Régimes spéciaux et catégorie active : c’est dès 2023 que les salariés verront leurs droits à la retraite amputés, pas dans 40 ans !
Après la grande grève des contrôleurs de la SNCF en cette fin d’année, et par crainte d’un nouveau blocage des transports, le gouvernement entretient le flou sur ses intentions vis-à-vis des régimes spéciaux. Si les annonces ont été reportées au 15 Janvier, Olivier Dussopt, au nom du gouvernement, a pourtant déjà levé le coin du voile lors d’une conférence de presse, le 15 décembre dernier, présentée comme un point d’étape de la réforme des retraites : les premières déclarations sont déjà explicites.
- France, Retraites

« Les régimes spéciaux seront fermés aux nouveaux entrants » proclame d’emblée le ministre du travail, prenant en exemple ce qui s’est fait à la SNCF en 2018. En clair, c’est l’extinction d’un des éléments essentiels du statut des agents de la RATP ou d’ENEDIS qui sera effective dès 2023.
D’ailleurs, l’éditorialiste du journal patronal Les Echos, Jean François Pécresse, comprend parfaitement l’enjeu. Il écrit le vendredi 23 décembre : « La grève des chefs de bord de la SNCF augure mal de la réforme des régimes spéciaux de retraite. (…) Car ce qui se joue dans cette bataille du rail, c’est la capacité des rentiers du statut à tenir sous clé l’héritage de leurs avantages en matière de retraite. »
Le terme de rentier s’applique normalement à ceux qui vivent de la spéculation boursière, et qui forment le gros de la clientèle des Echos. Et ces vrais rentiers veulent précisément élargir leurs « avantages » – qui n’horrifient visiblement pas M. Pécresse – en dépeçant les grands services publics des transports et de l’énergie. Pour cela, il leur faut la peau du statut des agents, et ils piaffent d’impatience.
Une aide-soignante née en 1966 qui pensait pouvoir prendre sa retraite à 57 ans le 1er juillet 2023 devra attendre 4 mois de plus
Pour eux, la « clause du grand-père » n’est qu’un premier pas. « La tactique n’est pas si mauvaise » mais « quarante ans seront nécessaires pour éteindre ces régimes à ce rythme », écrit l’éditorialiste. Et il rajoute : « la grande réforme ne sera toutefois frappée du sceau de l’équité que si elle s’accompagne bien, comme dans le privé, d’un décalage effectif et sans délai de l’âge de départ ».
Des départs anticipés existent effectivement dans les régimes spéciaux et le classement en catégorie active dans la fonction publique permet un départ à 57 ans. Soignants, policiers, sapeurs pompiers, égoutiers, surveillants pénitentiaires, personnels de l’Office National des Forêts ou des Travaux Publics de l’Etat… en bénéficient.
Par la voix d’Olivier Dussopt, en réponse au patronat, le gouvernement annonce bien que si « les catégories actives de la Fonction Publique et les départs anticipés dans les régimes spéciaux seront bien conservés », les âges de départ « évolueront à due proportion du relèvement de l’âge légal de départ ». Ainsi, une aide-soignante née en 1966 qui pensait pouvoir prendre sa retraite à 57 ans le 1er juillet 2023 devra attendre 4 mois de plus.
C’est tout de suite, à partir de 2023, que les bénéficiaires des départs anticipés seront impactés
Si l’on suit le calendrier de la réforme, à raison de 4 mois de plus par an, ce sera départ à 58 ans pour ceux qui pouvaient partir en 2025 (nés en 1967), 59 ans en 2028 (personnels nés en 1969). Si l’âge de départ est porté à 65 ans en 2031, l’âge de la catégorie active sera à 60 ans, ce qui impactera les salariés nés en 1971, et après.
Autant dire que même avec « la clause du grand-père », c’est tout de suite, à partir de 2023, que les bénéficiaires des départs anticipés seront impactés par la réforme et verront leur retraite s’éloigner.
Voilà pourquoi la défense de tous les régimes de retraite, au même titre que le refus de l’allongement de la durée de cotisation ou le recul de l’âge de départ, est au centre des mobilisations qui s’annoncent, ce que n’ignore pas l’éditorialiste des Echos : « Dans le contexte actuel de tensions dans les transports et l’énergie l’exécutif n’est guère en mesure d’engager le bras de fer nécessaire », concluant ainsi : « curieux pays où les grévistes sont toujours moins impopulaires que les dirigeants ».
On ne saurait mieux dire et nous ferons tout pour qu’il en soit ainsi : en participant à la réussite de la grande marche pour les retraites du 21 janvier et en aidant les salariés, avec les organisations syndicales à résister, à s’organiser et à combattre, sur le terrain de la grève pour bloquer la réforme !
Le Code des pensions civiles et militaires épargné ? Ne pas se rassurer à bon compte…
Lors du même point d’étape, le 15 décembre, Olivier Dussopt a bien annoncé que le Code des pensions civiles et militaires, qui sert de base au calcul des pensions des fonctionnaires, ne perdait rien pour attendre : « nous allons travailler ultérieurement à des outils permettant de mieux équilibrer le régime des retraites de l’Etat mais aussi les régimes gérés par la CNRACL ».
Nous y reviendrons…
