Contre la guerre, avec les dockers à Gênes, le 25 février
Des mobilisations à l'initiative de Potere al popolo sont prévues en Italie et notamment avec les dockers du port de Gênes. Nous avons interviewé Salvatore Prinzi, signataire de l'appel « Halte à la guerre ! ».
- Guerre, International, Italie

Pourquoi as-tu signé l’appel international « Halte à la guerre ! » ?
Salvatore Prinzi : J’ai signé l’appel parce que je crois que la guerre est une énorme urgence pour l’humanité. Je pense qu’en Occident, la plupart des gens ne croient pas vraiment qu’une troi sième guerre mondiale puisse éclater. Une partie d’entre eux est concentrée sur ses besoins matériels, après des années de crise, une autre pense que ce n’est que de l’alarmisme médiatique et que la raison finira par l’emporter. Personnellement, je ne crois pas beaucoup à la rationalité de ces dirigeants, et encore moins à la logique capitaliste dont ils sont l’incarnation.
Même juste avant la Grande Guerre, personne ne croyait qu’elle éclaterait, et pourtant elle a éclaté. Déjà à l’époque, les socialistes révolutionnaires dénonçaient le danger depuis des années, ils soulignaient comment le continent s’armait, mais ils n’étaient pas écoutés, pas même par les autres « socialistes » qui ont fini par voter les crédits de guerre. Je crois que nous ne devons absolument pas répéter cette erreur. Le fait que l’on parle tranquillement du risque d’un conflit nucléaire, le fait que tous les pays européens augmentent leur armement, réfléchissent au retour du service militaire, devrait nous inquiéter.
Le conflit ukrainien n’est pas un conflit local, c’est une guerre par procuration entre le bloc dirigé par les Etats-Unis et la Russie, avec, derrière elle, la Chine et d’autres pays qui voudraient une redéfinition des espaces monétaires, économiques et commerciaux.
Elle risque donc d’être le prélude à un conflit beaucoup plus large, qui pourrait éclater dans quelques années. Il faut agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard, avant que nous ne nous retrouvions dans un engrenage sans retour possible. C’est pourquoi je pense qu’il faut soutenir les appels et toutes les initiatives contre la guerre. Il n’y a rien de pire que la complicité ou l’indifférence.
Mais j’ai aussi soutenu cet appel parce qu’il s’adresse aux seules personnes qui peuvent arrêter cette escalade, à savoir les classes populaires, de quelque pays qu’elles soient, qui n’ont rien à gagner avec la guerre.
Je crois que nous, communistes, ne pouvons pas nous laisser hypnotiser par les jeux de la géopolitique, imaginer qu’un monde multipolaire est en soi une amélioration pour le prolétariat national. Je crois que, quel que soit le pays où nous nous trouvons, nous devons faire défection, saboter, contester les gouvernements qui ne servent pas nos intérêts, mais ceux des classes dominantes.
Nous ne pouvons pas nous ranger du côté d’un capitaliste ou d’un autre. Nous devons penser à nos propres intérêts en tant qu’exploités – et si la bourgeoisie n’est plus capable de servir l’intérêt général de l’espèce humaine, alors nous devons prendre la responsabilité de cette tâche. Il en va de même pour une autre question capitale de notre époque, celle de la catastrophe écologique.
Que peux-tu nous dire de l’initiative du 25 février à Gênes ?
L’initiative du 25 février est la énième initiative que nous prenons en Italie contre la guerre. Il s’agira d’une manifestation lancée par les travailleurs du port de Gênes. Avec un grand courage, ces travailleurs se sont opposés au transit d’armes au fil des mois. Ils ont montré que, même si l’on est soumis au chantage du travail, même si l’on n’a pas un grand appui politique – en fait, seule une petite organisation comme Potere al Popolo les a soutenus activement –, même si les grands syndicats ont abandonné ces questions, il est possible de mener une lutte d’humanité, de civilisation.
Les travailleuses et travailleurs italiens ont plus en commun avec ceux qui seront tués par ces armes qu’avec ceux, italiens ou européens, qui les produisent.
En tant que Potere al Popolo, nous pensons que ces petits actes de résistance, ces avant-gardes qui existent encore dans un pays comme l’Italie qui traverse une décennie difficile, doivent être soutenus, pris comme exemple, généralisés et reliés. Nous savons que le geste des dockers de Gênes a généré un écho auprès de nombreuses personnes : notre tâche est d’être la caisse de résonance qui continuera à porter de plus en plus loin et de plus en plus fort cet écho.
C’est pourquoi, le 25 février, nous nous mobiliserons, non seulement à Gênes, mais aussi dans d’autres villes d’Italie.
Nous voulons faire comprendre à nos sœurs et frères de classe que ce ne sont pas ces gouvernants qui pourront répondre à nos revendications, mais qu’il est nécessaire d’occuper le terrain à la première personne, de s’engager, de s’organiser de façon permanente et sur un programme de rupture ouverte.
Propos recueillis par Ophélie Sauger, le 17 février.
