Macron, Borne, Braun-Pivet, Netanyahou, et d’autres…

Avec des contorsions ou brutalement, les tenants de l’« arc républicain » soutiennent tous le gouvernement, qui s’est rangé comme un seul homme derrière Benyamin Netanyahou, sa politique de guerre et de tueries de civils palestiniens.

Macron et Natanyahou à Jérusalem, le 24 octobre (photo AFP, à gauche) ; 30 000 manifestants place de la République à Paris, le 22 octobre (photo correspondant, à droite)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 24 octobre 2023
Temps de lecture : 4 minutes

Alors que, après le massacre de civils israéliens, le gouvernement Netanyahou est sur le point d’évacuer 14 colonies supplémentaires à la frontière nord avec le Liban, alors qu’un déluge de feu s’abat sur Gaza depuis le 7 octobre, détruisant plus de 15 000 habitations, faisant près de 5 000 morts et 15 000 blessés à Gaza selon la presse, alors que tournent en boucle sur les réseaux sociaux les images insoutenables d’enfants massacrés par les bombardements, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’est rendue en visite officielle en Israël le week-end dernier pour y réaffirmer son soutien indéfectible au gouvernement Netanyahou.

Il y a dix jours, celle qui occupe le perchoir à l’Assemblée avait demandé aux parlementaires d’applaudir le « soutien inconditionnel » au gouvernement israélien : tous l’ont fait, à l’exception des députés LFI.

Il faut dire qu’en la matière, avec des contorsions ou brutalement, selon les cas ou les circonstances, les tenants de l’ « arc républicain » soutiennent tous le gouvernement, qui s’est rangé comme un seul homme derrière Benyamin Netanyahou, sa politique de guerre et de tueries de civils palestiniens.

C’est particulièrement vrai du Rassemblement national qui, par la voix de Jordan Bardella et de Marine Le Pen, s’aligne sur les positions d’Emmanuel Macron, en lui témoignant un soutien « sans condition » , ce qui a été félicité par le député Les Républicains, Meyer Habib, qui, de Paris, a été un des premiers à réclamer vengeance.

Le groupe Renaissance, bien sûr, mais aussi Les Républicains, le Modem, sans oublier le Parti socialiste (PS), et d’autres, ont dès le début affirmé leur soutien indéfectible au gouvernement de Benyamin Netanyahou. Rappelons que lors de la manifestation en soutien au gouvernement israélien, lundi 9 octobre, Jérôme Guedj et Olivier Faure étaient présents, en compagnie de Yaël Braun-Pivet, d’Éric Ciotti ou de l’ancien président, Nicolas Sarkozy.

A l’inverse, et comme l’a constaté le député du Nord Adrien Quatennens dans un tweet (22 octobre) : « Pas un seul tweet du chef du PCF, du PS ni d’EELV sur la grande manifestation pour la paix et le cessez-le-feu qui s’est tenue aujourd’hui à Paris ».

Larmes de crocodile et duplicité

Pas un mot non plus de ces dirigeants, lorsqu’Emmanuel Macron a voté contre – avec le Japon, le Royaume-Uni et les Etats-Unis – un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies (Onu), le 16 octobre dernier, qui « appelle à un cessez-le-feu humanitaire immédiat, durable et pleinement respecté » , qui « condamne fermement toutes les violences et hostilités dirigées contre les civils ainsi que tous les actes de terrorisme » et qui « demande la libération sécurisée de tous les otages » et « appelle à la fourniture et à la distribution sans entrave de l’aide humanitaire » .

Continuant sur cette voie, le chef de l’Etat s’est rendu en Israël, mardi 24 octobre, afin d’y rencontrer Benyamin Netanyahou pour lui exprimer ses condoléances et lui apporter son soutien. Plus tard dans la journée, le président de la République a prévu de rencontrer Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, pour y discuter de la création d’un Etat palestinien et de l’arrêt de la colonisation. Soutenir les bombardements et s’opposer à la colonisation ? Quelle hypocrisie, quelle duplicité ! Pendant qu’Emmanuel Macron verse des larmes de crocodile au Proche-Orient, il fait tout contre le cessez-le-feu, comme l’exigent les militaires israéliens.

Le rejet massif de leur politique les accule à cette duplicité et ces mensonges à répétition

La veille, la Première ministre a approuvé devant les députés le droit de Netanyahou de se « défendre » et proclamé la nécessité de protéger les civils à Gaza. De qui se moque-t-on ? Tout ça pour ne pas dire : « Cessez-le-feu immédiat ! » Là encore : larmes de crocodile, duplicité.

Le rejet massif de leur politique les accule à cette duplicité et ces mensonges à répétition. Une position refusée, condamnée et pourtant tellement martelée par eux qu’elle en devient intenable1Dernière minute : « Macron affirme que “rien ne saurait justifier les souffrances” des civils à Gaza » (AFP, 24 octobre, 19 h 02). « La vie d’un civil vaut la vie d’un autre civil, quelle que soit sa nationalité. (…) Une vie palestinienne vaut une vie française, qui vaut une vie israélienne » , a-t-il ajouté. Nous y reviendrons. après 17 jours de bombardements intensifs à Gaza.

Quelques jours auparavant, à peine 24 heures après l’ouverture des débats à l’Assemblée sur la première partie du projet de loi de finances 2024, la même Première ministre dégaine l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer de nouvelles coupes claires dans le budget des services publics – en particulier de la santé et de l’école.

Au même moment, le gouvernement réprime toute opposition à sa politique, en interdisant les rassemblements de soutien au peuple palestinien – qui sont dans certains endroits autorisés par les préfectures. De son côté, le ministre de l’Education tente d’interdire toute liberté d’expression et toute liberté de conscience aux professeurs et aux élèves.

Cela dans un contexte d’inflation généralisée dont Emmanuel Macron, interpellé dans la rue par des jeunes de Clichy-sous-Bois (93), prétend ne rien pouvoir faire, alors même qu’il continue d’abreuver jusqu’à plus soif les principales entreprises du Cac 40 d’aides publiques, leurs profits exorbitants étant reconnus officiellement comme la principale cause de l’inflation2Depuis 2022, la hausse des profits est responsable de 45 % de l’inflation (source : Fonds monétaire international, juin 2023). Entre mars 2020 et novembre 2021, le gouvernement a versé plus de 240 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises..

« Jean-Luc Mélenchon reste en tête de tous les sondages »

Et pourtant, dans cette situation, et malgré la campagne ignominieuse contre LFI, personne ne peut se soustraire à la réalité, résumée ainsi par un collaborateur parlementaire de la Nupes (BFMTV, 19 octobre) : « Jean-Luc Mélenchon reste en tête de tous les sondages quand on parle aux sympathisants de gauche. Je le regrette mais c’est comme ça. On peut un peu hausser la voix mais pas trop non plus. »

« La vérité, c’est qu’on a fait moins de 5 % à la présidentielle, qu’on a un groupe de 23 députés après 5 ans sans personne à l’Assemblée et qu’on ne peut pas se fâcher vraiment avec les Insoumis qui sont notre principal partenaire », déclare pour sa part un député communiste.

Peut-être faut-il y voir une des raisons pour lesquelles, par exemple, les députés du PCF n’ont pas suivi la consigne de Fabien Roussel et continuent de siéger à l’inter-groupe Nupes. Et pourquoi près de la moitié des élus EELV et deux tiers des élus communistes ont signé la dernière motion de censure déposée par les Insoumis…