Pédiatrie : « Monsieur le Président, nous viendrons le 2 novembre vous rappeler à vos responsabilités »

Par milliers, les pédiatres se sont adressés à Emmanuel Macron la semaine dernière. Ils ne lâchent pas. Ils décident d'aller en délégation à l'Élysée.

Devant les urgences pédiatriques de l'hôpital de Poissy, en avril 2020. Depuis une semaine, plus aucun accueil physique n'y est assuré (hors Samu) faute de personnel (Photo AFP)
Par > Communiqué
Publié le 2 novembre 2022
Temps de lecture : 3 minutes
« Santé des enfants : l’entêtement du gouvernement est irresponsable »

Communiqué de presse du Collectif de pédiatrie du 27 octobre 2022 (extraits)

« Le 21 octobre 2022, une lettre ouverte au président de la République était publiée dans le journal Le Parisien. En moins d’une semaine, cette lettre a dépassé la barre des 7 000 signatures (…). Dans cette lettre, ces soignants dénoncent des mises en danger quotidiennes et une dégradation criante des soins apportés aux enfants (…).

Depuis sa parution, le collectif de pédiatrie n’a pas eu de réponse du président de la République. Son intervention télévisuelle le 26 octobre 2022 n’a apporté aucun élément permettant de prévenir une aggravation de la situation actuelle.

Les seules mesures évoquées rejoignent celle de M. le ministre de la Santé, François Braun – mesures que notre collectif a dénoncées avec force en raison de leur inadéquation et de leur cynisme.

En effet, depuis plusieurs semaines et de manière plus intense ces derniers jours, des drames ont lieu dans de nombreux hôpitaux (…).

Dans la majorité des services de pédiatrie en France actuellement, des consignes administratives sont passées afin de libérer des places d’hospitalisation (…). Cela s’appelle du tri et se déroule tous les jours désormais !

Annulations obligatoires de soins programmés, telles que la chirurgie, les greffes de moelle osseuse, (…).

Fermeture d’hôpitaux de jour pédiatriques accueillant les patients pour traitements, notamment chimiothérapie d’enfants atteints de cancer.

Transferts d’enfants vers des services hors région ou vers des services adultes (…).

Déplacement d’infirmier.e.s de néonatologie vers les services de pédiatrie, sans que soit précisé comment seront apportés les soins indispensables aux nouveau-nés qui ne cesseront pas de naître pendant l’hiver.

Déplacement d’infirmier.e.s d’équipes de suppléance vers les services pédiatriques au détriment des autres services, comme par exemple les urgences adultes (…).

Fermetures de plus en plus nombreuses de services d’urgences pédiatriques (…).

Rappels sur leurs congés des équipes de Smur afin d’assurer des transferts de plus en plus nombreux et éloignés.

Augmentation massive des heures supplémentaires. (…)

Une nouvelle fois, le collectif de pédiatrie renouvelle son alerte (…) et en appelle avec vigueur à la responsabilité du président de la République.

Afin d’obtenir une reconnaissance de ce sinistre sanitaire et une réponse politique et financière à la mesure des drames qui se jouent, nous, représentants des 7 000 signataires de la lettre au président de la République, nous rendrons donc en délégation jusqu’à l’Elysée afin de remettre cette lettre d’alerte en main propre au président.

Nous lui réclamons :

Une reconnaissance officielle des tutelles qu’il existe une perte de chance pour les enfants dans le système de soins actuel (…).

Une reconnaissance officielle de la nécessaire égalité d’accès aux soins : il n’est plus possible que les enfants souffrant de maladies chroniques ou de cancers soient considérés comme la variable d’ajustement permanente, face aux épidémies hivernales banales.

Des mesures urgentes et à la hauteur de l’enjeu de la santé des enfants : augmentation structurelle des salaires, respect des horaires et des plannings, publication et respect des ratios de patients par infirmière (…), respect des temps de formation (…).

La reconnaissance de la spécificité de pédiatrie (…), le retour de la formation obligatoire en pédiatrie dans les instituts de soins infirmiers.

Nous rappelons aux tutelles et au président qu’il n’existe pas d’alternative en pédiatrie à̀ l’hôpital publique pour soigner les enfants. (…) Aujourd’hui, la pédiatrie est à genoux et les enfants en danger. (…)

Monsieur le Président de la République, vous avez connaissance des drames survenus et à venir, nous viendrons le 2 novembre vous rappeler à vos responsabilités. »

 

Un désastre sciemment organisé

Les urgences pédiatriques de Poissy (Yvelines) sont fermées faute de médecins : 4 présents actuellement sur un effectif de 15 nécessaires. « Le pourquoi de la chute de Poissy, c’est ce que l’on vit au quotidien. Des médecins qui partent parce qu’ils n’en peuvent plus, des fins de contrats de praticiens étrangers ou des congés maternité sans remplaçants. C’est l’épuisement professionnel et le sentiment de devenir dangereux, de ne plus pouvoir réfléchir correctement, alors que notre métier nous demande de la clairvoyance et une grande réactivité »,  analyse la responsable des urgences pédiatriques d’un hôpital voisin (L’Express, 31 octobre 2022).

L’épidémie de bronchiolite n’est ni plus grave, ni plus précoce que les années précédentes ; la crise actuelle n’est que le reflet de la dégradation de la pédiatrie aussi bien en ville qu’à l’hôpital, sciemment organisée par les gouvernements successifs et intensifiée par le gouvernement actuel.

La France compte 12 pédiatres pour 100 000 enfants, selon un rapport du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) paru en avril, soit deux fois moins que l’Italie, l’Espagne ou la Suisse.

44 % des pédiatres de ville ont plus de 60 ans, il faudrait former 600 internes par an ne serait-ce que pour compenser les départs en retraite attendus ces prochaines années. Mais l’an prochain, ils seront à peine plus de 300.

M.-P. L.