Faillite de la plateforme mondiale d’échanges de cryptomonnaies FTX. Quelques éléments pour comprendre.

En ce mois de novembre 2022, la troisième plateforme mondiale d’échange de cryptomonnaies s’est littéralement effondrée, après la « fuite » d’un document comptable. La faillite est retentissante. Comme d’habitude, la communication de crise des bien-pensants évoque l’escroquerie du fondateur de FTX, Sam Bankman-Fried. Ils le présentaient pourtant comme un génie, jusqu’à ce que la banqueroute le rattrape.

Sam Bankman-Fried, fondateur de FTX, le 2 novembre en visio lors du Forbes Iconoclast Summit (Photo AFP).
Par Stéphane Marati
Publié le 26 novembre 2022
Temps de lecture : 3 minutes

L a société FTX a été fondée en 2019 aux Bahamas. Elle a compté jusqu’à un million de clients, et sa valorisation s’est élevée, au plus haut, à 32 milliards de dollars.

Et puis, d’un seul coup, plus rien. Soudain, on s’est aperçu que la société n’avait pas de service comptable. Que son cabinet d’audit n’avait pas d’adresse physique et qu’il était domicilié dans le métavers1C’est un monde virtuel sur internet. de Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook.

FTX n’avait pas de gestion centralisée de la trésorerie, pas de liste précise de ses comptes bancaires. Elle n’était pas en mesure de fournir la liste de ses 50 principaux créanciers. Selon le liquidateur : « FTX n’a pas été en mesure de préparer la liste complète des personnes qui travaillent pour le groupe. »

Le liquidateur, John Ray III, nouveau PDG, rémunéré 1 300 dollars l’heure, a déclaré :

Jamais dans ma carrière, je n’ai vu un échec aussi complet des contrôles d’entreprise et une absence aussi complète d’informations financières fiables comme cela s’est produit ici.

Et il sait de quoi il parle. C’était le liquidateur d’Enron, une entreprise qui présentait des revenus de 100 milliards de dollars en 2000 et qui fut mise en faillite en 2001 dans un des plus gigantesques scandales de fraude et de corruption. Une liquidation qui entraîna la disparition complète des retraites de milliers de travailleurs dont les fonds de pension avait été intégralement placés en actions Enron, « l’entreprise américaine la plus innovante », selon le magazine Forbes à l’époque.

Le capitalisme reste le capitalisme

Et puis il y a eu les faillites et les scandales Worldcom et Lehman Brothers… Cette fois, le fonds de pension des enseignants de l’Ontario y a perdu 95 millions de dollars, une goutte d’eau paraît-il. Quant à Macron, il poursuit coûte que coûte sa volonté de « réformer » pour livrer nos retraites par répartition chèrement acquises à l’appétit insatiable de ces buveurs de sang. Qu’il ne compte pas sur nous pour lui faciliter la tâche.

L’administration américaine a eu beau jeu de « réguler » les comptes des sociétés avec la loi Sarbanes-Oxley de 2002. Le capitalisme reste le capitalisme.

Comme le dit un spécialiste : « Enron a rampé pour que Madoff puisse marcher, pour que FTX puisse courir… qui sera le prochain pour le sprint ? »

Egon von Greyerz, l’ancien banquier suisse spécialiste des métaux, qui stocke de l’or pour ses clients dans la plus grande chambre forte privée d’or au monde, enfouie au fond des Alpes suisses, a déclaré, début novembre : « Le crédit a augmenté de façon spectaculaire grâce aux produits dérivés. Tous les instruments étant émis maintenant par les banques, les fonds de pension, les fonds d’actions, tout est factice. Il n’y a pas de paiements sous-jacents réels. (…) Nous parlons de 2,5 quadrillions de dollars (1 quadrillion de dollars = 1024 dollars) contre un PIB mondial de 80 billions de dollars (1 billion de dollars = 1012 dollars). Donc, il y a une catastrophe en gestation, parce que tout cet argent fictif n’a créé aucune valeur… J’ai toujours su que cela s’effondrerait. Cela a pris plus de temps que prévu, mais je pense que nous sommes à la fin d’une ère majeure. Ces produits dérivés, à un moment donné au cours des prochaines années, se transformeront en dette. Les banques centrales devront couvrir tous les engagements en cours des banques commerciales, comme nous le voyons actuellement avec le Crédit suisse et la Banque d’Angleterre. Cela va se produire à tous les niveaux. (…) Le système va commencer à imploser et les gouvernements ne pourront rien faire. Ce sera un désastre humain aux proportions gigantesques. »  Et pour ne rien changer, les banquiers américains annoncent une purge d’un million d’emplois d’ici mi-2024. Pour commencer…

Quand les loups pleurent avec le berger

Quand les capitalistes et les médias aux ordres hurlent au scandale, l’hyprocrisie n’est jamais loin.

Certes, Sam Bankman-Fried est un escroc. Mais les loups pleurent avec le berger, et c’est le parasitisme qui les nourrit.

Quant à ce « beau monde », le New York Times avait prévu de les rassembler lors d’un événement le 30 novembre. Evénement sponsorisé par le cabinet d’audit Accenture, héritier d’Arthur-Anderson, qui avait couvert les malversations d’Enron. Avec en invités de marque : le fondateur de FTX, Sam Bankman-Fried, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le fondateur du métavers et de Facebook, Mark Zuckerberg et la secrétaire au Trésor américain, Janet Yellen. Il faudra quand même débourser 2 500 dollars pour venir écouter les « grands de ce monde »… Leur monde, pas le nôtre.