr) ne se transformera pas en blocages ». Côté espoir, on a vu plus haut que, pour l’instant, cela ne leur avait pas particulièrement réussi… Nous verrons bien dans les jours à venir comment la situation va évoluer mais il est clair que c’est la question du blocage du pays qui est aujourd’hui posée et qui, à n’en pas douter, compte tenu du rejet quasi-unanime dans la population, obligerait le gouvernement à reculer en quelques jours.

La question de l’action efficace pour faire plier le gouvernement au cœur des discussions

Dans les assemblées générales et les réunions syndicales, dans les réflexions des militants et – fait nouveau et très important, tirant d’une certaine manière les enseignements de la grève de l’hiver 2019-2020 – plus largement des syndiqués et des salariés : c’est cette question qui est débattue, celle de l’action efficace pour faire plier le gouvernement. A juste titre, la question des blocages est au cœur des positionnements, entre ceux qui se disposent pour les éviter, en opposant la tenue d’un référendum, et ceux, de plus en plus nombreux, qui l’appellent de leurs vœux :  preuve en est, même Marine Tondelier, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts, a déclaré aujourd’hui sur BFM TV qu’elle souhaitait qu’il y ait des blocages, rejoignant les 63% d’actifs qui y sont favorables selon les dernières enquêtes d’opinion !

Depuis Barcelone, interrogé par une journaliste à propos des manifestations en France contre sa « réforme », Emmanuel Macron, s’appuyant sur une pseudo « légitimité » que personne ne lui reconnaît hormis les cercles du capital financier, est resté en quelque sorte « droit dans ses bottes » en affirmant être déterminé à mener à bien la « réforme ». De quoi renforcer la détermination des travailleurs à y aller.

Dans cette situation, le mieux serait que Madame Borne, Monsieur Macron et consorts tiennent cette fois compte de la réalité et donne satisfaction au peuple. A ne pas le faire, ils prendraient, et eux seuls, la responsabilité du choc pour les y contraindre.

Les institutions quasi-mafieuses de la Vème République risquent fort de ne pas suffire. A rester dans le déni de réalité, ils poussent à ce que le « qu’ils s’en aillent » s’impose, et pas seulement sur les retraites.

D’autant que cette fois, malgré les états d’âmes et les tentations des uns ou des autres, complaisamment relayés par les médias aux ordres, la force politique est là, autant à l’Assemblée nationale que s’affirmant ce 21 janvier.