Libération immédiate du Dr Hussam Abu Safiya !

Emprisonné par l’État israélien depuis plus de 550 jours, Hussam Abu Safiya, directeur de l’hôpital Kamal Adwan de Gaza, fait face à un risque de mort imminente. Notre reportage à Tel-Aviv, lors d'un rassemblement pour exiger sa libération.

Plus d’une centaine d’israéliens se sont réunis à Tel-Aviv le 6 juillet. Sur la banderole, on peut lire : « Le Dr Hussam Abu Safiya agonise sous la torture dans la prison israélienne. » Sur la pancarte : « Où sont les 150 enfants kidnappés ? » (correspondants).
Par Avec nos correspondants en Palestine
Publié le 9 juillet 2026
Temps de lecture : 6 minutes

L’association israélienne Médecins pour les droits de l’homme (PHRI) alerte : le Dr Hussam Abu Safiya, directeur de l’hôpital Kamal Adwan de Gaza, emprisonné par l’État israélien depuis plus de 550 jours, fait face à un risque immédiat pour sa vie.

Les PHRI ont relayé le témoignage de son avocat Nasser Odeh, à qui le Dr Abu Safiya est apparu lors de sa dernière visite début juillet, les mains et les pieds entravés, souffrant de blessures récentes et de contusions sur la tête, le visage et le cou. Le médecin éprouvait également des difficultés à respirer et à parler.

Il était dans un état d’épuisement sévère qui lui a fait presque perdre conscience à plusieurs reprises. Il a également été confirmé qu’il est soumis à des agressions quotidiennes, qu’il a perdu conscience plusieurs fois et qu’il n’a pas reçu les soins médicaux nécessaires. Le Dr Abu Safiya a dit à son avocat : « C’est la dernière fois que vous me verrez… Ils m’ont amené ici pour me tuer. Je ne me vois pas vivant. C’est la fin. »

Signez, faites signer la pétition : https://freedrabusafiya.com

Message d’Orly Noy, journaliste israélienne, militante pour les droits humains (extrait)

« L e Dr Abu Safiya n’est bien sûr pas la seule victime torturée dans les cachots de ce régime criminel. Beaucoup, beaucoup d’entre eux ont déjà été assassinés par leurs bourreaux sans que nous connaissions leurs noms, sans que nous connaissions leur histoire ni n’entendions les pleurs déchirants de leurs proches au cœur brisé.

Beaucoup, beaucoup d’autres sont également en danger de mort, soumises à des tortures sadiques. Si vous êtes Israéliens et que vous craignez de voyager à l’étranger, regardez le visage du Dr Abu Safiya, lisez le témoignage de son avocat sur son état et, au lieu de vous poser en victimes, rejoignez la lutte pour sa vie, pour la vie de tous les prisonniers palestiniens, et faites entendre votre voix contre les crimes de cet État malade et cruel. »

Rassemblement à Tel-Aviv, le 6 juillet

Reportage réalisé avec nos correspondantes et correspondants en Palestine

Déclaration de Release Palestinian Abductees1« Libérez les otages palestiniens » diffusée à la presse lors du rassemblement

« Nous demandons la libération immédiate du Dr Hussam Abu Safiya, pédiatre et directeur de l’hôpital Kamal Adwan, qui a été enlevé le 26 décembre 2024 à l’hôpital Kamal Adwan alors qu’il exerçait ses fonctions médicales.

Son seul “crime” est d’être un Palestinien qui a refusé d’abandonner son peuple alors qu’il était massacré à Gaza. Il est aujourd’hui en danger de mort en raison des tortures qu’il a subies en prison.

Dans les prisons israéliennes – qui sont devenues des camps de torture –, des milliers d’autres détenus palestiniens sont toujours emprisonnés. Parmi eux se trouvent des membres du personnel médical qui ont également été enlevés dans des hôpitaux dans le cadre de la destruction systématique du système de santé de Gaza, qui s’inscrit dans la campagne visant à anéantir le peuple palestinien.

