Budget 2026 : pas d’argent pour la jeunesse, tout pour l’armée

Le gouvernement consacre 6,7 milliards d’euros supplémentaires à l’armée. Voilà sa priorité: financer la guerre, pendant qu’il détruit les moyens de vivre, d’étudier et de se soigner.

Par Mathias Teulé
Publié le 1 décembre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Dans la Revue stratégique 2025, préfacée par Macron lui-même, le projet est limpide : « L’objectif est d’acculturer près de dix millions de jeunes de 13 à 25 ans aux enjeux de défense et de sécurité nationale. (…) Cela implique la formation et la mobilisation des relais éducatifs, sportifs et associatifs. (…) Cela se traduira ensuite par l’adaptation des dispositifs destinés aux jeunes (…) afin de structurer un continuum de l’engagement (…) et de faire émerger une culture de la résilience dès le plus jeune âge ».

Autrement dit : militariser la jeunesse, habituer les jeunes à la guerre, transformer les écoles, les associations et les collectivités en relais idéologiques de l’armée.

L’État prépare l’embrigadement des jeunes, il coupe tout ce qui pourrait réellement les soutenir. Comme le rappelle Le Monde, le 22 novembre, « le gouvernement a prévu (…) une hausse des dépenses de l’État de 10,5 milliards d’euros (…) principalement en raison d’une forte hausse des moyens de la défense ; il a réduit la plupart des crédits dévolus aux jeunes de 3 à 30 ans. »

Ce « budget des horreurs », frappe directement les jeunes : restriction du Pass’culture, suppression des APL pour les étudiants étrangers, diminution du budget des missions locales et même les vacances des enfants y passent avec la suppression des « colos apprenantes ». Et même le dispositif de service civique qui visait à exploiter à moindre coût la jeunesse est victime de réduction drastique.

Le message est clair : pas d’argent pour la jeunesse, tout pour l’armée.

Dans une interview au Monde (23 et 24 novembre) le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, tente de sauver les apparences : « Porter un regard qui serait uniquement misérabiliste ne correspond pas à la réalité », mais est obligé d’admettre que « des établissements (…) sont en difficulté », avec « des amphithéâtres (dont) le toit fuit ».

Il se félicite d’une hausse de cinq milliards sur dix ans, alors que le nombre d’étudiants a augmenté de 13 %. Une hausse totalement insuffisante, d’autant que la moitié de ces ressources provient de contrats avec des entreprises : une marche assumée vers la privatisation.

Comme le résume le collectif RogueESR (1), dans un article du 21 octobre, ces budgets mènent à « l’augmentation des frais d’inscription », « la mise en extinction du statut de fonctionnaire », « la mise en liquidation des organismes nationaux de recherche » afin de préparer « la privatisation des secteurs rentables de l’université ».

Plusieurs universités ont annoncé au printemps dernier la suppression de places dans de nombreuses filières ce qui avait provoqué une mobilisation dans la France entière (voir Informations ouvrières n° 846, n° 847, n° 850). Plus récemment, l’UFR d’histoire de Paris-1, a annoncé supprimer des places en licence.

Les apprentis sont eux aussi ciblés : le gouvernement choisit de les faire payer des charges dont ils étaient exonérés, plutôt que de toucher aux cadeaux aux entreprises. Les jeunes les plus précaires sont encore plus exploités, quand les patrons restent intouchables.

vers un service volontaire

Et maintenant, voici revenir le service national ? Macron doit annoncer un dispositif où les volontaires seraient « payés entre 900 et 1 000 euros par mois pour une durée de dix mois (…) (sans) ‘‘perdre’’ (…) d’année d’études puisque des crédits ECTS leur seraient octroyés » (La Tribune dimanche 23 novembre). Cédric Perrin (président LR de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au sénat, jubile : « Des jeunes qui, après le bac, se chercheraient un peu pourraient parfaitement intégrer ce type de circuit » (La Tribune Dimanche, 23 novembre).

Quel cynisme ! Ce sont exactement les mêmes responsables qui, via Parcoursup, refusent chaque année une formation à des dizaines de milliers de bacheliers. Ceux qu’ils ont laissés sans avenir seraient désormais « récupérés » par l’armée. Sur les réseaux sociaux, l’État finance déjà des contenus qui glorifient la vie militaire auprès des jeunes.

Les classes défense se multiplient ; le chef d’état-major exhorte les maires à préparer les Français à « perdre leur enfant ». Le duo Macron–Lecornu intensifie la propagande militaire, en particulier à destination de la jeunesse. Ce pouvoir ne prépare pas la paix : il prépare la guerre, l’embrigadement et la barbarie.

Nous, nous voulons l’inverse : des moyens pour les services publics, pour sortir les jeunes de la précarité ; des logements, des bourses, des formations, pas des casernes.

Pas un homme, pas une arme, pas un centime pour la guerre.

La paix entre les peuples. L’ennemi est dans notre propre pays ! C’est notre gouvernement et ceux qu’il représente.