Mille milliards de dollars

De la destruction en cours des bases industrielles du Vieux Continent à la guerre en Ukraine.

Emmanuel Macron reçu par Joe Biden à Washington, le 1er Décembre (Photo AFP)
Par Stéphane Marati
Publié le 11 décembre 2022
Temps de lecture : 10 minutes

Macron à Washington

Tandis que Macron s’agite et se prosterne devant son maître à Washington, les journaux et médias français s’activent à élever des écrans de fumée. Tous vantent la dénonciation vigoureuse par leur poulain des mesures « super-agressives » de l’IRA américain2Inflation Reduction Act : loi promulguée à l’été 2022 aux Etats-Unis, comprenant des crédit d’impôts pour l’achat de véhicules électriques neufs américains, ainsi que des aides à l’installation de panneaux solaires et à l’isolation des logements. Pour les entreprises : des crédits d’impôts pour les investissements et la production dans le véhicule électrique, l’éolien, le solaire, l’hydrogène vert, les biocarburants et les batteries.. Une loi pourtant banale, mais qui pénaliserait l’industrie française et européenne, dont Macron est, semble-t-il, si fier. Etrange de la part du président d’un pays où le poids de l’industrie dans l’économie (rapporté au produit intérieur brut) a été divisé par deux en 50 ans et est aujourd’hui l’un des plus faibles d’Europe juste après la Grèce et le Luxembourg, selon les chiffres de la Banque mondiale.

Macron s’insurge parce que les aides à la production prévues par l’IRA ne seront versées qu’à la condition qu’elles favorisent l’économie américaine : le made in USA. Violation des règles du commerce international, hurle Macron, pourtant champion du monde des aides publiques aux entreprises privées, sans aucune contrepartie, avec 150 milliards par an.

A quoi le président américain, Joe Biden, a répondu, stoïque : « Je ne m’excuse pas, vous n’avez qu’à faire de même en Europe ». Quel cirque ! Comme le dit un vieux proverbe chinois : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». Certes, l’énergéticien italien Enel vient d’annoncer sa décision de construire opportunément une usine de composants solaires aux Etats-Unis pour bénéficier des subventions américaines. Et il n’est pas le seul. Mais de quoi parle-t-on ?

La guerre et les sanctions précipitent l’Europe dans une crise sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale

Dans son rapport mondial sur les salaires 2022-2023, publié le 30 novembre, l’Organisation internationale du travail (OIT) dénonce « une baisse brutale des salaires réels ». Le journal patronal Les Echos (2 décembre) précise même que « les salaires vont moins vite que les prix pour la première fois depuis cinquante-cinq ans ». Sur le Vieux Continent, les gens peuvent de moins en moins se loger, se chauffer et manger à leur faim.

Evidemment, les problèmes ne surgissent pas de nulle part. Ils existaient bien avant la guerre en Ukraine. Mais l’invasion de l’Ukraine et les sanctions internationales prises par les Etats-Unis et par l’Europe à l’encontre de la Russie, moins pour défendre la « démocratie » que les intérêts fondamentaux de l’impérialisme américain, précipitent l’Europe dans une crise sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le prix du gaz en Europe : de 15 € jusqu’à 350 € ces derniers mois

Avant le déclenchement de la guerre provoquée par l’invasion militaire de l’armée de Poutine, dont les motivations réelles restent sans doute à éclaircir, l’Union européenne importait du gaz russe au prix moyen négocié de 15 euros le mégawatt-heure (MWh), via des contrats d’approvisionnement longs garantissant des prix bas décorrélés des prix de marché.

Depuis les sanctions internationales et l’arrêt des livraisons de gaz russe à l’Europe, le prix d’approvisionnement est soumis au marché spot du gaz, qui a évolué entre 100 et 350 euros ces derniers mois. Résultat, selon BNE Intellinews : « En Allemagne, locomotive industrielle de l'Europe, les industries les plus énergivores sont déjà durement touchées par des coûts (…)


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