Des milliers de personnes ont été arrêtées sans discernement, sans contrôle ni obligation de rendre des comptes. Leur emprisonnement sans soins médicaux, alors qu’ils sont soumis à la famine, à la torture et aux abus sexuels, s’inscrit dans un processus de déshumanisation visant à soutenir et à faciliter la destruction du peuple palestinien. Notre appel : Libérez Hussam. Libérez-les tous. »

Interview du musicien et chef d’orchestre Ilan Volkov

Vous êtes engagé dans la campagne en faveur de la libération des prisonniers palestiniens détenus en Israël. Pouvez-vous décrire l’objectif de votre combat et son impact sur la société israélienne ?

Ilan Volkov : Je fais partie d’un groupe de personnes qui tentent de faire entendre une voix israélienne contre ce qui se passe en Israël sous toutes ses formes : l’occupation, le génocide et d’autres événements qui se produisent quotidiennement. La question du sort des 9 500 prisonniers palestiniens est particulièrement importante car, tout d’abord, la quasi-totalité d’entre eux n’a participé à aucune action militaire. Beaucoup d’entre eux ont publié des contenus en ligne.

Beaucoup d’entre eux ne sont que des militants, des défenseurs des droits de l’homme, des avocats, des journalistes. Ils font donc simplement partie de la société civile palestinienne à Gaza, en Israël et dans les territoires occupés. Et ils sont détenus dans le but d’humilier et d’étouffer la population, pour l’empêcher, en somme, de mener une vie normale.

Plus de la moitié de ces personnes sont soumises à la détention administrative, qui est une sorte de pratique coloniale consistant à maintenir des personnes en prison sans motif valable. Et elles n’ont pas accès aux preuves retenues contre elles. La plupart d’entre elles ne savent même pas pourquoi elles sont détenues depuis des mois, voire des années.

Ils ne bénéficient donc d’aucune garantie juridique ni de conditions de détention normales. Et ce que nous essayons de montrer aux autres personnes qui vivent ici, c’est que cela se produit réellement, que c’est une réalité, que c’est scandaleux et qu’il faut y mettre fin immédiatement. Il va donc de soi que toutes les personnes innocentes doivent être libérées sans délai.

C’est le point numéro un. Si, en tant que pays, on décide de détenir des personnes pendant des mois et des mois, chacune d’entre elles mérite de bénéficier du droit humain fondamental d’être traitée comme un prisonnier, ce qui implique de la nourriture, l’accès à des soins médicaux, la possibilité de consulter des médecins, bien sûr, de rencontrer leur famille, leurs avocats, etc. toutes ces choses dont aucune d’entre elles ne bénéficie. Il y a donc deux problèmes ici.

Le premier est le fait que la plupart d’entre eux sont des prisonniers politiques qui doivent être libérés immédiatement. Et le second, le fait que les conditions de détention sont épouvantables.

Et bien sûr, nous essayons de sensibiliser l’opinion publique, afin d’inciter davantage de responsables politiques en Israël à en parler. En Israël même, c’est une lutte très difficile, pour être honnête. Mais nous espérons un changement dès que possible.

Alors que les initiatives prennent de l’ampleur à travers le monde et que le génocide vient de franchir le cap des 1 000 jours, comment voyez-vous évoluer la campagne pour la libération de Hussam Abu Safiya, qui incarne aujourd’hui le mouvement visant à libérer tous les prisonniers palestiniens ?

Je pense que la campagne pour la libération de tous les prisonniers politiques a progressé, je veux dire, sans aucun doute à l’échelle mondiale. Le problème, en fin de compte, c’est que nous n’exerçons pas suffisamment de pression sur les responsables politiques qui nous représentent. Ce que nous essayons de faire en ligne et dans la rue, c’est très bien, mais ce n’est manifestement pas suffisant, car la pression exercée sur Israël n’est pas suffisante. Il n’y a pas assez d’appels au boycott.

L’Allemagne continue de s’opposer à bon nombre des boycotts que l’Union européenne souhaiterait peut-être mettre en place. Les voix sont faibles, et nous sommes également confrontés à un président américain qui est totalement corrompu et criminel. C’est donc une situation difficile.

