« Colère et ressentiment ne diminueront pas »

Les discussions bilatérales entre l’exécutif et les confédérations ont, à ce stade, fait chou blanc. C’est dans ce contexte que se prépare la grève du 6 juin.

Des centaines de salariés de Disneyland Paris manifestent le 23 mai pour des augmentations de salaires et pour l'abrogation de la réforme des retraites (DR)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 23 mai 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Cela n’a pas fait grand bruit dans la presse ces derniers jours mais l’information mérite d’être relevée : les discussions bilatérales entre l’exécutif et les confédérations qui ont eu lieu mardi 16 et mercredi 17 mai derniers ont, à ce stade, fait chou blanc. Tout au mieux peut-il se réjouir qu’elles se soient rendues au rendez-vous…

Bien entendu, personne n’imagine que les « petites manœuvres » ont disparu : elles sont d’ailleurs permises et renforcées par le format lui-même des discussions en bilatérale. Il n’en demeure pas moins que, poussée par la puissance de la classe ouvrière depuis quatre mois déjà, chaque confédération a entamé les discussions en posant la même exigence : l’abrogation de la « réforme » des retraites. Et, s’agissant des dossiers que l’exécutif a bien l’intention d’engager sans attendre (révision des règles de l’assurance-chômage, projet de loi « travail »…), le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on est loin d’un accord avec les centrales.

Même Laurent Berger n’a pas trouvé de terrain d’entente. Interviewé dans Le Journal du Dimanche (21 mai), le « futur ex »-secrétaire général de la CFDT a révélé avoir indiqué à la Première ministre lors de la rencontre bilatérale « qu’il n’y a ni page qui se tourne ni nouvelle séquence », ajoutant que la bataille des retraites « ne cessera jamais ».

C’est que le numéro 1 de la centrale cédétiste mesure bien l’état d’esprit dans le pays ; il le dit lui-même : « Colère et ressentiment ne diminueront pas. » Il faut dire que les récentes enquêtes d’opinion le confirment : ils sont 62 % à souhaiter que la mobilisation contre la réforme des retraites continue (en hausse de 2 points par rapport au précédent sondage)…

La préparation de la grève du 6 juin

C’est dans ce contexte que se prépare la grève du 6 juin, à deux jours de la proposition de loi demandant l’abrogation du report de l’âge légal à 64 ans déposée par le groupe parlementaire Liot (1), si celle-ci n’est pas purement et simplement annulée par la majorité présidentielle… En effet, il semble bien que les proches d’Emmanuel Macron poussent pour empêcher de mettre au vote cette proposition de loi. Après le 47-1, le 44-3, le 49.3… voici désormais venir l’article 40 de la Constitution : une disposition supplémentaire contenue dans l’arsenal des institutions antidémocratiques de la Ve République, qui stipule que des propositions de loi ou amendements ne sont « pas recevables » lorsque leur adoption aurait pour conséquence « l’aggravation d’une charge publique ».

De toute façon, dans les deux cas, l’exécutif approfondit la crise : soit la majorité présidentielle parvient par des arguties constitutionnelles à empêcher l’examen de la proposition de loi et, de ce fait, elle renforce le profond rejet qui frappe les institutions, soit elle n’y parvient pas et elle prend le risque d’un revers au moment du vote, amplifiant alors le caractère illégitime de la « réforme ».

Pour autant, en soi, cela n’empêchera très probablement pas l’adoption de la « réforme ».

Il y a quelques semaines, un proche du chef de l’Etat résumait dans le journal patronal L’Opinion (10-11 mars) : « Le seul événement qui pourrait faire bouger le président, “c’est un pays à l’arrêt, c’est-à-dire une grève générale reconductible, qui produirait un choc économique”. »

C’est d’une certaine manière ce que le chef de l’Etat lui-même a confirmé dans une interview exclusive à l’occasion des dix ans de ce même journal, la semaine dernière (15 mai), avec le cynisme qui le caractérise : « Il y avait moins de grèves qu’en 2010, et même qu’en 2019-2020 »

En dépit des bravades de Macron, c’est bien cette question du blocage du pays, par la grève, pour gagner, qui est en réflexion et qui est mise en discussion dans nombre de réunions syndicales, d’assemblées de militants.