Respecter le mandat, tout de suite

Dans les groupes d’action de La France insoumise jusqu’aux députés LFI, on veut gagner, abroger les lois scélérates de Macron, respecter le mandat. C’est bien cela que le camp d’en face, redoublant de haine et de diffamation contre LFI, ne nous pardonne pas.

(Correspondant)
Par Stéphane Marati
Publié le 24 juillet 2024
Temps de lecture : 4 minutes

Lundi 22 juillet : Madame Tubiana abandonne sa candidature au poste de Premier ministre, au grand dam des partisans de « l’apaisement » et de la « main tendue » à Macron. Elle avait pourtant été présentée par le Parti socialiste avec le soutien, semble-t-il, du Parti communiste français et des Verts.

Seulement voilà : Madame Tubiana, comme beaucoup d’autres et sans doute à contrecœur, doit tenir compte d’une réalité, incontournable, qui fait la particularité de ce moment de la situation politique française. Malgré une campagne hystérique contre La France insoumise, menée tambour battant depuis des mois dans le seul but de dégager la seule représentation politique authentique de rupture au Parlement, le groupe LFI à l’Assemblée nationale compte 72 députés, dont deux vice-présidentes de l’Assemblée.

Ce n’est ni la fragilité de Macron, ni la fourberie des institutions et des représentants politiques des classes dominantes et de la réaction qui dominent la situation présente. La particularité de la situation réside dans le fait qu’à travers leur expérience (Gilets jaunes, bataille contre la réforme des retraites, refus de l’écrasement du peuple palestinien, etc.), neuf millions de voix se sont portées sur les candidats du Nouveau Front populaire au premier tour des élections législatives pour abroger la réforme des retraites et de l’assurance chômage, augmenter le Smic de 200 € net et de 10 % le point d’indice des fonctionnaires, abroger le choc des savoirs dans l’enseignement, etc.

« Ne nous trahissez pas »

En faisant irruption sur le terrain électoral1(1) 10 millions d’électeurs de plus qu’il y a deux ans ont participé aux élections législatives de 2024. (pour le moment) avec l’exigence « ne nous trahissez pas », puis « respect du mandat » et « ne nous volez pas notre victoire », ils ont planté des banderilles devant ceux qui, tentés à nouveau de trahir, sont contraints à toutes sortes de contorsions et de magouilles pour essayer de sauver le régime. Des manœuvres massivement rejetées par la majorité comme autant de tentatives de se détacher du programme sous couvert de « réalisme », préparant les renoncements qui ont alimenté l’abstention et le vote RN pendant des années.

« Une période de grande instabilité »

Aperçu sur les bancs de l’Assemblée lisant le livre La grande peur de juillet 1789, l’ancien président du groupe LR, Olivier Marleix, s’est justifié : « Nous sommes dans une période de grande instabilité. » Peut-être se souvient-il de cette délibération du 12 novembre 1789 adoptée par l’assemblée générale du district des Cordeliers, dirigé par Danton, déclarant les élus « révocables à la volonté » du peuple quels que soient les règlements que les dirigeants seraient tentés d’établir pour faire, une fois élus, le contraire de ce qu’ils avaient promis. Les élus de toutes tendances feraient bien de s’en souvenir.

La volonté de Jean-Luc Mélenchon et de LFI de « respecter la parole donnée aux électeurs », de rompre avec « les politiciens qui disent une chose aux élections et font le contraire une fois au pouvoir », d’unir le NFP et de rassembler nombre d’organisations, d’associations et de personnalités pour respecter la démocratie et la parole donnée, place une nouvelle fois LFI au cœur de ces processus.

Elle est un puissant accélérateur de l’élévation du niveau de conscience des masses et des militants qui s’organisent. Elle suscite un formidable élan de sympathie et d’intérêt, y compris à l’échelle internationale. Elle pèse au point d’approfondir la crise de domination par les institutions et radicalise encore davantage le refus de continuer la politique de Macron. Les syndicats, très attachés à l’obtention des revendications, devraient prendre en compte tous les aspects de cette situation.

Abroger la réforme des retraites

Passant aux travaux pratiques, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale Mathilde Panot a annoncé, mardi 23 juillet, avoir déposé une proposition de loi pour abroger le report de l’âge de départ en retraite à 64 ans ainsi que l’accélération de la hausse de la durée de cotisation à 172 trimestres prévue par la réforme Macron. Une proposition de loi qui, indique Le Figaro, « avait été refusée en novembre par le bureau de l’Assemblée nationale, au motif qu’elle aurait aggravé la charge publique. Cette fois, comme le rappelle le député LFI Antoine Léaument, la gauche est en position de force dans cette instance : “Voilà pourquoi il était si important d’obtenir la majorité au bureau de l’Assemblée : permettre la recevabilité de cette proposition de loi.” » Et le journal d’ajouter : « Ce texte pourrait obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale ».

Pour l’écrasante majorité, abandonnée et laissée-pour-compte depuis des décennies par le jeu sournois des alternances droite-gauche puis de la macronie, ce serait la première fois, depuis bien longtemps et malgré les différentes péripéties de la période, que la volonté de respecter le mandat s’incarne.

Dans les groupes d’action de La France insoumise jusqu’aux députés LFI, on veut gagner, abroger les lois scélérates de Macron, augmenter les salaires, réparer l’école et les hôpitaux, respecter le mandat confié par la classe ouvrière. Et c’est bien cela que le camp d’en face, redoublant de haine et de diffamation contre LFI, ne nous pardonne pas.

Communiqué du Nouveau Front populaire (23 juillet, 19 heures)

« La réunion des responsables des partis du Nouveau Front populaire a conclu positivement ses travaux ce mardi 23 juillet, 16 jours après le résultat des élections législatives qui ont fait de la coalition la première force à l’Assemblée nationale.

Elle présente au président de la République la proposition de nommer Première ministre Madame Lucie Castets.

Animatrice de luttes associatives pour la défense et la promotion des services publics, activement engagée dans le combat d’idées contre la retraite à 64 ans, haute fonctionnaire ayant travaillé à la répression de la fraude fiscale et de la criminalité financière, issue du monde associatif, elle sera forte de notre engagement complet à ses côtés dans le gouvernement qu’elle dirigera.

Prêt au travail commun, le Nouveau Front populaire appelle notre peuple à s’impliquer par son action dans la réussite de la mise en œuvre de son programme pour satisfaire ses aspirations à une vie digne et répondre à la crise environnementale. »

Réagissant à l’interview télévisée de Macron à 20 heures le 23 juillet, Jean-Luc Mélenchon déclare : « Le président refuse le résultat de l’élection et veut nous imposer de force son nouveau Front républicain et nous obliger à renoncer à notre programme pour faire une alliance avec lui. Il n’en est pas question. Respectez le vote des Français. Il doit se soumettre ou se démettre ! »