Je dirais que le monde doit persévérer dans cette voie, qu’il faut davantage de manifestations, qu’il faut sensibiliser l’opinion publique et qu’il faut exiger un boycott, notamment un boycott militaire, afin que l’Europe cesse d’acheter des armes à Israël. Je veux dire par là que de nombreux pays européens continuent d’acheter ces armes, et cela n’est pas acceptable. Ce n’est plus possible. On ne peut pas boycotter la Russie, la Chine et l’Iran sans boycotter Israël. Il s’agit désormais de droits humains fondamentaux. Si ce qui se passe dans les prisons israéliennes est un crime de guerre, un crime de guerre quotidien, et doit être arrêté, vous pouvez le corriger.

Si ce qui se passe en Israël relève d’un crime commis au sein du système pénitentiaire, si ce qui s’y passe est un crime quotidien, et que le monde entier le sait, que faites-vous pour y remédier ?

Les revendications des militants doivent donc continuer à s’amplifier et exiger des responsables politiques qu’ils agissent comme il se doit, ce qui ne devrait fondamentalement pas faire l’objet d’un débat. Un boycott doit être mis en place en raison des violations commises par Israël et de la criminalité d’Israël. Et si cette impunité perdure, cela montre au monde entier que chaque pays peut faire ce qu’il veut. Cela montre également aux dirigeants du monde occidental : oui, nous pouvons aussi arrêter des gens et les affamer. Bien sûr, pourquoi pas ?

Il faut donc agir, car il s’agit en réalité d’une situation où Israël a tellement dépassé les limites. Ça a toujours été comme ça, n’est-ce pas ? Mais les mesures extrêmes qu’ils prennent pour humilier et étouffer la population civile sont insensées.

Ça n’a jamais été aussi grave, il faut y mettre un terme par tous les moyens dont disposent les gouvernements européens et les autres gouvernements du monde. Cesser immédiatement toutes les relations diplomatiques, pas de problème. Prendre position. Dire que si vous ne libérez pas ces médecins, si vous ne faites pas ceci, cela, nous n’aurons plus de relations avec vous. Et je trouve incroyable que cela ne se produise pas. »

Le génocide dans la bande de Gaza vient de franchir le seuil des 1 000 jours

Le génocide contre la population palestinienne de la bande de Gaza vient de franchir le seuil des 1 000 jours, près de trois ans. Plusieurs estimations chiffrent le nombre de morts à plus de 100 000, dont un tiers est des enfants. On compte plus d’1,5 million de déplacés, qui survivent aujourd’hui dans des tentes. Les bombardements, les destructions commis par l’armée génocidaire israélienne sont quotidiens. Près de 10 000 Gazaouis sont toujours confinés dans des prisons israéliennes, dont plusieurs centaines de personnels médicaux. Parmi ces prisonniers, 1 320 d’entre eux, c’est le cas du docteur Abu Safiya, sont désignés comme « combattants illégaux » et détenus sans procès.

La Croix-Rouge a exigé de rendre visite à Hussam Abu Safiya et Marwan al-Hams, suite à des informations faisant état d’actes de torture et à des craintes pour leur vie alors qu’ils sont détenus par les autorités israéliennes. Plusieurs pétitions dans le monde entier ont recueilli des dizaines de milliers de signatures pour exiger leur libération. Le journal israélien Haaretz a lui-même mis en avant le cas du docteur Abu Safiya, soumis à la torture et aux privations par ses geôliers.

Comme l’indiquent les Israéliens que nous avons rencontrés, et qui combattent de l’intérieur la politique génocidaire de leur État, personne dans le monde ne peut ignorer ce qui se passe à Gaza, en Cisjordanie et dans les prisons israéliennes, qualifiées par plusieurs d’entre eux comme des camps de concentration. Macron, les dirigeants de l’Union européenne, mais aussi les associations professionnelles de médecins dans toute l’Europe, personne ne peut ignorer ce que subissent le docteur Abu Safiya et les prisonniers palestiniens. F. L.