Quelle lutte contre l’extrême droite ?

A propos d'une « initiative intersyndicale » visant à faire du 10 février 2024 une journée de débats sur le thème « Faisons reculer l’extrême droite dans la rue et dans les têtes ».

A Toulouse contre la loi Darmanin, le 21 décembre. (AFP)
Par David Combes
Publié le 4 février 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Il circule un peu en ce moment une information sur une « initiative intersyndicale » visant à faire de la journée du 10 février 2024 (en référence aux manifestations antiparlementaires des ligues d’extrême droite des 6, 9 et 12 février 1934), une journée de débats sur le thème : « Faisons reculer l’extrême droite dans la rue et dans les têtes ».

Il semblerait, selon mes informations, que « l’unité intersyndicale parisienne CGT, FO, FSU, Solidaires, CNT » soit un peu « forcée » et obtenue à l’arraché à la fin d’une réunion où cette question n’était pas à l’ordre du jour, ni n’a été réellement discutée. L’appel envoyé par la suite ne vise qu’à rendre incontournable cette petite manœuvre dérisoire d’appareils.

Il est totalement justifié de vouloir combattre l’extrême droite, mais comment peut-on en faire un débat idéologique ?

Ce n’est pas dans les « têtes » que la question se pose, mais dans les raisons politiques qui amènent les différents gouvernements Macron à instrumentaliser l’extrême droite par deux bouts :

– en reprenant et nourrissant ses thématiques, comme sur la loi « immigration » ;

– en utilisant ce danger comme épouvantail pour justifier son maintien au pouvoir et la continuation de sa politique réactionnaire de destruction de tout ce qui constitue une société démocratique, sociale, égalitaire et laïque.

La question centrale réside dans le maintien des institutions de la Ve République qui nourrissent le fumier et le terreau sur lesquels prospère l’extrême droite.

Prétendre lutter contre elle en omettant complètement la responsabilité du gouvernement Macron, c’est utiliser un couteau sans lame qui n’aurait pas de poignée.

Par ailleurs, célébrer le 12 février 1934, qui a posé le problème de l’unité de la classe ouvrière et du mouvement démocratique pour « faire barrage au fascisme » (ce qui était tout à fait justifié), en omettant toute mention des opérations de division qui se sont manifestées dans le nécessaire et indispensable combat contre la loi « immigration » de Macron-Darmanin-Borne-Ciotti-Le Pen-Attal, c’est s’aveugler soi-même et les autres.

Que cette opération de diversion-division ait échoué est une bonne chose, mais de ne pas l’analyser comme telle en est une autre et ne peut conduire qu’à de nouveaux déboires. Et ne pas voir que cela a été commandité en protection de la politique de Macron et du capital financier relève d’une étrange cécité.

Ce même capital financier (dont Macron et sa politique sont au total service), ou en tout cas une partie importante de celui-ci, en hausse constante, a visiblement choisi d’investir de plus en plus dans la possibilité de voir l’extrême droite au Pouvoir. On le voit notamment dans de grands médias, clairement ou plus discrètement.

Des questions qu’on ne peut éviter de poser

On sait historiquement que l’investissement financier et logistique du capital dans l’extrême droite en général, et le fascisme en particulier, est le point de bascule vers la prise du pouvoir par la voie électorale dite « légale » par l’extrême droite.

La venue au pouvoir de Hitler en janvier 1933 en Allemagne a montré l’écrasante responsabilité politique et historique de la division et des diviseurs, en l’occurrence le Parti communiste allemand. Comment ne pas voir comme une sorte de remake « à froid » de cette division, le fait qu’en 2022 aux élections présidentielles, la présentation et le maintien de la candidature de Fabien Roussel (PCF) ont eu comme seul résultat tangible le 2e Tour Macron – Le Pen ?

Ce deuxième tour a été entièrement fabriqué par la macronie, d’un côté pour nourrir la candidature Le Pen, en suscitant parallèlement la candidature Zemmour pour la limiter sans trop la gêner, et de l’autre côté par la mise en scène de celle de Fabien Roussel pour retirer à Jean-Luc Mélenchon des centaines de milliers de voix qui lui auraient permis d’être présent au Second Tour. Ceci est une réalité qu’il est difficile de contester. Sans Fabien Roussel, le deuxième tour aurait été Macron contre Mélenchon, la situation et le résultat auraient été totalement différents.

On ne peut éviter de poser toutes ces questions si on veut agir dans la clarté entre organisations et associations.

La solution la plus démocratique et efficace n’est-elle pas la mise en œuvre d’une Constituante élue et souveraine pour balayer les institutions pourrissantes et décomposées de la Ve République, véritable terreau de l’extrême droite et de toutes les aventures réactionnaires possibles, en, redonnant la parole au peuple pour qu’il se dote de nouvelles institutions du peuple, par le peuple, pour le peuple.