Massacres coloniaux en Algérie ? Jean-Michel Aphatie a raison !
Pour avoir déclaré que la colonisation française en Algérie était comparable à des centaines d’Oradour-sur-Glane, M. Aphatie est la cible du déchaînement des racistes.
- Algérie, Histoire

Le journaliste (car il existe des journalistes intéressants!) Jean-Michel Aphatie avec lequel nous entretenons de sérieux désaccords, est l’objet du déchaînement des racistes parce qu’il a déclaré que la colonisation française en Algérie était comparable à des centaines d’Oradour-sur-Glane.
Les choses simples doivent être dites simplement : Jean-Michel Aphatie a raison !
Ce n’est pas une invention contemporaine que la dénonciation de ces massacres colonialistes. Souvent, même ces massacres ont été revendiqués par leurs auteurs.
Il existe deux types de massacre de populations civiles, sans parler des massacres des villages.
D’une part, les enfumades qui consistent à asphyxier des personnes réfugiées ou enfermées dans une grotte, en allumant devant l’entrée des feux.D’autre part, les emmurades.
En juin 1844, poursuivant les Sbéahs (nom d’une tribu), un officier écrit « Après deux jours de course folle à leur poursuite, nous arrivons devant une énorme falaise à pic […] Dans la falaise est une excavation profonde formant grotte. On pétarda l’entrée de la grotte et on y accumula des fagots, des broussailles. Le soir, le feu fut allumé. Le lendemain, quelques Sbéahs se présentaient à l’entrée de la grotte demandant l’aman (forme de reddition) à nos postes avancés. Leurs compagnons, les femmes et les enfants étaient morts. Les médecins et les soldats offrirent aux survivants le peu d’eau qu’ils avaient et en ramenèrent plusieurs à la vie ; le soir les troupes rentraient à Orléansville. Telle fut la première affaire des grottes. ». La première, ce qui signifie qu’il y en eut d’autres.
A Orléansville, le 11 juin 1845, le général Bugeaud, héros de Pascal Praud, certainement, qui était le commandant en chef, ordonne : « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imites Cavaignac aux Sbéhas ! Enfumez-les à outrance comme des renards. » Ce qu’a fait le général Cavaignac n’est pas une bavure, mais une mesure préconisée par le commandant en chef !
Le 18 juin 1845, le lieutenant-colonel Pélissier extermine par asphyxie quasiment toute une tribu, les Ouleh-Riad, qui avait trouvé refuge dans les grottes du massif du Dahra, soit entre 700 et 1 200 personnes, selon les sources, y compris femmes, enfants et vieillards. Un soldat écrit à sa famille : « Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir, au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes françaises occupé à entretenir un feu infernal ! Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux ; le craquement des rochers calcinés s’écroulant, et les continuelles détonations des armes ! Dans cette nuit, il y eut une terrible lutte d’hommes et d’animaux ! Le matin, quand on chercha à dégager l’entrée des cavernes, un hideux spectacle frappa des yeux les assaillants. … Les grottes sont immenses ; on a compté hier sept cent soixante cadavres ».
Le Times du 14 juillet 1845 écrit : « Il est impossible de réprimer la plus forte expression de l’horreur et du dégoût à propos des atrocités d’un acte commis par le général Pélissier, commandant un détachement français en Algérie… Ceci n’est pas une guerre mais le massacre d’une population par celui qui a assumé le pouvoir de gouverner cette région, un monstre qui déshonore son pays, son époque et sa race ».
Massacre ! Ce n’est pas Jean-Michel Aphatie en 2025 qui l’écrit mais le Times en 1845 !
A la Chambre des Pairs, le 11 juillet 1845, Napoléon Joseph Ney, le fils du Maréchal, militaire et loin de condamner la colonisation, déclare : « Messieurs, un journal qui se publie en Algérie, l’Akhbar, contient le récit d’un fait inouï dans notre histoire militaire. Un colonel français se serait rendu coupable d’un acte de cruauté inexplicable, inqualifiable, à l’égard de malheureux Arabes prisonniers. Je viens demander au gouvernement français de s’expliquer sur ce fait… Pélissier a fait mettre le feu à des fascines disposées aux accès. Le matin, tout est consommé ». Il ajoute : « Il est de l’honneur de l’armée comme il est de la dignité du Gouvernement que de pareils faits soient démentis ou désavoués hautement. »
Il n’y eut ni l’un ni l’autre et, après de timides désaveux du ministre de la Guerre, le maréchal Soult (qui avait servi Louis XVI, la Révolution, Napoléon, la Restauration et la Monarchie de Juillet, à la solide réputation de pillard), le général Pélissier est défendu par Bugeaud qui écrit : « Et moi, je considère que le respect des règles humanitaires fera que la guerre en Afrique risque de se prolonger indéfiniment ».
Le journal fouriériste (socialiste de l’époque) La Démocratie pacifique du 22 juillet 1845 parle de « boucheries de chair humaine » et rappelle les propos du général Duvivier (un général !) : « Depuis onze ans, on a renversé les maisons, incendié les récoltes, détruit les arbres, massacré les hommes, les femmes, les enfants, avec une fureur tous les jours croissante. »
L’autre technique de massacre est les emmurades. Le 8 août 1845, le général SaintArnaud, que Victor Hugo compara à un chacal, et écrivait benoîtement à sa famille : « On ravage, on brûle, on pille, on détruit les moissons et les arbres».
Il découvre 500 Algériens qui s’abritent dans une grotte près de Mostaganem. Ils refusent de se rendre. Saint-Arnaud ordonne à ses soldats de les emmurer vivants. « Je fais boucher hermétiquement toutes les issues et je fais un vaste cimetière. … mais ma conscience ne me reproche rien. J’ai fait mon devoir. »
La place manque pour établir la liste exhaustive des « bienfaits » de la colonisation, louée par Marine Le Pen et autres…
Nous renvoyons la lectrice et le lecteur à la remarquable page Wikipédia sur les enfumades en Algérie (que nous avons suivie ici) et aux travaux d’Olivier Lecour Grandmaison, notamment Coloniser. Exterminer : Sur la guerre et l’État colonial, Fayard, 2005.
Et nous assurons Jean-Michel Aphatie de notre soutien total.
