« Pour la défense de la loi sur la laïcité de 1905, contre son utilisation frauduleuse au compte du racisme d’État »

Ce 6 décembre, un meeting à la Bourse du travail de Paris, à l'appel d'une quarantaine d'associations et de syndicats, à l'occasion du 120e anniversaire de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État. Nous y serons !

Affiche du meeting du 6 décembre. Manifestation antiraciste le 22 mars à Paris (photo AFP).
Par Jean-Marc Schiappa
Publié le 5 décembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes

Samedi 6 décembre, se tient à la Bourse du travail de Paris un meeting unitaire. Il n’est pas secondaire que cela se tienne dans les salles du mouvement ouvrier. Curieusement, aucune autre salle n’était disponible.

Mais personne ne se plaindra de ce fait. Parfaitement révélateur. Une fois de plus, c’est le mouvement ouvrier qui organise la défense des libertés.

Le mouvement ouvrier et démocratique, dans son unité et dans sa diversité, répond présent.

La liste des organisations appelant à ce meeting est impressionnante par sa qualité et par son nombre. Par effet de contraste, on relève sans difficulté celles et ceux qui, quelles que soient leurs arguties, brillent par leur absence et soutiennent la politique macronienne, à commencer par la « gauche » qui a mieux à faire dans la préparation des primaires pour les présidentielles de 2027 et qui, en attendant que cela se passe, fait tout… pour que cela se passe.

Les uns se retrouvent, par-delà leurs nuances légitimes, pour défendre la laïcité et condamner les mesures liberticides, à commencer par la loi séparatisme. Les autres défendent l’ordre réactionnaire.

Les uns défendent la démocratie, les autres la piétinent. Y a-t-il un lien entre ces deux regroupements de fait ? Qu’est-ce que la démocratie, appliquée aux questions religieuses ?

Cela a été formulé nettement dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses. » À cela, on peut opposer simplement le propos du Vendéen B. Retailleau : « à bas le voile ! » Qu’un Vendéen réactionnaire prononce une telle phrase, contraire non seulement aux principes républicains mais à toute humanité, est assez logique.

Mais qui a installé ce ministre sinon Macron ? Et tous ceux qui, au nom de la stabilité, négocient et confortent Macron, exonèrent Macron des propos xénophobes tenus par son ministre. Ici, il n’est pas inutile de rappeler que les premiers à avoir dénoncé les prétendus « islamistes » ont été les ministres PS Mauroy, Defferre, Auroux, en stigmatisant les ouvriers d’industrie lors des grèves de l’automobile en 1983.

Par-delà les inévitables circonvolutions de tout processus historique, c’est la Commune de Paris de 1871 qui, la première, dans son décret du 3 avril 1871, de séparation des Églises et de l’État a posé le principe de la liberté de conscience. L’individu n’a de comptes à rendre qu’à lui-même.

Principe qui est à la base de la loi de 1905. Loi arrachée au régime de l’époque, à travers une série de circonstances que le grand historien de la laïcité Jean Baubérot a appelé un « alignement des planètes ». La bourgeoisie n’en voulait pas. Contre elle, les démocrates et les socialistes (à cette époque, cela voulait dire « opposés au capitalisme »), avec Jean Jaurès ont imposé cette loi. Tellement autoritaire que nombre de dignitaires religieux s’y sont ralliés… Parce que la liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement, disait la révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg.

Dès le vote de la loi, les gouvernements successifs ont tout fait pour la nier. En ne l’appliquant pas à l’Alsace-Moselle, par exemple, et ce sont les mêmes qui parlent de « séparatisme » ! En finançant l’école privée avec la loi Debré de 1960 (corédigée par le socialiste André Boulloche, qui, avec le sens de l’hypocrisie qui convient à ces messieurs, démissionna de son ministère le matin de l’examen au Parlement de la loi qui aurait dû porter son nom). En organisant toutes les mesures liberticides et cléricales (la liste est bien trop longue pour un aussi court article). En instaurant la loi séparatisme qui met au-dessus de toutes les consciences et de toutes les associations, le pouvoir botté du préfet. La liberté, c’est la liberté de conscience. La macronie (Hollande étant son inspirateur), c’est l’État au-dessus de tout, de toutes, de tous, de chacun.

Vous ne pensez pas comme Macron ? La fachosphère des réseaux s’abat sur vous, suivie par les médias et les instituts de sondage, la plainte en justice pour « apologie du terrorisme » accompagnée des cris « Antisémite », vient juste après.

Il faut, par le bruit assourdissant mais artificiel de ce monde irréel, faire croire que Macron est là pour toujours. La réalité est autre. On le sait, ils le savent et ils savent qu’on le sait.

Voilà pourquoi il faut terroriser. Stigmatiser une partie de la population, par ailleurs, la plus exploitée et la plus opprimée. Cette haine antimusulmans dépasse largement tout ce qui a été écrit dans l’histoire de ce pays.

Mais avec un problème. Si la laïcité, si la loi de 1905 était tellement utile et positive, pourquoi le colonialisme ne l’a-t-il jamais appliquée ni en Algérie ni ailleurs (alors que l’article 43 de la loi le prévoyait explicitement) ? Ils n’en voulaient pas là-bas parce qu’ils n’en voulaient pas ici.

Maintenant, chaque logique est arrivée à son terme. Deux blocs se constituent, de moins en moins cachés. La réaction et la démocratie.

Un veut le soutien au régime corrompu de Zelensky et la marche à la guerre, les dépenses militaires et la destruction de tout ce qui constitue la civilisation, ce bloc a besoin de désigner un ennemi extérieur et un ennemi intérieur, de pratiquer le racisme institutionnel, la stigmatisation et la discrimination, le maccarthysme rampant, incluant le soutien au génocide à Gaza. Toute cette politique est bien une et, en quelque sorte, indivisible. C’est la réaction. Brute, nette, bottée, casquée.

De l’autre côté, le refus de cette politique ; cela a un nom, une exigence, la démocratie, et la tenue de ce meeting unitaire en indique la voie…

Associations et syndicats appelant au meeting du 6 décembre

Vigie de la laïcité ; Fédération nationale de la Libre Pensée (FNLP) ; Ligue des droits de l’homme (LDH) ; Ligue de l’enseignement ; Union rationaliste (UR) ; Solidarité laïque ; Conseil national des associations familiales laïques (CNAFAL) ; Fédération syndicale unitaire (FSU) ; Confédération CGT-Force ouvrière ; Fnec FP-Force ouvrière ; syndicat national des chefs d’établissements Indépendance et Direction (FO) ; confédération CGT ; Ferc-CGT ; Union nationale des syndicats de l’Éducation nationale CGT ; Sud Éducation ; SE-Unsa ; Émancipation Tendance intersyndicale ; Grande Loge de France (GLDF) ; Rites-Unis de Memphis-Misraïm ; Association pour le droit de mourir dans la dignité ; association des Amies et amis de la Commune de Paris 1871 ; Coudes à coudes ; Marche des solidarités ; Association internationale de la Libre Pensée ; Humanists International ; Rob Boston, Américains unis pour la séparation des Églises et de l’État (États-Unis) ; Aires Rodrigues, ancien député socialiste du Portugal ; Keith Porteous Wood, expert international à l’Onu.