Congé supplémentaire de naissance (CSN)

Le « réarmement démographique sur le dos des femmes ».

(photo AFP).
Par Soriane Frid
Publié le 1 septembre 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Le 1er juillet 2026 entrait en vigueur le congé supplémentaire de naissance. Présenté comme une avancée pour l’égalité femmes-hommes, il devait être simple et « bien rémunéré ».

En janvier 2024, Emmanuel Macron annonçait, au nom du « réarmement démographique », un congé « mieux rémunéré » permettant aux deux parents de rester six mois auprès de leur enfant.

En 2025, Stéphanie Rist promettait 70 % du salaire net le premier mois, 60 % le second, exit le congé de 6 mois.

De plus, la ministre a omis d’indiquer qu’il s’agissait d’une prestation plafonnée, et 70 %, puis 60 % d’un salaire plafonné, ce n’est pas un maintien de rémunération.

Payé à mois échu, ce congé suppose de pouvoir rester plusieurs semaines sans revenu. Cette liberté dépend donc du salaire et de l’épargne. Le parent le moins payé sera davantage incité à s’arrêter : souvent la mère.

Une mesure féministe ? Tu parles !

La communication officielle affirme que les salariés n’ont « aucune démarche » à effectuer auprès de leur CPAM. Cela signifie seulement que la demande passe par l’employeur.

Le mode opératoire interne prévoit une attestation de salaire, un formulaire et des justificatifs obligatoires. De juillet à septembre 2026, le traitement est principalement manuel. La déclaration en ligne n’est pas opérationnelle et l’automatisation restera partielle jusqu’en septembre 2027.

Voilà la réalité du dispositif « automatique » : des formulaires, des justificatifs et un traitement manuel.

Lorsque l’argent n’arrive pas, l’assuré n’appelle ni l’Élysée ni le ministère. Il appelle sa CPAM.

Et qui trouve-t-il dans les accueils, sur les plateformes et dans les services de prestations ? Majoritairement des femmes qui autant le dire comprennent très bien les assurées !

Ce sont elles qui recherchent les pièces, vérifient les droits, expliquent le paiement à mois échu et répondent aux familles sans revenu.

une impréparation connue

Le gouvernement prévoyait juillet 2027. En novembre 2025, Stéphanie Rist défendait encore cette date au Sénat. La loi a pourtant retenu juillet 2026 et les décrets sont parus le 31 mai : un mois pour adapter les outils et former les agents. Les alertes existaient. Le choix d’accélérer a été fait.

Pour financer cette prétendue mesure féministe, le gouvernement a repoussé de 14 à 18 ans la majoration des allocations familiales. Une mesure « autofinancée », disait Stéphanie Rist : les familles d’adolescents financent celles des nouveau-nés.

L’économie atteindrait 200 millions d’euros en 2026 et 1,2 milliard en 2029, pour un congé coûtant alors environ 500 millions.

Il serait abusif de nier qu’il s’agit d’un droit supplémentaire. Mais peut-on parler de progrès féministe sans maintien du salaire, avec un paiement à mois échu et un financement pris sur d’autres droits familiaux ?

Le gouvernement proclame le « réarmement démographique ». Dans la vraie vie, les mères perdent du salaire, les familles attendent et les salariées de la Sécu sont envoyées au front.